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samedi 30 décembre 2006

Deux attitudes en face de l’histoire nationale du Canada français

L’Académie de l’indépendance

Document

Le texte qui suit est extrait de L’idée d’indépendance au Québec (cf. RÉF. ci-dessous). Cette première de trois conférences de Maurice Séguin télévisées et diffusées par Radio-Canada les 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962 remonte à 44 ans. Il s’agit de l’introduction à l’étude et à l’analyse de l’idée d’indépendance dans l’histoire nationale du Canada français. Malgré le temps écoulé, ces trois paragraphes d’introduction historiographique sont d’une clarté sans équivoque sur le drame du peuple québécois-français. Les derniers débats qui font rage en ce moment nous montrent à quel point la situation n’a pas changé depuis 170 ans.

Les
deux Stephen/Stéphane, Harper et Dion, incarnent la première attitude qui est « la position la plus répandue ». Ils ne changeront JAMAIS d’idées. Jean Charest, Benoît Pelletier et combien d’autres endossent ce point de vue ? Ils sont des millions comme eux au Canada dans son entier. La minorité anglophone du Québec ne joue que son rôle de prolongement du pouvoir canadian en sol québécois. Ce sont les défenseurs fanatiques du régime de l’union fédérale canadian à tout prix.

L’autre attitude considère qu’« être un peuple minoritaire dans une fédération, c’est être un peuple annexé ». Chez les indépendantistes, cette position n’est hélas ! pas toujours très bien comprise. Les souverainistes qui se bombent le torse au sujet de la nation québécoise sont-ils prêts à soutenir ouvertement que « l’indépendance complète est absolument nécessaire » ? Jusqu’à ce jour, ils s’en sont montrés incapables, parlant plutôt d’association, de partenariat et même de reconfédération (sic !). La déclaration récente de Gilles Duceppe à Québec est une coquille vide. Que signifie exactement cette déclaration : « Tout ce qui nous manque, c’est un pays. » Les vrais indépendantistes ne peuvent « se contenter d’une fraction d’indépendance » contrairement aux fédéralistes qui se contentent « d’un partage de pouvoirs dans une union fédérale ». Pour les souverainistes, péquistes ou bloquistes, peuvent-ils se contenter de « ramener [d’Ottawa] tous les pouvoirs, ici, au Québec » ? Est-ce comme dire « ramener le chômage à 5 % » ? Ou bien est-ce vouloir tout ramener à la situation antérieure ? Nous connaissons pourtant cette situation, c’est celle de la SUJÉTION (antonyme : indépendance) !

Dans l’optique indépendantiste, « l’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national ». L’indépendance complète « est à rechercher en elle-même comme un bien ». Pour faire passer cette autre attitude dans la pensée politique des Québécois, ses défenseurs ont besoin du nombre et aussi de moyens financiers considérables s’ils veulent persuader la population québécoise que ce CHOIX est un bien en soi – une nécessité de sa libération nationale complète.

Bruno Deshaies


RÉFÉRENCE : Maurice Séguin, L’idée d’indépendance au Québec. Genèse et historique. 2e éd., Trois-Rivières, Les éditions du Boréal Express, 1971, p. 9-10. (Coll. « 17/60 »).

  • TEXTE DE MAURICE SÉGUIN (1962)
Fédéralisme et indépendantisme


Devant le sens à donner à l’histoire du Canada français, les esprits adoptent deux attitudes.

[Première attitude]

La position la plus répandue, celle qui depuis 1840 domine l’interprétation traditionnelle de l’histoire du Canada, se rattache à l’idéologie fédéraliste. Constatant que la nationalité, l’ordre communautaire spontané, ne se confond pas nécessairement avec l’État, cette école conclut qu’une collectivité minoritaire peut accepter un partage de pouvoirs dans une union fédérale, consentir à une certaine centralisation sans perdre pour autant la maîtrise de l’essentiel de sa vie nationale et qu’elle peut conserver ses chances d’épanouissement politique, économique et culturel. C’est la thèse des autonomistes qui croient pouvoir se contenter d’une fraction d’indépendance.

[Seconde attitude]

L’autre attitude, très peu répandue après 1840 chez un peuple où l’on a abondamment parlé de nationalité et de nationalisme, pousse jusqu’à ses conclusions logiques la notion d’autonomie pour aboutir au principe des nationalités dans toute sa rigueur. ÊTRE UN PEUPLE MINORITAIRE DANS UNE FÉDÉRATION, C’EST ÊTRE UN PEUPLE ANNEXÉ. L’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national. Il n’y a pas d’égalité politique entre le peuple majoritaire et le peuple minoritaire dans n’importe quelle fédération. Le peuple majoritaire a, à sa disposition, l’autonomie interne et externe. Le peuple minoritaire ne peut mettre à son service qu’une autonomie interne.

[Conclusion : « l’indépendance complète est absolument nécessaire ».]

L’annexion politique, dans une économie moderne et dynamique, entraîne inévitablement la subordination économique. L’infériorité politique et l’infériorité économique se conjuguent en s’aggravant. La culture elle-même, au sens le plus général du terme, intimement liée aux réalités politiques et économiques, est fortement perturbée au point qu’on ne peut même pas parler, pour le peuple minoritaire, de véritable autonomie culturelle. Pour cette école indépendantiste, l’indépendance complète est absolument nécessaire. Elle est à rechercher en elle-même comme un bien et elle est considérée comme un moyen irremplaçable pour assurer une maîtrise suffisante de la vie économique et culturelle.

P.-S. Retourner au commentaire sur :
Le blog de Louis Bernard
Bruno Deshaies : « Indépendance ou sujétion »

Source : http://blogscienceshumaines.blogspot.com/search?q=blog+de+louis+bernard

vendredi 16 mars 2007

Pour un pays – indépendant et libre comme conditions sine qua non

Réflexion personnelle
d’un indépendantiste serein et raisonnable


Vendredi 16 mars 2007

Le Parti québécois nous a donné ce qu’il pouvait nous donner : deux échecs « référendaires » résultats d’un syndrome « référendaire », c’est-à-dire le résultat de l’ensemble des symptômes d’une maladie. Quelle maladie ? La peur de l’indépendance, l’impuissance à s’orienter vers l’indépendance, à y travailler avec régularité et à clarifier les obstacles à sa réalisation.

Toutes ces années d’existence du Parti québécois nous obligent à conclure que si avant toute chose nos gens ne veulent pas se séparer politiquement du Canada, s’ils ont toujours un sentiment d’appartenance canadienne, c’est évidemment dû pour une très large part au silence du Parti québécois sur l’indépendance, sauf durant l’année 1995, avant le virage de la souveraineté-partenariat-politique-et-économique (un schème politique qui remonte dans notre histoire du temps présent à 1968 avec la publication du manifeste Option Québec par l’équipe de Monsieur René Lévesque).

« Peut-être que le Parti québécois n’aura été que l’intermédiaire
entre les mouvements indépendantistes qui l’ont précédé
et la vraie lutte « finale » de libération nationale qui lui succédera. »

Après ces deux « référendums », il est clair que non seulement le Parti québécois nous amène à vouloir récolter trop vite la semence d’idées répandues par les indépendantistes, avant qu’elles n’aient eu le temps de germer et de croître suffisamment par un travail sérieux, méthodique, régulier et à long terme.

Mais il n’est même pas sûr que le Parti québécois n’ait pas voulu s’appuyer sur ce mouvement qui aspire à l’indépendance du Québec pour le détourner au profit de l’exercice du pouvoir provincial d’un bon gouvernement provincial. (Cette hypothèse mériterait d’être étudiée sérieusement compte tenu du fait que parmi un grand nombre de souverainistes plane une certaine pensée fédéraliste inconsciente. L’optique indépendantiste comme telle n’est pas vraiment entrée dans nos schèmes de penser et dans nos mœurs.)

Peut-être que le Parti québécois n’aura été que l’intermédiaire entre les mouvements indépendantistes qui l’ont précédé et la vraie lutte « finale » de libération nationale qui lui succédera.

Même s’il devait être battu, et disparaître, le travail qui nous a entretenu dans le bon gouvernement provincial n’aura pas été complètement inutile en ce sens qu’on pourra vivre dorénavant en fonction d’un militantisme moins superficiel basé sur les connaissances profondes de ce qu’est l’indépendance du Québec, ce que ce n’est pas, en fait sur ce que c’est que devenir une nation au sens intégral.

Vouloir devenir une nation au sens intégral, c’est vouloir agir suffisamment par soi-même, sans aucun autre pouvoir interposé, sans aucune autre collectivité interposée, dans sa vie économique, dans sa vie politique et dans sa vie culturelle, et ce tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Beaucoup d’indépendantistes ont rêvé dans ce Parti québécois que ce parti (et le Bloc Québécois) saurait s’organiser pour réussir à politiser les éléments de notre population qui ont de la difficulté à s’insérer dans une prise de conscience nationale.

Ce n’est pas en faisant appel uniquement à un enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire comme le pensent certains souverainistes que le fossé idéologie pourra être comblé. Une transmission des valeurs indépendantistes pour une nation subordonnée et annexée exige plus de la part de toute la collectivité nationale réunie et cela dépasse les appuis ponctuels et conjoncturels des syndicats.

Certes c’était rêver en effet que de penser, notamment, que ce Parti québécois, allait se lancer dans une campagne d’information nationale à la dimension du Québec, qui explique dans des mots simples mais vrais ce que change pour la société québécoise l’indépendance du Québec, dans sa vie économique (la richesse), politique (le pouvoir), et culturelle (le savoir…).

D’ailleurs, pour M. Boisclair, comme pour M. Landry, les Québécois n’ont pas d’ennemis. Le Canada-Anglais va accepter sans rechigner, sans se battre, – et en cette matière tous les coups fourrés sont permis –, de se voir diminuer de 24 % de ses contribuables, de 24 % de sa fonction publique, de 24 % de ce qui fait sa puissance ici et dans le monde.

Avec le Parti québécois nous sommes condamnés à tenter d’expliquer, à des gens qui ne nous croient pas et ne nous croiront jamais, la thèse de l’indépendance facile, une indépendance bonbon où nous n’aurions pas à faire face à de l’adversité. Comment alors nous aider et les aider, nous préparer, et les préparer, à désirer conquérir la liberté ?

« Le Parti québécois n’a pas voulu, et n’a pas pu, s’éloigner des sentiers battus de l’électoralisme. Il n’a pu que s’ajuster à l’opinion alors qu’il s’agissait plutôt, qu’il s’agit plutôt de tenter de la modifier. »

Encore aujourd’hui, les représentants du Parti québécois cherchent à convaincre les candidats des autres partis. Le Parti québécois est là à chercher à les convaincre et à chercher à nous convaincre que la souveraineté est le remède à rechercher puisque sans elle c’est le statu quo, (que nous sommes dans une Constitution que nous n’avons pas signé, dans une constitution « fédérale » irréformable), ou l’impossible réforme du fédéralisme. Or, cette « heure du choix » nous la vivons depuis tout près de 25 ans.

Ils ne se rendent même pas compte que cette approche ne nous fait, quand on est fédéraliste, qu’attendre une réforme du fédéralisme lorsque des gens de bonne volonté seront au pouvoir, qu’après plus de vingt-cinq ans de cette approche plus des deux tiers (2/3) des Québécois préféreraient le fédéralisme, ou une réforme du fédéralisme. Après vingt-cinq ans de cette approche, et l’échec de cette approche, elle n’est même pas questionnée. On en est toujours à désirer un fédéralisme d’ouverture, à demander au gens de devenir indépendantiste la mort dans l’âme, parce que l’indépendance ce sera un vulgaire pis-aller auquel nous devrions nous résigner faute de mieux.

Il n’en reste pas moins qu’outre la peur de l’indépendance que vit le Parti québécois, la peur aussi que cela éloigne du pouvoir provincial, qu’une partie de ceux qui ont voté pour le Parti québécois ont souhaité que le parti devienne un parti très différent des autres pour ce qui est de la formation de ses membres : à la fois un parti, et à la fois un mouvement indépendantiste où l’instruction politique et historique aurait été obligatoire et cultivée intensément. Des stages d’études, – pas seulement pour fabriquer des « collecteurs » de fonds et des travailleurs d’élection – pour les plus méritants qui auraient été organisés 1) au niveau des comtés (niveau local), 2) au niveau des régions, et 3) au niveau provincial. Pour occuper un poste dans le Parti, il aurait fallu avoir suivi la filière de ces études. Ces militants(es) auraient été alors armés(es) pour faire face aux adversaires de l’indépendance et pour renseigner la population en général sur les buts du mouvement indépendantiste.

Car il aurait fallu aussi, (dans une optique de travail, continu, à long terme), apprendre les grandes lignes de notre histoire à notre population, tout en l’éclairant sur notre véritable situation comme peuple (subordonné, annexé, privé de sa capacité d’agir par soi-même dans quantité de secteurs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur) et que, par exemple, il n’y a pas de véritable autonomie sans posséder à la fois l’autonomie interne et l’autonomie externe (cela demande du travail, de la compréhension, cela demande du temps), tout en l’éclairant sur notre véritable situation comme peuple dans les cadres politiques actuels (une grande partie de notre population, – et de membres du Parti québécois – , ne sait pas ce qu’est le fédéralisme, la réforme du fédéralisme, le statu quo, l’isolationnisme, qu’est-ce que ces « bébittes » mangent en hiver).

En ce moment, avec le Parti québécois, faire la promotion de l’indépendance « tranquille », de l’indépendance facile, c’est comme annoncer à un(e) élève de ne pas s’en faire, que l’examen sera facile, très facile. Qu’arriverait-il si, tout à coup, l’examen s’avérait être moins facile que prévu ou si l’examen s’avérait être difficile ? L’élève coulerait. C’est de cette manière que le Parti québécois nous prépare.

Non pas qu’il faut se faire des peurs. Mais se dire la vérité. Des tensions. Des difficultés. Une transition. Un nouvel ordre. Une fierté. Accomplir davantage. Agir par soi-même et réussir à bien faire. Comme militants(es) réussir à faire plus et mieux par soi-même collectivement, pour soi-même collectivement, tout en devenant capable de concevoir l’indépendance qui donnera naissance à un pays indépendant, c’est-à-dire désannexé (en l’occurrence du Canada-Anglais et de l’État fédéral canadian).

Le Parti québécois n’a pas voulu, et n’a pas pu, s’éloigner des sentiers battus de l’électoralisme. Il n’a pu que s’ajuster à l’opinion alors qu’il s’agissait plutôt, qu’il s’agit plutôt de tenter de la modifier.

Dans ce Parti québécois, il n’existe, par rapport à l’indépendance du Québec, aucune formation de cadres, par exemple. Étant donné le but extraordinaire qui est censé être le sien, l’indépendance du Québec, il aurait fallu des écoles pour former les meilleurs(es) militants(es) à une action politique efficace. Cela 1) au niveau local (comtés), 2) régional, et 3) national. On aurait enseigné à ces futurs cadres les techniques d’animation « populaire », avec les nouvelles techniques ; notre histoire depuis quatre siècles – surtout celle de notre annexion au Canada-Anglais en deux temps, – en 1760, puis en 1840 –, et les théories sur l’accession à l’indépendance.

Lorsqu’on étudie les carences du Parti québécois, on découvre, qu’en réalité, il a peur de l’indépendance, il a peur que la séparation politique, – du Québec du Canada-Anglais –, soit trop bien comprise par la population. Dans l’atmosphère d’étouffement feutré que ce Parti a créée – en reportant tout à une prise de pouvoir, en reportant tout à une période référendaire, à un travail à courte vue, à du court terme à la dernière minute, évitant toute perspective d’une organisation qui travaille sur l’indépendance pour l’indépendance avant-pendant-et-après-les-élections, (gagnées ou perdues), avant-pendant-et-après-les référendums que nous avons perdus – n’est-ce pas un miracle que le OUI ait obtenu 40 % – en mai 1980 – , puis 49 % – en octobre 1995 – ?

Ce que trop de militants(es) de l’indépendance du Québec n’ont pas voulu voir et ne veulent pas voir du Parti québécois, c’est l’édulcoration de l’idée d’indépendance dont ce parti est responsable. C’est devenu une affaire de « référendum » pour faire du recrutement (référendum qui n’est qu’une technique juridique qui ne devrait servir que pour ratifier une volonté populaire déjà présente) et parfois, elle pourrait se réaliser dans un État « fédéral » multinational.

Au fil des années, il est devenu clair que le Parti québécois a besoin de ses militants(es) qui désirent que le Québec devienne un pays pour prendre le pouvoir. Les gens ne font pas des analyses compliquées, mais aujourd’hui ils sentent bien que cela ne fonctionne pas, que l’approche du Parti québécois ne nous mène pas à l’indépendance du Québec.

Une fois au pouvoir, comme on n’a pas convaincu une majorité de Québécois du caractère souhaitable, nécessaire et avantageux de l’indépendance du Québec, il lui faut tout reporter à un « référendum », gagnable, et en attendant le « référendum », être un bon gouvernement, tant l’indépendance a été une stratégie, une période de six mois (1979-1980) à douze mois (1994-1995) de travail en 33 ans (1974), une période courte, tout en faisant fi d’un mouvement d’éducation nationale qui aurait dû apparaître nécessaire, si on veut se préparer, faire avancer et réaliser l’indépendance.

Ajouter assez d’eau dans son vin indépendantiste pour prendre le pouvoir provincial mais pas trop pour ne pas perdre les militants(es) qui ne veulent pas entendre parler d’autre chose que d’indépendance, car il faut bien gagner le pouvoir provincial et être un bon gouvernement.

Et pendant ce temps, en jouant à ce petit jeu, le Parti québécois devient un éteignoir des espoirs d’une, puis deux, puis trois générations.

La crainte au Parti québécois de l’indépendance, et en conséquence l’omission de faire le travail nécessaire pour que l’indépendance progresse petit à petit, par du travail, risque de nous amener à la démission tranquille devant le poids du travail à faire pour faire prendre conscience de la nécessité de tout reprendre à neuf, à l’extérieur des Partis.

Oui, on a bien raison de souligner que la prise en compte des erreurs que nous avons commises avec le Parti québécois nécessite un travail véritable de pédagogie, car il faut comme disent les Anglais, penser tellement autrement – « think off the box ».

Les membres du Parti québécois préféreront continuer de se tromper de façon radicale et durable plutôt que de risquer de se sentir seuls : aller ensemble vers l’absurde d’un scénario impossible, rejeté en 1980 et 1995, car il autorise chaque acteur, militants(es), sympathisants(es), organisation et candidats(es) à donner au travail électoral électoraliste le sens qu’il veut. L’action du Parti québécois comme un but en soi, sans réfléchir sur les obstacles qui nous éloignent de l’indépendance du Québec, permet à tous de se retrouver dans le plaisir d’agir.

La fragilité et la nuisance de ce Parti vient de ce qu’il doit mobiliser ses membres indépendantistes pour gagner des élections et, pour ce faire, leur promettre que plus tard, dans une mobilisation rapide, ils pourront travailler pour qu’advienne l’indépendance du Québec.

En attendant les élections, en attendant le pouvoir, en attendant le « référendum », toujours en attendant à plus tard, le travail d’éducation nationale qui aurait dû apparaître nécessaire est évacué, car on n’arrive plus à voir qu’il pourrait en être autrement. Et c’est ainsi que nous avons perdu et que nous perdons des années précieuses.

Pour conclure, je crois que nous sommes dans une impasse. Pour l’indépendance, le Parti québécois n’a plus rien à donner. Il est temps de commencer à reconquérir notre autonomie de penser et d’action, les parties de l’héritage qui peuvent encore être sauvées de ceux et celles qui ont désiré et désirent que le Québec devienne un pays (indépendant et libre).

Un collaborateur anonyme

samedi 8 novembre 2008

La notion d'indépendance dans l'histoire du Canada

Communication présentée par le professeur Maurice Séguin du Département d'histoire de l'Université de Montréal

Réunion annuelle de la Canadian Historical Association à l'Université de Montréal en juin 1956.

I. LE CONCEPT DE L'INDÉPENDANCE D'UNE COLLECTIVITÉ.

TENIR COMPTE DES AUTRES, MAIS AGIR PAR SOI-MÊME

o Indépendance n'est pas synonyme d'agir sans les autres,
o L'essence même de l'indépendance c'est d'agir (par soi-même).

L'AUTO-DÉTERMINATION : LE BIEN SUPRÊME ; SON ABSENCE : UN MAL RADICAL

o L'agir par soi est le substratum de la vie d'une collectivité.
o Toute privation d'indépendance est synonyme d'oppression.

L'INDÉPENDANCE À DEUX EST UNE IMPOSSIBILITÉ sur un même territoire

o Impossible de posséder chacun sa propre indépendance ;
o Impossible de posséder en commun une même indépendance.

ÊTRE ANNEXÉ À UN PEUPLE INDÉPENDANT N'EST PAS ÊTRE INDÉPENDANT

o Pas même être BIEN annexé.

L'ANNEXION ENGENDRE LA MÉDIOCRITÉ GÉNÉRALE COLLECTIVE

o Un milieu provincial.
o Une culture anémique.

N. B. : L'édition de 1956 comportait, dans l'énumération, cette autre note : « Un peuple annexé n'est pas intéressant. » En 1965-1966, cette phrase a été supprimée par Maurice Séguin.

VIVRE ou MOURIR - ou bien VÉGÉTER

o Indépendance,
o Assimilation totale.
o Annexion - survivance.

II. LA COURBE HISTORIQUE DE L'INDÉPENDANCE DES DEUX CANADAS.

AVANT 1760 : FONDEMENT DE L'INDÉPENDANCE D'UN CANADA FRANÇAIS

EN 1760 : DÉMOLITION DES POSSIBILIÉS D'INDÉPENDANCE DU CANADA :
NAISSANCE DU CANADA ANGLAIS

DÈS 1760 ET APRÈS 1760 : UNE GUERRE DE RACES
UNE ISSUE : ANNEXER LE CANADA FRANÇAIS


o Une guerre de races pour L'INDÉPENDANCE nationale.
o 1783 et 1791 aggravent et prolongent la guerre de races.
o Un dilemme : choisir entre le Canada du passé et le Canada de l'avenir.
o Vers 1824, la seule solution possible commence à se préciser :
- l'annexion du Canada français,
- l'annexion avec ménagements.
o En 1840, cette solution de base est appliquée.
o Bagot n'a pas trahi Durham.
o Et les réformistes n'ont pas modifié le caractère du régime.
o 1867 ne fait que reprendre l'arrangement de 1840.

UN SIÈCLE APRÈS 1760 : UN CANADA ANGLAIS NATION.
UN CANADA FRANÇAIS PROVINCE.

o Deux nations anglaises, une province française;
o Ou plus exactement : une province semi-française.
o Un peuple majeur indépendant et un peuple mineur annexé.
o Le drame des deux impossibles et de l'inévitable survivance.
- impossible indépendance.
- impossible disparition.
o inévitable survivance dans la médiocrité.
o La justesse de l'arrangement constitutionnel de 1867, en 1867. [Pour l'édition de 1965-1966, Séguin ajoute « en 1867 ».]

DEUX SIÈCLES APRÈS 1760 : MÊME CONTEXTE :

o Toujours au lendemain de 1760.
o Une défaite organique qui n'a rien perdu de son intensité.
o Toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner.
o Les mêmes relations commandent leur coexistence.
[Pour l'édition de 1965-1966, Séguin ajoute cette dernière note dans l'énumération.]
o Parmi les Canadiens français ,
- les croulants (de 15 à 90 ans) acceptent…
- les jeunes (de 15 à 90 ans) se révoltent.

N. B. : Dans l'édition de ce texte, nous avons respecté la ponctuation originale ainsi que sa présentation matérielle (hormis les pastilles énumératives). Il s'agit de la dernière version éditée par Maurice Séguin.

NOTE PARTICULIÈRE :
La présente version provient de la feuille du cours HC.480 / 1965-66, non-paginée, et identifiée « REMAKE REVISÉ » (in Fonds Maurice-Séguin, ancienne cote P221, 2454/63/8/6/2). Nous indiquons les quelques modifications apportées par Maurice Séguin à la première version qui avait été publiée par la Canadian Historical Association dans le
Rapport annuel, 1956, p. 83-84.

POUR LES SCEPTIQUES :
Maurice Séguin, L'idée d'indépendance au Québec. Genèse et historique. Trois-Rivières, Les Éditions Boréal Express, 1971, 67 p. (Coll. « 1760 »). La mise au point de l'appareil critique a été effectuée par M. André Lefebvre. Publication de trois conférences prononcées à la télévision de Radio-Canada les 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962.

lundi 3 août 2015

 INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 433  

«L’horrible multiculturalisme canadien a tout contaminé» (Marcel Haché)

C’est une opinion, mais est-ce la fin-en-vue des indépendantistes ? (*)  


«L’enquêteur enquêté est aussi celui qui enquête.» 

L’élection générale fédérale du 19 octobre 2015 n’échappera pas à la logique de l’enquêteur-enquêté du domaine public en démocratie parlementaire qu’elle soit républicaine ou autres formes de pouvoir institué.

Ainsi, la plateforme Instagram organisé comme support électronique aux jeunes pour inciter ce jeune public à son (premier) «#VOTE» sur le site de Radio-Canada en vue de l’élection générale répond bien à cette logique démocratique. Pour sensibiliser les jeunes, la télévision d’État pancanadienne a prévu au cours de la campagne électorale de procéder à sonder en direct l’opinion des jeunes sur les enjeux de cette campagne.

Par conséquent, Radio-Canada fera des jeunes des enquêtés en se plaçant au titre d’enquêteur. La souque à la corde entre l'électeur et les médias devient de facto un élément du processus électoral.  Tout se passera dans l'Internet sur le site officiel de Radio-Canada.  John Dewey avait vu juste, car en démocratie il y a un rapport entre l'électeur en tant qu'individu et la société en général.  Cette relation peut par ailleurs s'inverser et l'enquêté devenir l'enquêteur qui peut infléchir les choix des partis politiques (cf. supra la citation en exergue). Dans notre chronique précédente du 16 juillet dernier, nous avons soulevé cette question dans la perspective de la lutte politique pour l’indépendance du Québec.  En démocratie, cet enjeu est de taille.  Il ratisse large dans le domaine public.   

Cette mise en garde nous situe par rapport à la fin-en-vue des indépendantistes.  Ces derniers ne doivent pas changer de cible s’ils veulent réussir.  Car toutes les inepties autour de l’idéologie du multiculturalisme nous éloignent de l'objectif.  Le pouvoir que les indépendantistes veulent, c'est le self-government complet (à l’interne et à l’externe).  Disons les choses comme elles devraient se dire ouvertement. 

Cette fin-en-vue doit être affirmée haut et fort. En tant qu’opposition, le PQ doit faire ses devoirs de parlementaires dans l'optique indépendantiste.  Son rôle politique consiste à critiquer le discours et le comportement politique du gouvernement actuel à Québec. Mais en plus, il doit faire comprendre que notre statut de nation annexée nous a confinés au rôle provincial d’un État fédéré assiégé par un État fédérant superposé. 

Deux nations indépendantes sous un même toit, est-ce possible ?

J’aurais préféré réagir au commentaire de Marcel Haché sur ma chronique du 16 juillet 2015 mais, après réflexion, je constate que son commentaire a ouvert la porte à des problèmes plus vastes que celui de l’électorat.  L’élection d’un parti politique quel qu’il soit, souverainiste ou fédéraliste, sous n’importe quelles nuances, dépend des humeurs de millions d’enquêteurs.  Chaque électeur évalue la situation selon ses propres «normes».  Qui peut trouver la «norme» du commun dénominateur ?

Je ne crois pas trop, comme l’écrit Marcel Haché, si c’est «l’horrible multiculturalisme canadien [qui a] tout contaminé», mais je sais que le fédéralisme, quel qu’il soit sous quelle que forme d’union fédérale, n’est pas nécessairement la panacée à tous les maux de l’histoire de l’humanité. Car il est facile de confondre «union sociale­[1]» et union fédérale.  Le gouvernement du Canada a franchi la limite depuis longtemps. Par exemple, dans CANADA. Un siècle 1867-1967, cette publication édifiante du gouvernement canadien pour célébrer le centenaire de la Confédération, il est écrit en toutes lettres ceci dès les deux premiers chapitres intitulés :

- Voici le Canada
- Édification de la nation canadienne

Puis, en exergue sur la première page de Voici le Canada, on peut lire :

«Et il règnera depuis une
mer jusqu’à l’autre,
et depuis le grand fleuve jusqu’aux
confins de la terre…»  
- verset 8 du psaume 72

(N. B.− Dans son discours d’hier après-midi pour annoncer le déclenchement des élections générales, le premier ministre Stephen Harper a fait allusion à «la grande nation québécoise» dans le cadre des célébrations du «150e anniversaire de la naissance du Canada en tant que pays uni» et non de la Confédération. Puis, il a continué à parler de «notre pays» et d’en assurer sa sécurité. Ce choix sémantique des mots n’est pas insignifiant. Pour le gouvernement fédéral et le Canada-Anglais, il n’y a qu’un seul CANADA comme en 1967et depuis l’Union de 1841 et l’union fédérale de 1867.)

Mais l’indépendance, comment allons-nous la faire ?

Sur la question du rôle de l’électorat et de la citoyenneté, j’ai pris connaissance récemment d’un ouvrage intitulé L’indépendance par le républicanisme. Son auteur, Danic Parenteau, nous propose comment faire un pays «par le républicanisme» avec en sous-titre : «De la souveraineté du peuple à celle de l’État». Le problème est de savoir en quoi le républicanisme serait-il mieux que le «libéralisme anglo-saxon» ?  Et si l’un était mieux que l’autre, il faudrait faire un choix de société, c’est-à-dire savoir comment on voudrait vivre ensemble. Le problème est de l’ordre de l’organisation interne de la société.  Mais l’indépendance, comment allons-nous la faire[2] ?  Voulons-nous prendre collectivement cette décision ?  Il faudra y travailler comme tous les pays l’ont fait avant nous afin d’acquérir leur indépendance. Le Canada-Anglais a choisi sa voie dans ses rapports avec l’Empire britannique, puis il est devenu indépendant comme d’autres ex-colonies de l’Angleterre dont les Treize Colonies britanniques mais sous le coup de semonce d’une Déclaration d’indépendance (1776).

Contre leur annexion au Canada, les indépendantistes québécois veulent obtenir leur self-government en tant que nation. Cette idée doit être affirmée haut et fort. Le PQ dans l'opposition à l’Assemblée nationale doit remplir ses obligations en tant que groupe parlementaire indépendantiste. Mais son combat véritable dépasse l’enceinte parlementaire de la Capitale provinciale.  Cette partie de la lutte nationale dépasse les réformes constitutionnelles.  La preuve en est que le Canada fonctionne avec le rapatriement de la constitution, en 1982, sans la signature du Québec !  Il faut en prendre acte et agir autrement. Voici ce que j’écrivais en 2001 :

«Ce n’est pas l’unité canadienne qu’il faut détruire, c’est l’unité québécoise d’abord qu’on doit promouvoir et réaliser par l’harmonie interne de la société québécoise et la collaboration avec les autres pays dans l’égalité de “status”[3].»

Le multiculturalisme est dans le droit fil de la Charte des droits et liberté du Canada.  L’idée est entretenue par un nombre incalculable d’universitaires d’un océan à l’autre au Canada.  Depuis les années 1950, le Canada nous parle de «la mosaïque canadienne» à condition, bien sûr, de respecter l’unité canadienne.  La cible est claire : convaincre un public, le plus large possible, afin de soutenir la politique officielle du multiculturalisme de l’État fédéral canadian.  Cette question nous pose un grave problème démocratique.

Dans une série de treize chroniques sur «L’indépendance (du Québec)», j’ai commis une chronique sous le thème qui suit : « Rôle de l’état démocratique» (cf. Vigile.quebec 14-02-2002 http://vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-2-14.html et aussi «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance», LEÇON -M-, p. 68. http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf  Dans cette foulée, j’aimerais rappeler les deux extraits du livre de Galbraith, Pour une société meilleure (1997)[4].

Personne n’aime admettre que son bien-être personnel puisse entrer en conflit avec celui du plus grand nombre.  Mettre alors au point une idéologie plausible, ou du moins relativement acceptable, afin de défendre sa propre position est donc une démarche des plus naturelles.  Il existera toujours une armée de brillants et talentueux « artisans » pour accomplir cette tâche (p. 16).

[...] la bonne société échoue, là où la démocratie échoue (p. 160).

Sous un autre angle, dans la même série de chroniques, on trouve la Position 10 : «L’état indépendant et le bien commun. Prévoir l’harmonie interne et collaborer avec les autres États.»  http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?  Vigile.quebec, 10.06.2001 et dans «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance » (cf. LEÇON -J-).  http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf

Voici la phrase de Myriam Revault d’Allonnes que j’ai mise en exergue pour cette Leçon :

Si nos sociétés sont construites sur la pluralité irréductible des individus et de leur liberté infinie, nous ne pouvons plus vouloir de bien commun. L'accord de tous les individus sur une unique fin est inconcevable[5].

Le même dilemme se pose dans le cas des valeurs. À la limite, il peut soulever des problèmes inextricables entre le politique et les Églises ou les religions et les croyances.  L’important consiste à distinguer quatre notions : le public et le privé, l’État et l’Église.  Au-delà des luttes sociales, la lutte indépendantiste est NATIONALE. Voici un extrait de cette chronique.

La commune origine, la commune langue, tout comme l’occupation d’un même territoire ainsi que l’intégration de la société et l’intégration à la commune société ou d’accueil sont des réalités que tous les Québécois doivent partager entre eux. Le bien commun de la nation québécoise concerne le sort de toutes les personnes sur la base de l’égalité de droit pour tous, du fonctionnement du régime démocratique où les notions de public et de privé doivent être reconnues et respectées comme "accord commun" intangible. Le « public » est du domaine civil qui implique son poids de contraintes, inévitables, dans la vie collective d’une société et sur les individus. Pour sa part, le « privé » inclut tout ce qui est intime ou d’ordre strictement personnel ou qui ne concerne pas directement les autres. C’est l’affaire de chacun, individuellement, chez lui, ou comme on dit souvent : «C’est sa vie privée[6].»

Multiculturalisme, fédéralisme, souveraineté et société nationale font partie du débat de l’indépendance du Québec comme telle ainsi que la question de démocratie.  Les règles démocratiques sont reconnues par les Québécois.  Le républicanisme n’est qu’une formule pour désigner un type de fonctionnement démocratique.  Préalablement aux caractéristiques de fonctionnement de l’État, les Québécois doivent prendre position d’abord pour l’indépendance politique du Québec[7].

Finalement.  J’aimerais revenir sur l’idée d’un accord commun en société (cf. note 1 supra).

L’historien Maurice Séguin attire notre attention sur le fait que tout citoyen confronté à l’Actuel «se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation […] du milieu où il vit»[8].  Il s’explique :

Tout citoyen, dans l’appréciation des événements quotidiens, se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation politique, économique, culturelle ou sociale du milieu où il vit.  Obligé de se prononcer fréquemment sur ces questions fondamentales, il ne saurait éviter de recourir à une explication historique. De sorte que la haute histoire des phénomènes primordiaux est en définitive, pour ceux qui ne sont pas des professionnels de l’histoire, la seule histoire importante et irremplaçable. 

Le pragmatisme dont fait preuve Maurice Séguin n’est pas indissociable de l’analyse de la philosophe Joëlle Zask qui s’inspire de John Dewey.  La citoyenneté entre dans le champ de l’opinion publique.  Le citoyen qui fait partie de l’électorat n’est pas complètement dupe. Il a «une conception générale de la situation» et «il ne saurait éviter de recourir à une explication historique». Il est à sa façon un «enquêteur» qui est lui-même «enquêté» par les gouvernements et les partis politiques.  Et en tant que consommateur, il est bombardé par la publicité.  L’équation dans les deux cas, est particulièrement complexe.  L’électorat, comme on le sait, est volatile ; de même pour le contribuable ou le consommateur qui ne sont pas moins capricieux.  Sur les deux plans, le sujet politique et le sujet économique, sont dans le même statut d’enquêté et d’enquêteurs.

Joëlle Zask expose son explication sur le sujet politique :

Défini comme l’ensemble des personnes affectées, un public est d’abord passif. Surmonter cette passivité est la tâche qui lui incombe avant toute autre. La disparité des éléments qui le constituent n’est surmontable qu’à travers une action effective et organisée. Cette disparité est d’autant plus importante qu’avec l’industrialisation, la guerre mondiale, un marché de plus en plus international, l’interdépendance des activités tend à devenir planétaire. Les conséquences dont se ressentent les individus jusque dans le détail de leur vie proviennent d’activités dont l’origine est aussi éloignée que confuse. Pour Dewey, l’opinion publique est un jugement du public portant sur les affaires publiques. Par l’entremise de cette opinion, les personnes concernées localisent leurs intérêts communs et en assurent la publicité de sorte que les activités qui leur portent préjudice soient réglementées par les institutions mandatées à cet effet. Or le public passif est si dispersé, si vaste et chaotique, ses membres sont affectés par des influences si variées qu’il lui devient impossible de « s’identifier lui-même » (cf. note no 1, segment no 27).

Tout un chacun de nous porte des jugements. 

L’enquêteur enquêté est aussi celui qui enquête.  Il se pose des questions sur leurs gouvernements et leurs représentants politiques.  Si les objectifs de «faire du Québec un pays» et aussi «réussir» sont réalistes, le Parti québécois doit s’interroger sur la réaction des «enquêteurs».  Une politique publique de l’indépendance ne peut ignorer d’aucune façon cette condition de la vie en société. Le «beau risque» a échoué et l’après référendum de 1995 n’augure rien de mieux.  Et vingt années plus tard, «toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner»[9].

Les indépendantistes-péquistes solidaires du PQ doivent réaliser qu’un «enquêteur» les guette − consciemment ou inconsciemment. Il est à la fois un sujet passif et un sujet actif.  Comment faire pour que le sujet «passif» devienne un sujet «actif» qui lui soit favorable ?  C’est le plus lourd défi de monsieur Pierre Karl Péladeau et du Bloc Québécois à reprendre du galon à Ottawa.  Tous les deux n’ont aucune marge d’erreur.  L’indépendance se prépare ; elle ne s’improvise pas.  Le chef du Parti indépendantiste, en particulier, devra faire la différence entre les hâbleurs et les combattants fervents. Le DÉFI de l’opinion publique est plus indicible qu’on ne pourrait l’imaginer.  Le travail de sape doit commencer par alimenter le désir du changement vers l’indépendance politique du Québec.  La valuation de l’indépendance dans l’opinion publique devrait conduire le public vers un jugement favorable envers ce choix collectif comme étant la fin-en-vue acceptable et honorante individuellement et collectivement. Ce sera le résultat d’avoir comblé un désir et d’avoir surmonté les difficultés pour y parvenir avec succès.

«Quand les choses suivent leur cours sans rencontrer de difficultés,
aucun désir n’émerge et aucune occasion ne se présente
de projeter des fins-en-vue[10].»
(John Dewey, 1939)


Comme nous le rappelait Bernard Frappier, la troisième étape de la lutte nationale doit viser à ÊTRE, donc à EXISTER, c’est-à-dire VIVRE (avec tous les éléments nécessaires à la vie).   Dixit Bernard Frappier :

Nous avons résisté    (survivance)
Nous avons insisté    (partenariat)
     Nous allons exister    (indépendance)


(30)

(*) Chronique précédente :

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 432
Retour sur l’épisode du « beau risque » en 1984 et ses suites
16 juillet 354 visites + 3 messages  2015-08-03 14:54
Les chroniques de Bruno Deshaies http://vigile.net/Deshaies-Bruno




NOTES

[1] Ou, autrement dit, un «accord commun en société» ou même une «union sociale plurielle». http://tr.revues.org/753 L’article de la philosophe Joëlle ZASK, «Le public chez Dewey : une union sociale plurielle», serait pour nous une excellente source de réflexion. Publié dans un collectif intitulé Pragmatismes (voir la Revue de sciences humaines, Tracés, 15/2008 : p. 169-189. Résumé. La citoyenneté est une institution problématique. Au cours de l’histoire, le citoyen se voit tiraillé entre deux exigences : [1] participer ou [2] acquérir les compétences requises pour juger correctement des affaires communes. Le but de cet article est de montrer que seul un accord social fondé sur la pluralité des voix peut assurer une coordination entre ces deux exigences. On trouve dans la philosophie de John Dewey un bon exemple de combinaison [1] entre le fait de prendre part et [2] celui de développer une opinion publique véritable : le « public » est présenté comme une communauté d’enquêteurs. Afin d’insister sur l’originalité de cette conception, on distinguera le « public » des formes d’union fondées sur l’identité de leurs membres, tels la « masse » ou le «peuple».  

[2] Voici la réponse de Danic Parenteau : «L’indépendance du Québec doit marquer une rupture avec le présent ordre économique canadien et l’instauration d’un système politique plus à même d’incarner une certaine vision sociale. (p. 158-159)» Quant à l’indépendance, voici ce qu’il suggère : «La démarche que nous proposons est tout autre chose [que les «demandent traditionnelles du Québec»], puisqu’elle vise à aménager le peuple québécois, réuni en assemblée constituante, à se doter de sa propre constitution politique. (p. 185)» Pour la souveraineté de l’État du Québec, doit-on penser que ce sera dans la semaine des quatre jeudis ?

[3]  Bruno Deshaies, «Position 10 : L’état indépendant et le bien commun. Prévoir l’harmonie interne et collaborer avec les autres États.»  INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?  Vigile.quebec, 10.06.2001 http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html ou «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance » (cf. LEÇONS -D- et -J-).  

[4] Traduit de l’américain par Jean-Michel Béhar, Paris, Seuil, 1997, 160 p.  Titre original : The Good Society : The Humane Agenda. Une sorte de programme pour l’humanité dans la perspective du sujet économique.

[5] «La question du bien commun est-elle relative à la politique ?» Dans Les Nouvelles d’Archimède (mars avril 2000), no 23, p. 15). http://culture.univ-lille1.fr/fileadmin/lna/lna23.pdf Site consulté le 25 juillet 2015.

[6] «Des valeurs, de la société et de la pluralité des individus. « Loi divine » ou « loi civile » ? http://service.vigile.quebec/Des-valeurs-de-la-societe-et-de-la Dans Vigile.quebec, jeudi 19 décembre 2013. 486 visites + 2 messages. Consulté le 3 août 2015.

[7] Cf. LEÇON -A- : «Prendre position d’abord» dans «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance.»

[8] Dans Les Normes : Introduction, division 0.2 : «Importance de la grande histoire».  Les éditeurs de cet ouvrage, Robert Comeau et Pierre Tousignant ont modifié le mot «rapporte» par celui de «reporte». Nous maintenons, comme l’auteur du tapuscrit, le sens du mot «rapporte» d’un point de vue logique, c’est-à-dire d’établir entre un objet de pensée et un autre un lien mettant en évidence leur dépendance.  Pour reprendre le langage de John Dewey, «tout citoyen» est un «enquêteur» et un «enquêté».

[9] Maurice Séguin, «La notion d’indépendance dans l’histoire du Canada.»  Montréal, juin 1956. Dans Les Normes (tapuscrit 1965-1966). Lire la suite… http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/la-notion-dindependance-dans-lhistoire-du-canada/ Soixante années plus tard qui peut mettre en doute cette évidence. Voilà ce que nous apprend, sans prétention ni prévention, la Grande histoire des deux Canadas. 

[10] John Dewey, « La théorie de la valuation.» (Segment no 2) dans Tracés. Revue de Sciences humaines, 15/2008, mis en ligne le 01 décembre 2010, consulté le 26 juillet 2015.  http://traces.revues.org/833  Dewey fait la distinction entre la fin ou la conséquence [autrement dit «les objets pris comme fin»] et la fin-en-vue.  Dewey dixit : «La fin ou la conséquence atteinte est toujours une organisation d’activités, en entendant par organisation la coordination de toutes les activités intervenant comme facteurs [autrement dit, ce qui entraîne la fin atteinte]. La fin-en-vue est l’activité particulière qui œuvre comme un facteur de coordination de toutes les autres sous-activités engagées. (Segment no 18) » Il précise ensuite : «Il n’y a rien d’étrange ni de paradoxal dans l’existence de situations où les moyens entrent dans la constitution même des objets de fin qu’elles ont contribué à faire advenir : bien au contraire, de telles situations se présentent chaque fois qu’un comportement réussit à projeter intelligemment des fins-en-vue, orientant l’activité vers la résolution du problème antécédent.  Ce sont les cas où les fins et les moyens se séparent qui sont anormaux et s’écartent d’une activité conduite par l’intelligence. (Segment no 19)» 

Dans la situation actuelle du Québec, l’indépendance pour les Québécois et le Québec, c’est la fin-en-vue (ou la fin visée). Le continuum de la fin et des moyens est indissoluble, car les moyens s’ajustent â «l’activité vers la résolution du problème antécédent» puisque «les moyens entrent dans la constitution même des objets de fin qu’elles ont contribué à faire advenir». En ce sens, la souveraineté du peuple qui conduirait à l’indépendance du Québec ne peut pas être désorientée vers le républicanisme qui n’est pas la fin-en-vue mais la valuation d’une autre fin ou conséquence, soit d’un autre objet pris comme fin.  Dans cet ordre d’idées, le cheminement des indépendantistes ou souverainistes subit de nombreuses dérivations idéologiques.  Au plan historique, force est de constater que mettre le cap sur l’indépendance n’est pas une évidence en tant que fin-en-vue. La dispersion des forces souverainistes autour de la fin visée est manifeste. D’où l’éclatement, l’écartèlement, l’émiettement et même l’épuisement du sujet collectif national.  Est-il encore possible de réunir les Québécois sur l’«accord commun en société» de l’indépendance sans broncher ?





mardi 27 mars 2007

Pierre BOURGAULT (1934-2003)

UN DÉTONATEUR DE LA PRISE DE CONSCIENCE
INDÉPENDANTISTE


Comme tribun, orateur, journaliste et essayiste, Pierre Bourgeault a été un détonateur de la prise de conscience du nationalisme indépendantiste durant la seconde moitié du XXe siècle. Dans son ouvrage intitulé OUI à l’indépendance du Québec (1977), il suppose que le nationalisme doit s’accomplir maintenant afin que les générations futures puissent le dépasser. « Ce n’est qu’une fois l’indépendance acquise, écrit-il, que les jeunes Québécois pourront enfin s’inventer une société qui leur ressemblera. À défaut de quoi on les retrouvera dans vingt ans brandissant les mêmes drapeaux que nous, scandant les mêmes slogans et se cognant le nez aux mêmes portes fermées. (p. 174) »

Le discours qu’il soutient dans ce livre constitue une longue dissertation subdivisée en vingt-neuf articles qui sont en fait une rationalisation sur la position indépendantiste. Pour synthétiser sa pensée, il l’articule autour de « Si je réponds “oui” à l’indépendance du Québec, c’est… ». Vient après une suite répétitive de cette affirmation qui amorce les vingt-neuf articles où il tente de démontrer la nécessité pour les Québécois de faire l’indépendance du Québec. Nous donnons ci-dessous le libellé de tous les énoncés qui marquent son mode de raisonnement et les raisons, selon lui, pour laquelle l’indépendance est nécessaire parce qu’elle « vise à nous faire vivre de nos propres ressources et de notre propre génie » (p. 10).

Comme tous les autres indépendantistes optimistes de l’époque, il sera confronté à l’idée d’association économique pour le Québec. Sur cette question, il écrit : « Sachons garder en mémoire que les associations économiques, quelles qu’elles soient, sont affaire d’intérêt mutuel et non de sentiments. […] C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre que l’indépendance du Québec nous permettra de négocier avec le Canada une « vraie » association économique qui ne nie pas nos intérêts les plus vitaux. (p. 117) » Il ne sera pas le seul à jongler avec cette idée qui continue encore aujourd’hui à paralyser le MOUVEMENT de l’indépendance du Québec. Ce problème remonte au manifeste d’Option Québec publié par René Lévesque en 1968.

En mettant à part ce problème et quelques autres du même genre, on peut dire que l’actualité de Pierre Bourgault a consisté surtout à nous rappeler que nous pouvions être fiers d’être Québécois. Par ailleurs, on doit reconnaître qu’il a travaillé à disséminer l’idée indépendantiste auprès des Québécois pendant un demi-siècle. Mieux le comprendre nous permettrait très certainement d’améliorer nos raisonnements dans l’optique indépendantiste sans tomber dans les mêmes ornières du nationalisme-indépendantiste-optimiste des générations précédentes.

Mieux comprendre la façon de penser de Pierre Bourgault, c’est s’offrir l’occasion d’aller plus loin encore dans la conviction que l’indépendance du Québec est absolument nécessaire. Mais il faut toutefois y ajouter sans faute toute la conceptualisation de « la nation au sens intégral » que nous retrouvons dans Les Normes et Histoire de deux nationalismes au Canada de Maurice Séguin. La transformation de la conception péquiste de la souveraineté devrait s’abreuver le plus tôt possible dans ces deux sources. Pour cela, le nouveau cheminement des souverainistes exigera la mise en place d’une organisation qui assurera des formes variées de communication entre les indépendantistes et la population québécoise établie dans toutes les régions.

Si nous avons eu besoin d’un tribun pour porter l’étendard souverainiste, il nous faut maintenant des organisateurs affûtés par l’optique indépendantiste qui soient capables de faire avancer le MOUVEMENT. Il s’agit plus aujourd’hui d’une action collective que d’éclats individuels aussi brillants soient-ils, bien que les deux ne doivent pas s’exclure. Faire naître des Académies de l’indépendance dans toutes les régions du Québec serait un précieux commencement dans la bonne direction.

Nous vous invitons à lire avec attention les libellés des vingt-neuf énoncés de Pierre Bourgault dans OUI à l’indépendance du Québec afin d’affiner votre pensée indépendantiste. Mais la véritable difficulté commencera lorsque vous tenterez vous-même de penser sérieusement dans l’optique indépendantiste en percevant bien les limites, les inconvénients du fédéralisme. C’est l’obstacle le plus difficile à franchir si vous voulez dire OUI fondamentalement à l’indépendance du Québec. Il ne s’agit plus des attributs de l’indépendance, mais de l’essence même de celle-ci, c'est-à-dire l’AGIR PAR SOI COLLECTIF DE LA NATION ayant à son avantage la plénitude des pouvoirs d’un État souverain et la capacité d’agir sur tous les secteurs et dans tous les domaines tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il ne s’agit plus d’un projet mais d’un état.


Bruno Deshaies
Montréal, 28 mars 2007



PLAN DE L’OUVRAGE

Préface 9
Le référendum : c’est quoi ? 17


Si je réponds “oui” à l’indépendance du Québec, c’est

1. qu’elle nous permettra enfin de nous attaquer à nos vrais problèmes. 21
2. qu’il faut toujours mieux se gouverner soi-même que d’être gouverné par les autres. 26
3. qu’elle permettra l’établissement, en Amérique du Nord, d’un pays où les francophones seront majoritaires. 30
4. que le Québec est le seul endroit au monde où je puisse me sentir chez moi. 36
5. qu’elle s’inscrit dans le sens de l’histoire. 40

6. qu’elle nous permettra de recouvrer notre normalité collective. 45
7. qu’elle nous permettra enfin de parler français... et quelques autres langues. 54
8. qu’elle nous permettra d’abattre les frontières pour nous ouvrir sur le reste du monde. 59
9. qu’elle permettra enfin à tous les Québécois, de quelque origine qu’ils soient, de choisir leur pays. 64

10. qu’elle nous donnera le droit à l’échec. 68
11. qu’elle nous donnera le droit au succès. 72

12. que nous sommes prêts à l’assumer. 82
13. que nous avons amplement les moyens de l’assumer. 89

14. qu’elle nous permettra de définir nos priorités. 99
15. qu’elle nous permettra de reprendre en main notre économie.
16. qu’elle nous permettra de rationaliser notre développement économique et social. 108
17. qu’elle nous permettra de réaliser une véritable association économique avec le Canada… et quelques autres pays. 113
18. qu’elle nous permettra de nous débarrasser de notre psychose collective. 119
19. qu’elle nous permettra de nous débarrasser de notre vanité. 123
20. qu’elle nous permettra de redécouvrir nos origines et de nous débarrasser de notre francophobie maladive. 128
21. qu’elle nous permettra de nous débarrasser de notre xénophobie. 133
22. qu’elle nous permettra de lutter plus efficacement contre l’unification forcée du monde. 137
23. qu’elle nous permettra de freiner l’expansion du racisme. 142
24. qu’elle nous permettra de mieux résister à l’influence américaine. 147

25. qu’elle constitue la dernière chance du Canada anglais. 152
26. qu’elle redonnera confiance aux minorités françaises du Canada. 157
27. qu’elle nous forcera à repenser le sort que nous faisons aux autochtones du Québec. 162
28. qu’elle nous forcera tous à nous dépasser nous-mêmes. 166
29. qu’elle permettra aux jeunes Québécois d’inventer leur propre projet de société. 171

Conclusion 175

Source : Pierre BOURGAULT, OUI à l’indépendance du Québec, Montréal, Les Éditions Quinze, 1977, 179 p. Tous les titres des articles sont suivis d’un numéro de page. ISBN 0-88565-139-1

Bibliographie


Le Rassemblement pour un pays souverain a dressé une liste de « lectures suggérées » qui présente un intérêt particulier en ce qui a trait à l’évolution de la pensée indépendantiste au Québec. Les auteurs retiennent pour Pierre Bourgault les écrits suivants :

· Écrits polémiques : la colère, Lanctôt Éditeur, collection « L'histoire au présent ».
· Écrits polémiques 1960-1981, 1. La politique, Montréal, VLB Éditeur, 1982.
ISBN : 2-89005-158-7
· Écrits polémiques 1960-1981, 2. La culture, Montréal, VLB Éditeur.
· Maintenant ou jamais, Montréal, Stanké, 1990. ISBN : 2-7604-0372-6
· Moi, je m'en souviens, Montréal, Stanké, 1989. ISBN : 2-7604-0351-3
· Oui à l'indépendance du Québec, Montréal, Quinze, 1977. ISBN : 0-88565-139-1

mardi 11 mars 2014

PAR OÙ FAUT-IL COMMENCER ?
Politique publique sociale ou politique publique nationale ?

Chronique 410 par Bruno DESHAIES
7 mars 2014  (Mise à jour :18 mars 2014) 

Cette chronique a été écrite avant l'arrivée officielle de monsieur Pierre Karl Péladeau, le 9 mars dernier, dans la campagne électorale en cours. Cela étant dit, la distinction entre une politique publique sociale et une politique publique nationale ne modifie en rien l'esprit de cette chronique. Préparer une politique publique nationale exige beaucoup plus que défendre un programme électoral.  Sur ce plan, la « question nationale » n'est pas uniquement un problème de référendum. Il faut le dire, le répéter.  Elle consiste principalement à savoir par où commencer pour parvenir à persuader une majorité de Québécois à adhérer au concept d'indépendance nationale du Québec.  Un recours à la grande histoire s'impose.  Car faire l'indépendance nationale du Québec, c'est défaire l'annexion politique au Canada-Anglais et, en contrepartie,  se donner collectivement un État souverain et une vraie nation souveraine qui maîtrise majoritairement l'État central.  Le tandem Marois-Péladeau est-il mûr pour sortir de l'ornière du souverainisme dans « une nouvelle union canadienne » ?

Les politiques sociales couvrent un vaste domaine qui relève des compétences de l’État provincial du Québec. Il s’agit principalement de l’article 92 de la constitution canadienne qui fait du Québec un État fédéré soumis à un État fédérant majoritairement canadian.  Ce qui est la conséquence de son intégration dans une union fédérale hautement centralisée. Cette diminution de l’autonomie de l’État québécois prive la nation québécoise des grands pouvoirs de l’État fédéral qui, lui, est complètement souverain tant à l’interne qu’à l’externe.

Une quarante-et-unième élection provinciale
 
L’élection en cours ne pourra que refléter cette condition politique du statut étatique provincial du Québec.  Les enjeux sociaux locaux qui concernent en grande partie l’éducation et la santé, la vie économique locale, les finances de l’État local, l’organisation des municipalités et du réseau des commissions scolaires et des écoles ainsi que du réseau hospitalier et des organismes qui visent la santé et le bien-être de la population en général obèrent considérablement le budget de l’État du Québec.  Les politiques publiques sociales sont contraintes dans un cadre provincial et elles dépendent, en plus, largement des subventions liées au système de péréquation pancanadien. Tout gouvernement confondu au Québec, depuis 1867, subit une subordination politique et économique sur place du fait de son annexion dans l’union fédérale canadienne.

Cette campagne électorale de 2014 deviendra la quarante-et-unième élection générale au Québec. Jusqu’à ce jour, aucune tentative québécoise de politique publique nationale n’a pu atteindre son objectif de transformation du système constitutionnel du Canada. C’est plutôt le contraire qui est arrivé. Cette élection générale ne fera pas exception.  La situation économique du Québec ne s’y prête pas non plus.  Or, comment rendre possible la construction du besoin de réforme fondamentale qui confronte le Québec devant son destin national comme unité politique distincte dans le monde ?

 Comme toujours, la rhétorique de la souveraineté ou de l’indépendance ronronnera comme à l’habituel ainsi que son contraire, l’idéal fédéraliste, comme bouée de sauvetage collectif.  Le PQ et le PLQ vont tenter énergiquement de remporter la mise en mode électoraliste, c’est-à-dire en déterminant leurs positions et leurs programmes en fonction du bénéfice électoral escompté.  Entre les deux, la CAQ mise sur le sens des responsabilités des Québécois pour gérer l’appareil d’État provincial afin de consolider l’économie du Québec. Et, à la queue, deux autres partis qui l’un souhaite réaliser une révolution sociale (QS) et l’autre qui se veut plus pur idéologiquement (ON) que les péquistes et qui aspire faire mieux qu’eux en vue de gouverner un État indépendant du Québec. 

Tous ces partis politiques vont déployer beaucoup d’imagination durant la campagne électorale pour bâtir un pays en image d’Épinal.  une constituante, une constitution, une réforme du régime électoral, une charte de la laïcité et des valeurs, l’ambition de créer une république, de bâtir un Québec vert ou de développer le Québec économiquement au sein d’un Canada-uni en misant sur la tradition de la bonne-entente ou, encore, de défendre une sorte d’État providence modernisé qui permettrait un partage équitable de la richesse, etc.  Bref, un pays idéalisé par l’esprit.

Laquelle des deux «solutions» possibles choisir.

Toutefois, la démocratie électoraliste a ses limites.  Les besoins sociaux sont considérables.  L’écart entre les discours et la réalité s’élargit constamment.  Dans l’ensemble, nos partis politiques provinciaux manquent de vision.  Leurs programmes politiques vont tout azimut au gré des circonstances et de l’opportunisme partisan.  Les citoyens ne sont pas dupes.  Les ambitions des chefs de partis sont globalement connues.  PQ : souverainiste optimiste ; PLQ : fédéraliste fervent ; CAQ : fédéraliste autonomiste ; QS : gauchiste avant d’être souverainiste et ON : souverainiste autonomiste.  En gros : deux partis politiques fédéralistes (PLQ et CAQ) contre trois partis souverainistes (PQ, QS et ON) si on ne fait pas trop de nuances.  Les Québécois sont désespérés devant cette brochette de partis politiques qui se veulent tout autant, l’un ou l’autre, des nationalistes de bonne foi.

Il faut comprendre de prime à bord que la « question nationale » n’est pas une voie à sens unique.  (Les indépendantistes ont donc un gros combat à livrer contre les partisans fervents de «foi»  fédéraliste.)

D’une part, la solution indépendantiste est un choix intelligent et légitime ; d’autre part, le choix de demeurer dans l’annexion prolongée n’entraîne pas inexorablement à l’assimilation (de préférence totale).  L’objectif de la première solution est enivrant, mais les tensions entre les souverainistes affaiblissent la force d'action.  En revanche, les obstacles de la seconde solution seraient surmontables parce que les fédéralistes croient fermement que la société québécoise est capable et créative et qu'elle peut vivre dans le Canada-Anglais.

Quoiqu’il en soit, l’enjeu collectif est non seulement de taille mais crucial.  Car c’est toute une nation qui doit opter nécessairement entre les deux «solutions» possibles.  Les politiques qui endossent la cause de l’indépendance complète doivent préparer l’opinion publique.  Ils doivent formellement prendre position et défendre leur décision politique.  La décision politique clairement prise devrait entraîner une action politique efficace.  Les indépendantistes auront à la rendre crédible et acceptable afin de faire prévaloir leur politique publique nationale devant la variété des «options» qui circulent au sein de la société civile. 

En ce moment, face à la « question nationale », tous les groupements politiques au Québec sont inévitablement confrontés devant les six options qui suivent : 
  1. monter vers l’indépendance;
  2. accepter lucidement l’annexion;
  3. se laisser glisser vers l’assimilation (de préférence totale);
  4. faire face lucidement à la provincialisation;
  5. tirer parti de la réalité « obligatoire » à l’échelon régional ainsi qu’à l’échelon central;
  6. parasiter de la manière la plus autonome possible… et attendre l’occasion… si jamais…
Grosso modo, tous les partis politiques s’accordent sur un point : agir (par soi) collectivement jusqu’à la limite du possible et du permis à l’échelon régional (et même un peu plus...).  C’est ce qu’ils pensent sincèrement (si on ne leur fait pas d’emblée un procès d’intention).

Dans les faits, chaque parti cherche à parasiter de la manière la plus autonome possible au régional pour satisfaire les attentes des indépendantistes et des fédéralistes.  Mais, il leur est difficile de comprendre ce que c’est que l’indépendance nationale. D’où les atermoiements continuels au sujet de la mise en place d’une politique publique explicite au sujet de l’indépendance.   

À cet égard, les politiques québécois sont en retard sur le désir des Québécois et des Québécoises de voir ce besoin de liberté collective se transformer en une réalité concrète et palpable.  Pourtant, le sentiment national au Québec est assez développé pour que le Rubicond soit traversé dans un court terme.

Par où faut-il commencer ? 


Pour cela, la réponse repose entre les mains de toute la société ou groupement d’hommes et de femmes qui souhaite «maîtriser et réussir sa vie collective selon sa fin propre ».   « Un nationalisme politique complet, à la fois intérieur et extérieur, fait remarquer Maurice Séguin, est nécessaire pour développer une économie moderne diversifiée et complète.  D'autre part, une vie économique équilibrée, entière et dynamique est également nécessaire pour soutenir le politique tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.»  Maurice Séguin précise :

Ce nationalisme politique et économique est dans la nature même de la vie des collectivités. Agir-par-soi, − on me pardonnera ce pléonasme −, signifie fondamentalement trois choses :
 
         1o se gouverner soi-même tant intérieurement qu'extérieurement,
         2o exploiter soi-même ses ressources économiques intérieures dans tous les secteurs et
         3o commercer soi-même avec l'extérieur. 

Agir ainsi est un bien en soi. L'indépendance politique est un bien en soi.  L'indépendance économique est un bien en soi. En agissant par elle-même, la collectivité, − par l'ensemble de ses membres ou par son élite politique et économique −, acquiert des habitudes, de l'initiative et de l'expérience.  Agir-par-soi, vivre soi-même, sans collectivité interposée, est source de richesse d'être. 
          (Dans Histoire de deux nationalismes, p. 8-9.)

Le Livre Blanc sur l’avenir du Québec que le gouvernement de Pauline Marois nous annonce devrait mettre un terme à la confusion qui entoure la décision politique de faire l’indépendance uniquement par opportunisme politique.  Cette politique publique nationale est majeure.  Elle est la plus élevée dans l’ordre politique tant pour les individus, la société civile et la nation québécoise comme collectivité nationale distincte.  Elle est la clé de voûte de l’agir par soi collectif et source de richesse d’être.

Malheureusement, ce Livre Blanc semble vraiment être une autre activité de procrastination souverainiste.  Le 6 février dernier, la première ministre déclarait : «À trois ans du 150e anniversaire du Canada (2017), le temps est venu pour les Québécois de soupeser à nouveau les pour et les contre de leur appartenance à la fédération canadienne.» (Martin Ouellet, «Livre blanc: le PQ veut faire le procès du fédéralisme pour mousser son option.» Dans La Presse Canadienne, Shawinigan, Qc, 6 fév. 2014.) http://www.lactualite.com/actualites/quebec-canada/livre-blanc-le-pq-veut-faire-le-proces-du-federalisme-pour-mousser-son-option/  Afin de convaincre les indépendantistes, le journaliste nous rapporte que «Pauline Marois considère qu’elle aura les coudées franches pour réaliser la souveraineté si les électeurs lui accordent un gouvernement majoritaire à la prochaine élection.»  Les électeurs ne sont pas dupes. Cette déclaration est purement circonstancielle et électoraliste.

Une politique publique nationale sérieuse se prépare avec une équipe soigneusement triée sur le volet. Elle exige un travail en profondeur sur les fondements de l’indépendance. Il y a des concepts qui doivent être utilisés plutôt que d’autres. L’idée d’indépendance doit être exposée en tant que finalité politique et comme un bien en soi. Il y va du bien commun le plus important et capital pour la société québécoise toute entière. Se gouverner soi-même n’est-il pas le propre d’une nation ambitieuse et soucieuse d’agir par elle-même, librement ? Cette richesse d’être collective ou nationale rejaillira sur l’ensemble de la population du Québec et dans toutes les ramifications de la société civile. 

Se gouverner soi-même n’est-il pas le propre d’une nation ambitieuse et soucieuse d’agir par elle-même, librement ? Cette richesse d’être collective ou nationale rejaillira sur l’ensemble de la population du Québec et dans toutes les ramifications de la société civile. Le partage des compétences est une chose dans une union fédérale mais, c’est autre chose, que de posséder collectivement tous les grands pouvoirs de l’État central.

Prendre conscience des limites intrinsèques des compétences d’un État provincial n’exige pas la convocation d’une autre Commission Bélanger-Campeau (cf., ANNEXE). Les politiques de tous les partis politiques et les partisans souverainistes pourraient comprendre la difficulté s’ils se donnaient la peine d’aller au fond des choses.

Les preuves de centralisation de l’État fédéral existe in se dans la constitution canadienne depuis 1867. Elles ont été confirmées et consolidées par le rapatriement, en 1982, de la constitution canadienne.  D’ailleurs, aucun des gouvernements successifs au Québec n’a voulu entériner cette constitution.  Que faut-il de plus comme preuve pour convaincre les Québécois que leur degré d’annexion politique dans le système canadian ne répond pas à leurs aspirations collectives ? 

Il faut donc que les Québécois franchissent mentalement une étape supplémentaire.  Désormais, ils doivent se convaincre majoritairement qu’ils doivent devenir une nation au sens intégral.  Les conséquences dérivant de ce sens qui est donné au mot «nation» entraîne les caractéristiques particulières qui peuvent se résumer en ces termes

3.2.4 LA NATION AU SENS INTÉGRAL

3.2.4.b.1) La maîtrise de l’agir collectif l’emporte en valeur sur la manière d’agir :

La liberté et les moyens d’agir sont bien plus importants que le style de l’agir, c’est-à-dire les lois, les mœurs, la langue d’une nation.

Conserver la liberté et les moyens d’agir collectivement est d’un ordre bien supérieur à « conserver ses lois, sa langue, etc.


Pour toute nation, la maîtrise, l’agir (par soi)  en politique, économique et culturel, – quoique fondamentalement semblable.

3.2.4.b.3)  Être distinct avant d’être différent.

Il faut exister séparément d’abord  (avant d’avoir une personnalité collective)
Des nations distinctes ont la même langue ou les mêmes lois…


La personnalité, l’originalité viennent nécessairement après le fait d’exister.
Le style jaillit de l’habitude d’agir (par soi) ; c’est la civilisation…

(Maurice Séguin, Les Normes, Chapitre troisième, « Sociologie du national », section 3.2.4.)

La finalité de l’action politique qui inspirerait la politique publique nationale de l’indépendance du Québec aurait intérêt à dépasser le stade des lamentations sur les preuves de privation de liberté collective dans le système fédéral canadien.  Le mécontentement de la population est palpable depuis longtemps.  Malheureusement, les discours politiques souverainistes sont souvent déjantés.  Le public en est conscient.  Les incohérences s’accumulent.  Elles remontent au 6 janvier 1968.

René Lévesque publie Option Québec. « Pour un Québec souverain dans une nouvelle union canadienne ».  Deux extraits informatisés : Nous autres et Le chemin de l’avenir. http://fondationrene-levesque.org/rene-levesque/ecrits-de-rene-levesque/  (extrait 1 et 2). « Avant-propos.  À l’heure du choix. » http://blogscienceshumaines.blogspot.ca/2007/03/lheure-du-choix.html  Préface de l'historien Jean Blain. http://biblio.republiquelibre.org/Option_Qu%C3%A9bec#.C3.89pilogue  Sites consultés le 7 mars 2014. Voir Gilles Lesage, « L’option Lévesque, 30 ans plus tard » in: Le Devoir, 17 janvier 1998, p. A10.
 
Le besoin de transformation du statut provincial du Québec à celui d’indépendance nationale exige un nouveau cadrage idéologique sur «le concept d’indépendance d’une collectivité». VOIR : Bruno Deshaies, «Est-il possible à deux collectivités distinctes de posséder en commun une même indépendance? » Les normes en histoire (Chronique supplémentaire no 22), dans Vigile.net, Indépendance du Québec 362, Chronique du jeudi 23 avril 2009. http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 ou http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin.html Id., «Fédéralisme ou indépendantisme?», dans Vigile.net, Indépendance du Québec 363, Chronique du jeudi 30 avril 2009. (Visites : 2327 + 5 messages : 2014-03-07 14:45) http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509

Le temps est venu de s’appliquer à aborder de front la notion d’indépendance nationale sur toutes les tribunes possibles mais, en particulier, avec tous les groupes qui souhaitent l’accession du Québec à son indépendance.  Cette conversation (ou conversion) est incontournable.  Sinon, les Québécois tourneront en rond, collectivement, pour un autre demi-siècle.  Fin des pleutreries.


ANNEXE

3.9 Le PARTAGE des COMPÉTENCES


3.9.0 Partage dans une union fédérale typique


3.9.0.1    Un certain partage des obligations, des devoirs, des charges, des permissions et des moyens se produit nécessairement dans tout système où des nations s'unissent, se fédèrent. 

3.9.0.2    Il y a des centaines de modes différents de partage entre le Central et les provinces. 
3.9.0.3    On se bornera à esquisser le partage dans une UNION FÉDÉRALE TYPIQUE QUI A DES   CHANCES DE FONCTIONNER NORMALEMENT.

3.9.1 Dans la notion de partage, premier piège à éviter :

3.9.1.1    Il ne faut pas croire que l’État central absorbe tout ce qui est « important » et que les États provinciaux ne reçoivent que le « secondaire ».
3.9.1.2    L’État central et les États régionaux possèdent normalement, à la fois, des droits (des permissions) et des pouvoirs (des moyens) importants ou secondaires pour la vie d'une ou de plusieurs collectivités.


3.9.2.2.a-1)  en politique, à l’intérieur
• (car ce demi, mais véritable pouvoir étatique organisé, doit administrer, promouvoir la vie régionale),
• l’autorité sur les affaires locales,
• les municipalités ;
 
3.9.2.2.a-2)  en politique, à l’extérieur :
• le droit (en second) et les moyens (secondaires et limités) de prendre contact et de négocier avec l'étranger ;

3.9.2.2.b-1)  en économique, à l’intérieur
• la propriété, la régie des ressources naturelles,
• un budget régional (par subvention, par vente ou location des ressources naturelles et par
• le droit à ce qui reste de la taxe directe…),
• le commerce, l'industrie, l’agriculture pour la région,
• les travaux régionaux ;
                    • le droit et la possibilité limitée d’emprunter ;

3.9.2.2.b-3) en économique, à l’extérieur
                   • le commerce avec l’étranger, d'une manière subalterne ;

3.9.2.2.c-1)  au culturel, à l’intérieur

                   • la juridiction sur le national apparent (loi civile, langue, religion),
                   • la culture nationale,
                   • l’organisation, le financement (avec des moyens limités)
                     des institutions nationales régionales (loi, langue, religion) ;

3.9.2.2.c-2)   au culturel, à l’extérieur
                   • l’organisation, le financement de la représentation culturelle.

3.9.2.3 Remarques supplémentaires sur le partage des compétences

3.9.2.3.1 On ne peut partager nettement les compétences : il y a interpénétration...
3.9.2.3.2 Certains secteurs sont nécessairement mixtes : immigration, agriculture, etc. 
3.9.2.3.3 La sécurité sociale peut dépendre du central, du régional ou des deux...
3.9.2.3.4 Il est très difficile, dans la réalité, de distinguer jusqu'où vont les compétences.
               La même difficulté se retrouve en histoire.
(Maurice Séguin, Les Normes, Chapitre troisième, « Sociologie du national », division 3.9.)

NOTE DE RECHERCHES

Gouvernement du Québec, Projet de rapport, Commission d’étude des questions afférentes à l’accession du Québec à la souveraineté. Document de travail, 16 septembre 1992, 193 p.
ISBN 2-550-26527-0  Liste des documents qui ont été déposés auprès de la Commission d’étude : http://www.saic.gouv.qc.ca/institutionnelles_constitutionnelles/commission_etude_souverainete.htm
N. B. Certaines études sont en ligne et d’autres n’indiquent que les titres ou l’abrégé du document. REM. :  Il y a 22 ans, les politiques répétaient ce que nous savions depuis 150 ans ! 

Béchard, Fabien, « René Lévesque: le bâtisseur. » Dans Le Devoir, samedi ,1er novembre 1997.
http://archives.vigile.net/hist/biographie/bechardlevesque.html  L’auteur était Premier vice-président du Parti québécois. Discours très élogieux avec un parti pris marquant envers l’homme.

Lesage, Gilles. « L’option Lévesque, 30 ans plus tard » in: Le Devoir, 17 janvier 1998, p. A10. http://pages.infinit.net/histoire/option.html

Lévesque, Yves, et Bélanger, Michel, René Lévesque. L'homme, la nation, la démocratie, Presses de l'Université du Québec, Sillery, 1992.
 
Bélanger, Yves et Michel Lévesque, avec la collaboration de Richard Desrosiers et Lizette Jalbert, René Lévesque : L’homme, la nation, la démocratie, Québec, Presse de l’Université du Québec, 1992, 495 pages.

Colloque 1991 : René Lévesque, l’homme, la nation, la démocratie.
Les exposés qui suivent ont été présentés à l'occasion du colloque René Lévesque tenu, en mars 1991, à l’Université du Québec à Montréal. Ils ont été publiés sur le site de la Fondation René Lévesque :
•  Marc Brière – Fragments d’un portrait de René Lévesque
•  Kenneth McRoberts – René Lévesque, le grand démocrate
• Jacques-Yvan Morin – René Lévesque et les droits fondamentaux des autochtones du Québec
  Source : http://fondationrene-levesque.org/colloques/colloque-1991/
 
Ouvrages de référence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Ouvrages_de_r%C3%A9f%C3%A9rence/2-89295-140-2  On y trouve toutes sortes de catalogues de bibliothèques et de distributeurs de livres.  Surprenant.

 Mise à jour : 18 mars 2014  8:48