jeudi 2 février 2017

Conctact

Bonjour monsieur Deshaies,

me recevez-vous?


Pierre Duchesne

mardi 10 mai 2016


INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC  448

 HISTOIRE «nationale» DU QUÉBEC
Quel rôle l’État du Québec peut-il jouer ?

Chronique de Bruno Deshaies, 9 mai 2016  
Au moment où nous avons appris le départ canon de Pierre Karl Péladeau de toutes ses fonctions politiques, cette chronique était en cours de rédaction depuis quelques semaines. Nous croyons malgré tout qu’elle demeure complètement d’actualité.  Monsieur Péladeau avait conscience que son action devait se développer sur deux fronts : un premier front, celui de l’action politique incontournable et, un deuxième, celui d’une réflexion sur la réalisation de son désir d’indépendance politique. En s’inscrivant dans le milieu politique, il a créé des espoirs et une bouffée d’air frais qui ne devraient pas se tarir. En effet, il a décidé après ce départ inopiné de prêter à l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) des ressources financières pour qu’il puisse se mettre en marche. (C’est une idée que j’ai défendue depuis une quinzaine d’années[i](1). La présente chronique se situe dans le prolongement de la Chronique 447 du 18 avril. Sur cette tempête inédite, le moment est venu d’exercer son esprit critique sur le flot des discours qui traite de «la question nationale» – cette expression éculée qui ne dit pas exactement l’intention de l’indépendance politique du Québec. La documentation considérable que nous mettons en lumière dans cette chronique nous montre que nous ne pourrons pas en demeurer indéfiniment à nous ausculter dans le menu détail et se satisfaire de décrire dans toutes les directions l’état du Québec.  Il faut faire le bilan critique de notre pensée politique dans l’optique indépendantiste et s’atteler à la tâche de conquérir le public sur le bien-fondé des avantages nationaux d’être indépendant collectivement.  Pour l’être véritablement, il faut que l’agir (par soi) collectif exprimé par tous ses membres lui permette efficacement de faire face eux-mêmes aux problèmes de la vie nationale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.  Cette condition est nécessaire pour s’assurer la maîtrise de sa vie politique, économique et culturelle selon ses propres finalités d’où le rôle considérable qui doit être attribué à l’État pour réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale des Québécois.

 Winston Churchill
 «Plus vous saurez regarder loin dans le passé,
plus vous verrez loin dans le futur.»

Tout l’agir humain est du domaine de l’histoire.  Car il s’agit de l’histoire avec un grand H, c’est-à-dire de toutes les sortes d’activités humaines passées. Entreprendre de comprendre l’histoire du Québec, c’est accepter de remonter  jusqu’à ses origines en Nouvelle-France et suivre son parcours historique en Amérique du Nord de 1534 à nos jours.  «Regarder loin dans le passé» n’est pas une fantaisie de la recherche, car il existe des ancrages qui pèsent lourdement sur le présent.  Le présent n’échappe pas au temps historique qui relève de l’avant et de l’après, c’est un continuum.

Malgré le Passé vécu,  il existe quand même toute cette réalité mystérieuse de l’intervention de l’intelligence et de la volonté de l’être humain, c’est-à-dire de voir « plus … loin dans le futur».  Toutefois, il faut des forces latentes existantes pour justifier un redressement de situation. Est-ce possible  que l’intelligence et la volonté, à un moment donné, puissent mettre les ardeurs en œuvre par la parole, au gré de la fantaisie, en un rien de temps, sans tenir compte de la nature et des forces présentes ?  Comment peut-on être sûr d’être capable de modifier jusqu’à un certain point le cours des événements ? Dans ce cas de figure, les politiques surtout auront à apprendre à savoir «regarder loin dans le passé» pour s’assurer de voir «loin dans le futur» sachant que c’est dans le présent qu’ils agissent, donc qu’ils doivent reconnaître pour l’action les exigences de la tactique tout en sachant ce que sait que l’indépendance.  En outre, ils auront à admettre que la vérité se révélera plus profitable pour faciliter l’action immédiate et lointaine. Cette vision créatrice les rendra plus lucides. 

Notre histoire du Québec se divise en deux grandes périodes : un Premier Canada, avant 1760, et un Deuxième Canada, après 1763.  Le premier pays a d’abord été celui des colons Français (canadiens) ou Canadiens (français) et Canadiens tout court (les «canayens»). Après 1763, ce sera le début du Canada britannique. «Désormais, écrit l’historien Maurice Séguin, le territoire canadien est ouvert à une nouvelle colonisation. […] Le Canada français ne sera plus seul.» Les «Canadiens» connaîtront une nouvelle aventure historique sous une autre forme de colonisation.  Dans ce deuxième pays (britannique) où ils deviennent graduellement des canadiens-français (de souche ou d’adoption) avec toutes les caractéristiques d’une nation au sens général et sociologique du terme.  Comme société, ils forment un tout complexe, un réseau d'habitudes (expérience, initiative), de traditions, de capitaux, de techniques  politiques, sociaux, économiques et culturels, bref une entité socio-politique avec des valeurs communes.  L’histoire a voulu que le Canada-Français persiste dans le temps mais en subordination sur place en tant que nation annexée.  Leur autonomie partielle de 1867 ne leur redonne pas les pouvoirs et les droits qu’ils possédaient avant 1760. L’État local de la Province de Québec est un État fédéré avec des compétences politiques limitées.  Ce constat est indéniable. 

I.- L’ÉTAT DU QUÉBEC 

Comment les Québécois et les Québécoises  peuvent-ils entrevoir le Futur ?  Ce serait donc la troisième période de notre histoire.  Celle-là est cruciale, car elle vise la désannexion de la nation québécoise de la nation canadian afin d’accéder librement et collectivement au statut d’égalité de droits  au plan international.  Qu’est-ce à dire ? 

Pour en arriver là, il faudrait que l’État du Québec, comme unité politique, ait le droit de  

[a] posséder la maitrise des décisions à prendre et de leur exécution à son propre niveau national ;

[b] décider de se soumettre ou non aux décisions majoritaires absolument contraignantes aux instances internationales ;

[c] se réserver le droit d’exécuter ou de ne pas exécuter les « ordres » suggérés par la majorité internationale.  

Tel est le seuil minimum du respect de l’indépendance des nations membres de l’organisation mondiale internationale.  Dans ce cas de figure, le Québec deviendrait véritablement une nation indépendante.  Ce n’est pas une monomanie ou une lubie que de le dire ouvertement et publiquement.  Mais il faut le dire afin que le public partage majoritairement cette vision du futur et que l’action mette les ardeurs à l’œuvre.  Cependant, l’action va exiger d’éviter de se mettre dans l’impossibilité de comprendre d’une manière réaliste la complexité de la situation actuelle.  Agir autrement,   

– c’est s’exposer à gaspiller en pures pertes ses meilleures énergies en combattant inutilement l’inévitable (pour le moment ou pour toujours (peut-être ?); 

 – c’est diminuer ses moyens de circonscrire le mal ;

 – c’est même risquer d’aggraver la situation et d’accroître les dangers de démission chez la masse, en préparant un dur et tardif réveil. 

Il est donc important que l’on surmonte les tentations de découragement. 

Une politique publique «nationale» surpasse en complexité toutes les politiques publiques «sociales» auxquelles se cramponnent nos chercheurs et sur lesquelles s’abandonnent nos conseillers de l’État du Québec. Il faut bien comprendre que l’ordre de grandeur du problème que pose la recherche de l’indépendance nationale du Québec affecte inévitablement les autres nations compte tenu de la finalité et du résultat attendu, voulu et défendu avec détermination.   

Afin d’observer toutes les facettes de ces exigences, il existe à notre disposition des outils de connaissance sur cette vie collective qui est enracinée dans l’histoire de ce Premier Canada depuis la fondation de Québec en 1608.  Il faut prendre conscience que malgré les vicissitudes de notre parcours historique, les Québécois ne cessent de continuer à rechercher cette possibilité de s’émanciper.  La première étape à franchir serait de faire accepter par une majorité démocratique au Québec que l’émancipation nous permettrait d’agir par nous-même collectivement et librement.  

Avant de parler d’autodétermination et de referendum, il serait préférable de prendre conscience de ce que nous sommes, des moyens dont nous disposons et, surtout, d’apprendre à faire accepter par le public cette vision du futur.  Les indépendantistes doivent sortir de l’esprit de «l’entre soi et les autres»[ii](2). Ils ont l’obligation de se mettre à l’écoute de d’autres points de vue qui préoccupent les indépendantistes sincères et honnêtes.  Les tours d’ivoire du mouvement indépendantiste nuisent au développement de l’idée indépendantiste par leur relégation.  Le Parti québécois et les organismes qui orbitent autour de la souveraineté du Québec devraient concentrer leur énergie sur l’optique indépendantiste surtout quand il s’agit d’un cas de  figure entre fédéralisme vs nationalités. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/sociologie-du-national-federalisme-et-nationalites-6/  Les indépendantistes ont le devoir de démasquer et de démystifier le fédéralisme en tant que solution-magique dans les rapports entre les nations. Car il n’y a pas d’objection dirimante quant aux relations entre l’indépendance et l’interdépendance.   

Étant donné que les Québécois veulent échanger dans le monde, ils ne devraient pas craindre les répercussions de la vie internationale (extérieure) sur la vie nationale (intérieure). Il est même souhaitable de rechercher le plus possible les contacts extérieurs, afin d’enrichir sa vie intérieure.  Une grande partie des relations extérieures seront surtout des défis stimulants qui provoqueront des progrès (politiques, économiques, culturels) intérieurs.  La contrepartie exige pour une nation souveraine un rôle considérable de l’État pour réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale. L’État du Québec actuel possède certains atouts qu’une bonne étude de ce que nous sommes pourrait nous révéler. 

 Essayons de savoir ce que nous sommes.  
 
2011 Langue maternelle : Québec vs Montréal
 
Source : Institut de la statistique du Québec 2016

Lire la version intégrale...

[i] Le 28 octobre 2009, j’avais fait parvenir à Monsieur Péladeau, Président et chef de la direction de Quebecor, un message électronique dont l’objet était formulé ainsi : «Pour un projet d’éducation à l’indépendance contre l’annexion du Québec.»
 
[ii]  Consulter la présentation de Sylvie Tissot (dir.), « Les espaces de l’entre-soi », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 204, 2014. http://lmsi.net/Entre-soi-et-les-autres  Sur cette question de psychologie sociale et de sciences sociales, les indépendantistes auraient une petite réflexion à faire entre eux. https://lectures.revues.org/15551
 

mercredi 24 février 2016

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC  445


De la guerre d'indépendance au Québec
Le calvaire du Canada anglais : nous traiter en égaux
(Gilles Verrier)

Bruno Deshaies
2016-02-24 15:00

 Cher ami,
 
Cette chronique fait référence à tes récentes réflexions sur l’indépendance du Québec. Pour retrouver la version éditée sur le site de Vigile, il faut donc suivre le chemin infra :

Le titre par VIGILE :

Le fantasme du Canada raisonnable
La « canadianisation »tranquille de l’indépendance
Déni de la volonté de suprématie anglo-saxonne
Chronique de Gilles Verrier 20 février 2016 945 visites 10 messages
ICI : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:Q9UpkpBpE7gJ:vigile.quebec/La-canadianisation-tranquille-de -l+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=ca

Le texte original de Gilles Verrier :

Le calvaire du Canada anglais : nous traiter en égaux
SITE : Indépendance et mondialisme 19 février 2016

Réflexion sur cette prise de position

On peut considérer comme un fait historique le déni collectif de la suprématie canadienne-britannique qui a élargi sa base anglo-saxonne du paysage canadian.  Pourtant, Les Québécois-Français entretiennent historiquement une illusion qui leur fait croire que nous sommes des égaux au plan collectif.  Bien sûr, les Canadiens (français) sont majoritaires au Québec mais ils sont mineurs au sein de l’ensemble canadien qui est la nation majeure.  Il est clair que c’est «le calvaire du Canada anglais».

Ta chronique ayant été retirée du site de Vigile, le onzième commentaire que j’avais préparé n’a pas été publié.

Commentaire de Bruno Deshaies

Pour ceux et celles qui veulent bien comprendre notre incapacité à faire comprendre l’indépendance politique du Québec, il faudrait qu’ils ou elles réfléchissent à l’importance du sens des mots.  La sémantique n’est pas une ornementation littéraire. Les mots ont de l’importance et le discours indépendantiste a des croûtes à manger pour expliquer son objectif politique fondamental au public d’ici et d’ailleurs.  Se parler entre nous, faire des colloques entre nous, publier des documents pour nous, voyez qu’il y a une grande différence entre «le fantasme du Canada» et «le calvaire du Canada anglais».  C’est pourquoi mon commentaire  a eu pour titre celui-ci :
 
LE CANADA-ANGLAIS EXISTE !

Les deux dernières chroniques que vous avez écrites abordent des sujets communs.  En gros, le Canada-Anglais existe !  Fragile à côté des États-Unis, superpuissance mondiale, il est en permanence inquiet.  La fin de la Guerre Civile américaine en 1865 a forcé les Canadians à consolider le British Norh America contre le Republican North America. Il s’agit d’une constante de l’histoire de la colonie canadienne avant 1760 et des colonies britanniques après 1760.

Le canadianisme a sa propre histoire.  Dans les années 1950, le Rapport Massey a mis en évidence cette fragilité du Canada-Anglais (cf. «Le Rapport Massey et le canadianisme c. l'américanisme»).
http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/le-rapport-massey-et-le-canadianisme-c-lamericanisme-4/  Par voie de conséquences, les Canadiens-Français et le Québec-province a subi les effets pervers de ce nationalisme pancanadianiste.  Les tensions ont progressé et Maurice Duplessis a trouvé le moyen de défendre farouchement notre autonomie provinciale bien que fédéraliste lui-même. (Cf. «Choisir, c’est réussir ! Animer le discours indépendantiste pour atteindre l’objectif de l’indépendance.»  (Dans Vigile.quebec, 10-10-2002 .) http://vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-10-10.html

Je corrobore globalement votre point de vue au sujet des tribulations de la société québécoise. Vous avez raison d’insister pour que soit tourné toutes les pierres qui nous voilent la réalité concrète des rapports Canada-Québec.  Mais je me pose une question :

Doit-on penser à la place du CANADA ? 

 C’est une erreur de croire que la Majorité va nous traiter d’égal à égal.  C’est un très vieux débat qui nous empoisonne l’existence depuis plusieurs générations.  Est-ce le calvaire du ROC et des Canadians au Québec dont Justin Trudeau est un exemplaire représentatif en tant que Premier ministre du CANADA tout comme son bras droit Stéphane Dion. ?  Il n’y a aucun doute.  Pourquoi ?

«La nation majoritaire qui n’a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des concessions (comme au moins un État provincial) est dérangée, importunée par cette annexe (cet appendice).

«La nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement, économiquement et culturellement.»  (Id., Ibid.)  
            (Maurice Séguin Les Normes : Chapitre troisième, 1965-1966.)
 
L’étude de la Leçon XVI de son cours télévisé de 1963-1964 au réseau français de la Société Radio-Canada, nous rend intelligible «la courbe politique» que continuera à subir le Canada-Français (véritable «calvaire» du Canada-Français) entre 1867 et 1960.  Et l’on peut affirmer sans hésitation que la logique de cette courbe politique nous la retrouvons dans le parcours qui a suivi jusqu’à nos jours.  Or, l’essentiel du problème national des Québécois-Français se trouve dans la finalité de la création de la Confédération, en 1867, par les British canadians.

Sur cette question, j’aimerais laisser à nouveau la parole à Maurice Séguin où il s’applique à démontrer la nature véritable de cette annexion politique du Canada-Français (et du Québec-province).
 
V.– L’ESSENTIEL DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS

9. Survivance et autonomie restreinte

//400// Inutile de dire qu’il ne faut tenir aucun compte de ces questions plus que secondaires : le status de la langue française, la part des Canadiens-Français dans la fonction publique du gouvernement central ou

national  du Dominion of Canada, le traitement réservé aux minorités de langues françaises perdues dans les provinces anglaises //401// d’un Dominion britannique.  La situation politique, le status constitutionnel de la nation canadienne-française, c'est-à-dire du bloc canadien-français du Québec, nous intéresse bien davantage.

Peut-on affirmer à propos de la place réciproque du Canada-Anglais et du Canada-Français dans l'union fédérale l'« equal parternship of the two founding races » ?  Peut-on parler de l'association à titre de peuples égaux des deux nations fondatrices ? 

Évidemment non.  Ni en 1760, ni en 1840, ni en 1867 et pas plus qu'en 1960 [ni encore aujourd'hui en 2016], il n'y a eu, répétons-le, ni égalité de droits, ni égalité de faits entre les deux nationalités.  On sait que l'une possède toute la souveraineté locale et centrale tandis que l'autre ne détient qu'une autonomie provinciale seulement.  Du régime de 1840 et de 1867, ne peut sortir, pour les Canadiens-Français, l’épanouissement politique, économique et culturel.  En ce sens 1867 n'est pas un échec.  L'union législative à caractère fédéral de 1841 et l'union fédérale de 1867 recouvrent avec exactitude la réalité sociale canadienne-française et canadienne-anglaise.  Ces deux constitutions sont l'expression, dans l'ordre constitutionnel, d'un échec colonial de la part de l'Empire français et d'une réussite coloniale de la part de l'Empire britannique.

 A la colonisation réussie, à la nation coloniale victorieuse, la Loi constitutionnelle de 1867 donne un État central national et des États provinciaux.  Ces derniers sont susceptibles d'être facilement et entièrement mis au service de l'État central.  À la colonisation ratée, à la nation coloniale vaincue mais toujours présente, la Constitution de 1867 ne donne qu'un État local ou provincial.  Bref, une constitution de vainqueur pour les vainqueurs ; une constitution de vaincu pour les vaincus. 

Ainsi dans leur pro­pre patrie, devenue provin­ce parce que le Bas-Canada, en 1840 et en 1867, était la plus importante des colonies bri­tanni­ques, dans ce Qué­bec où la nationa­lité cana­dienne-fran­çaise est dominée politi­quement et éco­nomique­ment depuis 1760, dans ce Québec bisethnique, biculturel et bilingue, les Cana­diens-Fran­çais subsis­tent comme un peuple « chambreur » dans l'une des pièces les plus importantes de la maison qui a été construite et qui est possédée //402//  par une autre nation.  Le Canada-Anglais ne peut s'édifier et se développer sans ruiner et sans provincialiser  le Canada-Français. 

Le Canada-Français survivra !  Il bénéficiera de l'autonomie politique restreinte difficile à utiliser à cause de la présence au coeur même du Qué­bec de la grande bourgeoisie du Dominion of Canada.  Cette autonomie restreinte encadrera tant bien que mal une survivance médiocre, mais qui semble indestructible.  Le Canada-Français est comme figé dans l'inquiétude d'une survi­vance qui paraît sans issue.  Conséquemment, incapable de se libérer et incapable de disparaître, le Canada-Français est coincé en subissant une domination étran­gère sans être assimilé. 

De cette autonomie provinciale de 1867, l'on peut réaffirmer ce que l'on disait de l'autonomie obtenue dès 1842, avec LaFontaine, sous l'Union.  Cette autonomie politique est absolument impuissante à conduire les Cana­diens-Français à une maîtrise suffisante de la vie économique de l'État provincial qu'est le Québec.  Il reste un État investi par la grande vie finan­cière, commerciale et industrielle du Dominion of Canada.  Il est en effet impen­sable que la réalité économique du Québec (ce concept impliquant bien davantage que les seules sources naturelles), soit majoritairement possédée par les Canadiens-Français.  Et ceci, aussi longtemps que le Québec de­meure une pro­vince d'un Dominion transcontinental britan­nique. 

Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin Éditeur, 1997, p. 400-402.

 Le rapatriement de la constitution canadienne a eu lieu. Les effets pervers se font sentir mais l’origine se retrouve dans notre histoire et dans la création de l’Union fédérale de 1867.   

L’interprétation séguiniste de la constitution canadienne tient principalement au fait qu’elle fait partie intégrante de la Grande histoire de la Nouvelle-France, du Canada et du Québec (d’hier à aujourd’hui). Un récit révisionniste des événements ne peut nous éclairer sur notre sort collectif sans une profondeur temporelle plus large de notre condition historique en tant que collectivité nationale déchue à l’état de mineure, de province, dans un nouvel empire britannique qui ne cessera jamais de s’imposer.   

(En ce moment, le gouvernement fédéral flirte avec les municipalités, ces créatures du provincial.  L’État fédéral n’a pas de frontières constitutionnelles !  Voyez aussi l’intrusion massive du fédéral pour le financement des Chaires du Canada sous l’égide d’une bureaucratie de Comités nationaux fédéraux où il nous est impossible d’en assumer nous-mêmes la direction et la gestion. Les orientations de la recherche  dépendent de la distribution du financement des professeurs détenteurs d’une Chaire pour 7 ans et renouvelable automatiquement – une carrière complète avec les services que doivent lui offrir les universités dans le système canadian. Nous avons perdu le contrôle sur la recherche universitaire.) 

La tradition ne peut nous offrir que le portrait d’une déroute, pas complètement achevée, et qui exaspère le Canada britannique. Pour «démaquiller» la source de la naissance du Canada uni tel qu’il est aujourd’hui, on doit s’attaquer à la constitution du Canada. 

Je me demande sincèrement comment «le Parti québécois devra prendre ses distances avec son passé».  Ce n’est certainement pas en demandant la permission au Canada britannique de «nous traiter en égaux » pour qu’il ne souffre pas «le calvaire» d’être la nation dominante ?   

Notre calvaire comme nation mineure et minoritaire dotée de pouvoirs restreints consiste à vivre en permanence un état de nation annexée.  Récemment quelqu’un m’a écrit que les concepts entourant le mot nation ne pouvaient être que du «charabia». Et un autre, que le concept d’État-nation a peu d’importance même si on ne sait pas ce que ce terme peut exprimer. «Malbrough s'en va-t’en guerre ne sait quand il reviendra. …Est mort et enterré.»
 
Le Parti québécois doit faire une révision déchirante de ses catégories mentales sur les fondamentaux de l’indépendance politique du Québec.  Est-ce qu’on peut dire que le chercheur de têtes a dans sa mire le candidat qui saura en imposer pour garantir que la création de l’Institut conduira à un enseignement qui saura se rapprocher du public  et devenir un éveilleur de conscience nationale au Québec en vue de l’indépendance politique du Québec ?  Pour le moment, tout ce qui se passe au sujet de cet institut est tout simplement obscur.    

Les indépendantistes ne pourront pas se passer facilement d’une connaissance sérieuse de l’évolution politique, économique et culturelle des deux Canadas ainsi que de l’histoire américaine.  Comme le faisait remarquer Maurice Séguin dans Les Normes : « La lucidité sur le passé et le présent peut être source d’évolution planifiée ou de révolution… tranquille ou non. » (Cf. Introduction.)

Son cours télévisé de 1963-1964 se terminait sur quelques interrogations fondamentales.  Écoutons-le :

CONCLUSION : L'AVENIR, UN QUÉBEC INDÉPENDANT?

«Sera-t-il permis au Québec de transformer ses relations de dépendance en relations d'égalité dans l'indépendance?  Ou sera-t-il possible au Québec de corriger deux siècles d'histoire?  L'Amérique anglaise lui a dit non en 1760 par la Conquête.  Le Canada-Anglais lui a dit non en 1840 par l'union législative et en 1867 par l'union fédérale.  Quelle réponse réserve le vingt-et-unième siècle?»
Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin Éditeur, 1997, p. 431.
 
Ces questions, nous nous les posons depuis plus d’un demi-siècle ?  Il faut qu’elles soient posées au chasseur de têtes en lequel Pierre Karl Péladeau a mis toute sa confiance.  Et lui-même, comme chef du PQ, il serait temps qu’il sorte du carcan que lui impose son organisation pour consulter directement le public. D’ailleurs, sa députation devrait en faire autant. Faites l’expérience d’accepter de voir ailleurs. Les bureaux de comtés devraient être des lieux indépendantistes et non seulement des machines de communication. Le Parti doit être à l’écoute des citoyennes et des citoyens mais il a aussi un rôle à jouer auprès du public pour expliquer les fondamentaux de l'indépendance.  Les actions du passé ont justement achoppées sur les assises du concept de nation indépendante au sens intégral (cf. Bruno Deshaies, «L'État-Nation ? Le public aimerait savoir ce que c'est.» 

Postscriptum

Consulter le texte de Davide Gentile : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2016/02/23/005-institut-souverainete-recherche-autodetermination-independance-peladeau-pq.shtml?isAutoPlay=1

POLITIQUE. - VIDEO -  L'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales fait son apparition dans le paysage politique québécois. Il sera présidé par le professeur Daniel Turp.

L'IRAI est maintenant dans l'internet et le Président donne déjà des entrevues aux médias.  Les Lettres patentes de l'Institut nous seront connues prochainement.  Malgré tout, le Chef de l'Opposition officielle à l’Assemblée nationale va avoir besoin d'un QG personnel à lui.  Et le DGE n'aura rien à savoir qu'il reçoit des conseils de personnes averties sur la VIE politique au Québec (qu'il les paie ou non!).  Les décideurs ont besoin d'un «inner circle» pour les aiguillonner (comme, p. ex. : the president's inner circle of advisers ou le cercle restreint des conseillers du président).  Un Chef de l'Opposition officielle n'y aurait pas droit ?













 
  
 
 



 


















lundi 3 août 2015

 INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 433  

«L’horrible multiculturalisme canadien a tout contaminé» (Marcel Haché)

C’est une opinion, mais est-ce la fin-en-vue des indépendantistes ? (*)  


«L’enquêteur enquêté est aussi celui qui enquête.» 

L’élection générale fédérale du 19 octobre 2015 n’échappera pas à la logique de l’enquêteur-enquêté du domaine public en démocratie parlementaire qu’elle soit républicaine ou autres formes de pouvoir institué.

Ainsi, la plateforme Instagram organisé comme support électronique aux jeunes pour inciter ce jeune public à son (premier) «#VOTE» sur le site de Radio-Canada en vue de l’élection générale répond bien à cette logique démocratique. Pour sensibiliser les jeunes, la télévision d’État pancanadienne a prévu au cours de la campagne électorale de procéder à sonder en direct l’opinion des jeunes sur les enjeux de cette campagne.

Par conséquent, Radio-Canada fera des jeunes des enquêtés en se plaçant au titre d’enquêteur. La souque à la corde entre l'électeur et les médias devient de facto un élément du processus électoral.  Tout se passera dans l'Internet sur le site officiel de Radio-Canada.  John Dewey avait vu juste, car en démocratie il y a un rapport entre l'électeur en tant qu'individu et la société en général.  Cette relation peut par ailleurs s'inverser et l'enquêté devenir l'enquêteur qui peut infléchir les choix des partis politiques (cf. supra la citation en exergue). Dans notre chronique précédente du 16 juillet dernier, nous avons soulevé cette question dans la perspective de la lutte politique pour l’indépendance du Québec.  En démocratie, cet enjeu est de taille.  Il ratisse large dans le domaine public.   

Cette mise en garde nous situe par rapport à la fin-en-vue des indépendantistes.  Ces derniers ne doivent pas changer de cible s’ils veulent réussir.  Car toutes les inepties autour de l’idéologie du multiculturalisme nous éloignent de l'objectif.  Le pouvoir que les indépendantistes veulent, c'est le self-government complet (à l’interne et à l’externe).  Disons les choses comme elles devraient se dire ouvertement. 

Cette fin-en-vue doit être affirmée haut et fort. En tant qu’opposition, le PQ doit faire ses devoirs de parlementaires dans l'optique indépendantiste.  Son rôle politique consiste à critiquer le discours et le comportement politique du gouvernement actuel à Québec. Mais en plus, il doit faire comprendre que notre statut de nation annexée nous a confinés au rôle provincial d’un État fédéré assiégé par un État fédérant superposé. 

Deux nations indépendantes sous un même toit, est-ce possible ?

J’aurais préféré réagir au commentaire de Marcel Haché sur ma chronique du 16 juillet 2015 mais, après réflexion, je constate que son commentaire a ouvert la porte à des problèmes plus vastes que celui de l’électorat.  L’élection d’un parti politique quel qu’il soit, souverainiste ou fédéraliste, sous n’importe quelles nuances, dépend des humeurs de millions d’enquêteurs.  Chaque électeur évalue la situation selon ses propres «normes».  Qui peut trouver la «norme» du commun dénominateur ?

Je ne crois pas trop, comme l’écrit Marcel Haché, si c’est «l’horrible multiculturalisme canadien [qui a] tout contaminé», mais je sais que le fédéralisme, quel qu’il soit sous quelle que forme d’union fédérale, n’est pas nécessairement la panacée à tous les maux de l’histoire de l’humanité. Car il est facile de confondre «union sociale­[1]» et union fédérale.  Le gouvernement du Canada a franchi la limite depuis longtemps. Par exemple, dans CANADA. Un siècle 1867-1967, cette publication édifiante du gouvernement canadien pour célébrer le centenaire de la Confédération, il est écrit en toutes lettres ceci dès les deux premiers chapitres intitulés :

- Voici le Canada
- Édification de la nation canadienne

Puis, en exergue sur la première page de Voici le Canada, on peut lire :

«Et il règnera depuis une
mer jusqu’à l’autre,
et depuis le grand fleuve jusqu’aux
confins de la terre…»  
- verset 8 du psaume 72

(N. B.− Dans son discours d’hier après-midi pour annoncer le déclenchement des élections générales, le premier ministre Stephen Harper a fait allusion à «la grande nation québécoise» dans le cadre des célébrations du «150e anniversaire de la naissance du Canada en tant que pays uni» et non de la Confédération. Puis, il a continué à parler de «notre pays» et d’en assurer sa sécurité. Ce choix sémantique des mots n’est pas insignifiant. Pour le gouvernement fédéral et le Canada-Anglais, il n’y a qu’un seul CANADA comme en 1967et depuis l’Union de 1841 et l’union fédérale de 1867.)

Mais l’indépendance, comment allons-nous la faire ?

Sur la question du rôle de l’électorat et de la citoyenneté, j’ai pris connaissance récemment d’un ouvrage intitulé L’indépendance par le républicanisme. Son auteur, Danic Parenteau, nous propose comment faire un pays «par le républicanisme» avec en sous-titre : «De la souveraineté du peuple à celle de l’État». Le problème est de savoir en quoi le républicanisme serait-il mieux que le «libéralisme anglo-saxon» ?  Et si l’un était mieux que l’autre, il faudrait faire un choix de société, c’est-à-dire savoir comment on voudrait vivre ensemble. Le problème est de l’ordre de l’organisation interne de la société.  Mais l’indépendance, comment allons-nous la faire[2] ?  Voulons-nous prendre collectivement cette décision ?  Il faudra y travailler comme tous les pays l’ont fait avant nous afin d’acquérir leur indépendance. Le Canada-Anglais a choisi sa voie dans ses rapports avec l’Empire britannique, puis il est devenu indépendant comme d’autres ex-colonies de l’Angleterre dont les Treize Colonies britanniques mais sous le coup de semonce d’une Déclaration d’indépendance (1776).

Contre leur annexion au Canada, les indépendantistes québécois veulent obtenir leur self-government en tant que nation. Cette idée doit être affirmée haut et fort. Le PQ dans l'opposition à l’Assemblée nationale doit remplir ses obligations en tant que groupe parlementaire indépendantiste. Mais son combat véritable dépasse l’enceinte parlementaire de la Capitale provinciale.  Cette partie de la lutte nationale dépasse les réformes constitutionnelles.  La preuve en est que le Canada fonctionne avec le rapatriement de la constitution, en 1982, sans la signature du Québec !  Il faut en prendre acte et agir autrement. Voici ce que j’écrivais en 2001 :

«Ce n’est pas l’unité canadienne qu’il faut détruire, c’est l’unité québécoise d’abord qu’on doit promouvoir et réaliser par l’harmonie interne de la société québécoise et la collaboration avec les autres pays dans l’égalité de “status”[3]

Le multiculturalisme est dans le droit fil de la Charte des droits et liberté du Canada.  L’idée est entretenue par un nombre incalculable d’universitaires d’un océan à l’autre au Canada.  Depuis les années 1950, le Canada nous parle de «la mosaïque canadienne» à condition, bien sûr, de respecter l’unité canadienne.  La cible est claire : convaincre un public, le plus large possible, afin de soutenir la politique officielle du multiculturalisme de l’État fédéral canadian.  Cette question nous pose un grave problème démocratique.

Dans une série de treize chroniques sur «L’indépendance (du Québec)», j’ai commis une chronique sous le thème qui suit : « Rôle de l’état démocratique» (cf. Vigile.quebec 14-02-2002 http://vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-2-14.html et aussi «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance», LEÇON -M-, p. 68. http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf  Dans cette foulée, j’aimerais rappeler les deux extraits du livre de Galbraith, Pour une société meilleure (1997)[4].

Personne n’aime admettre que son bien-être personnel puisse entrer en conflit avec celui du plus grand nombre.  Mettre alors au point une idéologie plausible, ou du moins relativement acceptable, afin de défendre sa propre position est donc une démarche des plus naturelles.  Il existera toujours une armée de brillants et talentueux « artisans » pour accomplir cette tâche (p. 16).

[...] la bonne société échoue, là où la démocratie échoue (p. 160).

Sous un autre angle, dans la même série de chroniques, on trouve la Position 10 : «L’état indépendant et le bien commun. Prévoir l’harmonie interne et collaborer avec les autres États.»  http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?  Vigile.quebec, 10.06.2001 et dans «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance » (cf. LEÇON -J-).  http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf

Voici la phrase de Myriam Revault d’Allonnes que j’ai mise en exergue pour cette Leçon :

Si nos sociétés sont construites sur la pluralité irréductible des individus et de leur liberté infinie, nous ne pouvons plus vouloir de bien commun. L'accord de tous les individus sur une unique fin est inconcevable[5].

Le même dilemme se pose dans le cas des valeurs. À la limite, il peut soulever des problèmes inextricables entre le politique et les Églises ou les religions et les croyances.  L’important consiste à distinguer quatre notions : le public et le privé, l’État et l’Église.  Au-delà des luttes sociales, la lutte indépendantiste est NATIONALE. Voici un extrait de cette chronique.

La commune origine, la commune langue, tout comme l’occupation d’un même territoire ainsi que l’intégration de la société et l’intégration à la commune société ou d’accueil sont des réalités que tous les Québécois doivent partager entre eux. Le bien commun de la nation québécoise concerne le sort de toutes les personnes sur la base de l’égalité de droit pour tous, du fonctionnement du régime démocratique où les notions de public et de privé doivent être reconnues et respectées comme "accord commun" intangible. Le « public » est du domaine civil qui implique son poids de contraintes, inévitables, dans la vie collective d’une société et sur les individus. Pour sa part, le « privé » inclut tout ce qui est intime ou d’ordre strictement personnel ou qui ne concerne pas directement les autres. C’est l’affaire de chacun, individuellement, chez lui, ou comme on dit souvent : «C’est sa vie privée[6].»

Multiculturalisme, fédéralisme, souveraineté et société nationale font partie du débat de l’indépendance du Québec comme telle ainsi que la question de démocratie.  Les règles démocratiques sont reconnues par les Québécois.  Le républicanisme n’est qu’une formule pour désigner un type de fonctionnement démocratique.  Préalablement aux caractéristiques de fonctionnement de l’État, les Québécois doivent prendre position d’abord pour l’indépendance politique du Québec[7].

Finalement.  J’aimerais revenir sur l’idée d’un accord commun en société (cf. note 1 supra).

L’historien Maurice Séguin attire notre attention sur le fait que tout citoyen confronté à l’Actuel «se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation […] du milieu où il vit»[8].  Il s’explique :

Tout citoyen, dans l’appréciation des événements quotidiens, se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation politique, économique, culturelle ou sociale du milieu où il vit.  Obligé de se prononcer fréquemment sur ces questions fondamentales, il ne saurait éviter de recourir à une explication historique. De sorte que la haute histoire des phénomènes primordiaux est en définitive, pour ceux qui ne sont pas des professionnels de l’histoire, la seule histoire importante et irremplaçable. 

Le pragmatisme dont fait preuve Maurice Séguin n’est pas indissociable de l’analyse de la philosophe Joëlle Zask qui s’inspire de John Dewey.  La citoyenneté entre dans le champ de l’opinion publique.  Le citoyen qui fait partie de l’électorat n’est pas complètement dupe. Il a «une conception générale de la situation» et «il ne saurait éviter de recourir à une explication historique». Il est à sa façon un «enquêteur» qui est lui-même «enquêté» par les gouvernements et les partis politiques.  Et en tant que consommateur, il est bombardé par la publicité.  L’équation dans les deux cas, est particulièrement complexe.  L’électorat, comme on le sait, est volatile ; de même pour le contribuable ou le consommateur qui ne sont pas moins capricieux.  Sur les deux plans, le sujet politique et le sujet économique, sont dans le même statut d’enquêté et d’enquêteurs.

Joëlle Zask expose son explication sur le sujet politique :

Défini comme l’ensemble des personnes affectées, un public est d’abord passif. Surmonter cette passivité est la tâche qui lui incombe avant toute autre. La disparité des éléments qui le constituent n’est surmontable qu’à travers une action effective et organisée. Cette disparité est d’autant plus importante qu’avec l’industrialisation, la guerre mondiale, un marché de plus en plus international, l’interdépendance des activités tend à devenir planétaire. Les conséquences dont se ressentent les individus jusque dans le détail de leur vie proviennent d’activités dont l’origine est aussi éloignée que confuse. Pour Dewey, l’opinion publique est un jugement du public portant sur les affaires publiques. Par l’entremise de cette opinion, les personnes concernées localisent leurs intérêts communs et en assurent la publicité de sorte que les activités qui leur portent préjudice soient réglementées par les institutions mandatées à cet effet. Or le public passif est si dispersé, si vaste et chaotique, ses membres sont affectés par des influences si variées qu’il lui devient impossible de « s’identifier lui-même » (cf. note no 1, segment no 27).

Tout un chacun de nous porte des jugements

L’enquêteur enquêté est aussi celui qui enquête.  Il se pose des questions sur leurs gouvernements et leurs représentants politiques.  Si les objectifs de «faire du Québec un pays» et aussi «réussir» sont réalistes, le Parti québécois doit s’interroger sur la réaction des «enquêteurs».  Une politique publique de l’indépendance ne peut ignorer d’aucune façon cette condition de la vie en société. Le «beau risque» a échoué et l’après référendum de 1995 n’augure rien de mieux.  Et vingt années plus tard, «toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner»[9].

Les indépendantistes-péquistes solidaires du PQ doivent réaliser qu’un «enquêteur» les guette − consciemment ou inconsciemment. Il est à la fois un sujet passif et un sujet actif.  Comment faire pour que le sujet «passif» devienne un sujet «actif» qui lui soit favorable ?  C’est le plus lourd défi de monsieur Pierre Karl Péladeau et du Bloc Québécois à reprendre du galon à Ottawa.  Tous les deux n’ont aucune marge d’erreur.  L’indépendance se prépare ; elle ne s’improvise pas.  Le chef du Parti indépendantiste, en particulier, devra faire la différence entre les hâbleurs et les combattants fervents. Le DÉFI de l’opinion publique est plus indicible qu’on ne pourrait l’imaginer.  Le travail de sape doit commencer par alimenter le désir du changement vers l’indépendance politique du Québec.  La valuation de l’indépendance dans l’opinion publique devrait conduire le public vers un jugement favorable envers ce choix collectif comme étant la fin-en-vue acceptable et honorante individuellement et collectivement. Ce sera le résultat d’avoir comblé un désir et d’avoir surmonté les difficultés pour y parvenir avec succès.

«Quand les choses suivent leur cours sans rencontrer de difficultés,
aucun désir n’émerge et aucune occasion ne se présente
de projeter des fins-en-vue[10]
(John Dewey, 1939)


Comme nous le rappelait Bernard Frappier, la troisième étape de la lutte nationale doit viser à ÊTRE, donc à EXISTER, c’est-à-dire VIVRE (avec tous les éléments nécessaires à la vie).   Dixit Bernard Frappier :

Nous avons résisté    (survivance)
Nous avons insisté    (partenariat)
     Nous allons exister    (indépendance)


(30)

(*) Chronique précédente :

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 432
Retour sur l’épisode du « beau risque » en 1984 et ses suites
16 juillet 354 visites + 3 messages  2015-08-03 14:54
Les chroniques de Bruno Deshaies http://vigile.net/Deshaies-Bruno




NOTES

[1] Ou, autrement dit, un «accord commun en société» ou même une «union sociale plurielle». http://tr.revues.org/753 L’article de la philosophe Joëlle ZASK, «Le public chez Dewey : une union sociale plurielle», serait pour nous une excellente source de réflexion. Publié dans un collectif intitulé Pragmatismes (voir la Revue de sciences humaines, Tracés, 15/2008 : p. 169-189. Résumé. La citoyenneté est une institution problématique. Au cours de l’histoire, le citoyen se voit tiraillé entre deux exigences : [1] participer ou [2] acquérir les compétences requises pour juger correctement des affaires communes. Le but de cet article est de montrer que seul un accord social fondé sur la pluralité des voix peut assurer une coordination entre ces deux exigences. On trouve dans la philosophie de John Dewey un bon exemple de combinaison [1] entre le fait de prendre part et [2] celui de développer une opinion publique véritable : le « public » est présenté comme une communauté d’enquêteurs. Afin d’insister sur l’originalité de cette conception, on distinguera le « public » des formes d’union fondées sur l’identité de leurs membres, tels la « masse » ou le «peuple».  

[2] Voici la réponse de Danic Parenteau : «L’indépendance du Québec doit marquer une rupture avec le présent ordre économique canadien et l’instauration d’un système politique plus à même d’incarner une certaine vision sociale. (p. 158-159)» Quant à l’indépendance, voici ce qu’il suggère : «La démarche que nous proposons est tout autre chose [que les «demandent traditionnelles du Québec»], puisqu’elle vise à aménager le peuple québécois, réuni en assemblée constituante, à se doter de sa propre constitution politique. (p. 185)» Pour la souveraineté de l’État du Québec, doit-on penser que ce sera dans la semaine des quatre jeudis ?

[3]  Bruno Deshaies, «Position 10 : L’état indépendant et le bien commun. Prévoir l’harmonie interne et collaborer avec les autres États.»  INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?  Vigile.quebec, 10.06.2001 http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html ou «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance » (cf. LEÇONS -D- et -J-).  

[4] Traduit de l’américain par Jean-Michel Béhar, Paris, Seuil, 1997, 160 p.  Titre original : The Good Society : The Humane Agenda. Une sorte de programme pour l’humanité dans la perspective du sujet économique.

[5] «La question du bien commun est-elle relative à la politique ?» Dans Les Nouvelles d’Archimède (mars avril 2000), no 23, p. 15). http://culture.univ-lille1.fr/fileadmin/lna/lna23.pdf Site consulté le 25 juillet 2015.

[6] «Des valeurs, de la société et de la pluralité des individus. « Loi divine » ou « loi civile » ? http://service.vigile.quebec/Des-valeurs-de-la-societe-et-de-la Dans Vigile.quebec, jeudi 19 décembre 2013. 486 visites + 2 messages. Consulté le 3 août 2015.

[7] Cf. LEÇON -A- : «Prendre position d’abord» dans «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance.»

[8] Dans Les Normes : Introduction, division 0.2 : «Importance de la grande histoire».  Les éditeurs de cet ouvrage, Robert Comeau et Pierre Tousignant ont modifié le mot «rapporte» par celui de «reporte». Nous maintenons, comme l’auteur du tapuscrit, le sens du mot «rapporte» d’un point de vue logique, c’est-à-dire d’établir entre un objet de pensée et un autre un lien mettant en évidence leur dépendance.  Pour reprendre le langage de John Dewey, «tout citoyen» est un «enquêteur» et un «enquêté».

[9] Maurice Séguin, «La notion d’indépendance dans l’histoire du Canada.»  Montréal, juin 1956. Dans Les Normes (tapuscrit 1965-1966). Lire la suite… http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/la-notion-dindependance-dans-lhistoire-du-canada/ Soixante années plus tard qui peut mettre en doute cette évidence. Voilà ce que nous apprend, sans prétention ni prévention, la Grande histoire des deux Canadas. 

[10] John Dewey, « La théorie de la valuation.» (Segment no 2) dans Tracés. Revue de Sciences humaines, 15/2008, mis en ligne le 01 décembre 2010, consulté le 26 juillet 2015.  http://traces.revues.org/833  Dewey fait la distinction entre la fin ou la conséquence [autrement dit «les objets pris comme fin»] et la fin-en-vue.  Dewey dixit : «La fin ou la conséquence atteinte est toujours une organisation d’activités, en entendant par organisation la coordination de toutes les activités intervenant comme facteurs [autrement dit, ce qui entraîne la fin atteinte]. La fin-en-vue est l’activité particulière qui œuvre comme un facteur de coordination de toutes les autres sous-activités engagées. (Segment no 18) » Il précise ensuite : «Il n’y a rien d’étrange ni de paradoxal dans l’existence de situations où les moyens entrent dans la constitution même des objets de fin qu’elles ont contribué à faire advenir : bien au contraire, de telles situations se présentent chaque fois qu’un comportement réussit à projeter intelligemment des fins-en-vue, orientant l’activité vers la résolution du problème antécédent.  Ce sont les cas où les fins et les moyens se séparent qui sont anormaux et s’écartent d’une activité conduite par l’intelligence. (Segment no 19)» 

Dans la situation actuelle du Québec, l’indépendance pour les Québécois et le Québec, c’est la fin-en-vue (ou la fin visée). Le continuum de la fin et des moyens est indissoluble, car les moyens s’ajustent â «l’activité vers la résolution du problème antécédent» puisque «les moyens entrent dans la constitution même des objets de fin qu’elles ont contribué à faire advenir». En ce sens, la souveraineté du peuple qui conduirait à l’indépendance du Québec ne peut pas être désorientée vers le républicanisme qui n’est pas la fin-en-vue mais la valuation d’une autre fin ou conséquence, soit d’un autre objet pris comme fin.  Dans cet ordre d’idées, le cheminement des indépendantistes ou souverainistes subit de nombreuses dérivations idéologiques.  Au plan historique, force est de constater que mettre le cap sur l’indépendance n’est pas une évidence en tant que fin-en-vue. La dispersion des forces souverainistes autour de la fin visée est manifeste. D’où l’éclatement, l’écartèlement, l’émiettement et même l’épuisement du sujet collectif national.  Est-il encore possible de réunir les Québécois sur l’«accord commun en société» de l’indépendance sans broncher ?