vendredi 16 mars 2007

Pour un pays – indépendant et libre comme conditions sine qua non

Réflexion personnelle
d’un indépendantiste serein et raisonnable


Vendredi 16 mars 2007

Le Parti québécois nous a donné ce qu’il pouvait nous donner : deux échecs « référendaires » résultats d’un syndrome « référendaire », c’est-à-dire le résultat de l’ensemble des symptômes d’une maladie. Quelle maladie ? La peur de l’indépendance, l’impuissance à s’orienter vers l’indépendance, à y travailler avec régularité et à clarifier les obstacles à sa réalisation.

Toutes ces années d’existence du Parti québécois nous obligent à conclure que si avant toute chose nos gens ne veulent pas se séparer politiquement du Canada, s’ils ont toujours un sentiment d’appartenance canadienne, c’est évidemment dû pour une très large part au silence du Parti québécois sur l’indépendance, sauf durant l’année 1995, avant le virage de la souveraineté-partenariat-politique-et-économique (un schème politique qui remonte dans notre histoire du temps présent à 1968 avec la publication du manifeste Option Québec par l’équipe de Monsieur René Lévesque).

« Peut-être que le Parti québécois n’aura été que l’intermédiaire
entre les mouvements indépendantistes qui l’ont précédé
et la vraie lutte « finale » de libération nationale qui lui succédera. »

Après ces deux « référendums », il est clair que non seulement le Parti québécois nous amène à vouloir récolter trop vite la semence d’idées répandues par les indépendantistes, avant qu’elles n’aient eu le temps de germer et de croître suffisamment par un travail sérieux, méthodique, régulier et à long terme.

Mais il n’est même pas sûr que le Parti québécois n’ait pas voulu s’appuyer sur ce mouvement qui aspire à l’indépendance du Québec pour le détourner au profit de l’exercice du pouvoir provincial d’un bon gouvernement provincial. (Cette hypothèse mériterait d’être étudiée sérieusement compte tenu du fait que parmi un grand nombre de souverainistes plane une certaine pensée fédéraliste inconsciente. L’optique indépendantiste comme telle n’est pas vraiment entrée dans nos schèmes de penser et dans nos mœurs.)

Peut-être que le Parti québécois n’aura été que l’intermédiaire entre les mouvements indépendantistes qui l’ont précédé et la vraie lutte « finale » de libération nationale qui lui succédera.

Même s’il devait être battu, et disparaître, le travail qui nous a entretenu dans le bon gouvernement provincial n’aura pas été complètement inutile en ce sens qu’on pourra vivre dorénavant en fonction d’un militantisme moins superficiel basé sur les connaissances profondes de ce qu’est l’indépendance du Québec, ce que ce n’est pas, en fait sur ce que c’est que devenir une nation au sens intégral.

Vouloir devenir une nation au sens intégral, c’est vouloir agir suffisamment par soi-même, sans aucun autre pouvoir interposé, sans aucune autre collectivité interposée, dans sa vie économique, dans sa vie politique et dans sa vie culturelle, et ce tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Beaucoup d’indépendantistes ont rêvé dans ce Parti québécois que ce parti (et le Bloc Québécois) saurait s’organiser pour réussir à politiser les éléments de notre population qui ont de la difficulté à s’insérer dans une prise de conscience nationale.

Ce n’est pas en faisant appel uniquement à un enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire comme le pensent certains souverainistes que le fossé idéologie pourra être comblé. Une transmission des valeurs indépendantistes pour une nation subordonnée et annexée exige plus de la part de toute la collectivité nationale réunie et cela dépasse les appuis ponctuels et conjoncturels des syndicats.

Certes c’était rêver en effet que de penser, notamment, que ce Parti québécois, allait se lancer dans une campagne d’information nationale à la dimension du Québec, qui explique dans des mots simples mais vrais ce que change pour la société québécoise l’indépendance du Québec, dans sa vie économique (la richesse), politique (le pouvoir), et culturelle (le savoir…).

D’ailleurs, pour M. Boisclair, comme pour M. Landry, les Québécois n’ont pas d’ennemis. Le Canada-Anglais va accepter sans rechigner, sans se battre, – et en cette matière tous les coups fourrés sont permis –, de se voir diminuer de 24 % de ses contribuables, de 24 % de sa fonction publique, de 24 % de ce qui fait sa puissance ici et dans le monde.

Avec le Parti québécois nous sommes condamnés à tenter d’expliquer, à des gens qui ne nous croient pas et ne nous croiront jamais, la thèse de l’indépendance facile, une indépendance bonbon où nous n’aurions pas à faire face à de l’adversité. Comment alors nous aider et les aider, nous préparer, et les préparer, à désirer conquérir la liberté ?

« Le Parti québécois n’a pas voulu, et n’a pas pu, s’éloigner des sentiers battus de l’électoralisme. Il n’a pu que s’ajuster à l’opinion alors qu’il s’agissait plutôt, qu’il s’agit plutôt de tenter de la modifier. »

Encore aujourd’hui, les représentants du Parti québécois cherchent à convaincre les candidats des autres partis. Le Parti québécois est là à chercher à les convaincre et à chercher à nous convaincre que la souveraineté est le remède à rechercher puisque sans elle c’est le statu quo, (que nous sommes dans une Constitution que nous n’avons pas signé, dans une constitution « fédérale » irréformable), ou l’impossible réforme du fédéralisme. Or, cette « heure du choix » nous la vivons depuis tout près de 25 ans.

Ils ne se rendent même pas compte que cette approche ne nous fait, quand on est fédéraliste, qu’attendre une réforme du fédéralisme lorsque des gens de bonne volonté seront au pouvoir, qu’après plus de vingt-cinq ans de cette approche plus des deux tiers (2/3) des Québécois préféreraient le fédéralisme, ou une réforme du fédéralisme. Après vingt-cinq ans de cette approche, et l’échec de cette approche, elle n’est même pas questionnée. On en est toujours à désirer un fédéralisme d’ouverture, à demander au gens de devenir indépendantiste la mort dans l’âme, parce que l’indépendance ce sera un vulgaire pis-aller auquel nous devrions nous résigner faute de mieux.

Il n’en reste pas moins qu’outre la peur de l’indépendance que vit le Parti québécois, la peur aussi que cela éloigne du pouvoir provincial, qu’une partie de ceux qui ont voté pour le Parti québécois ont souhaité que le parti devienne un parti très différent des autres pour ce qui est de la formation de ses membres : à la fois un parti, et à la fois un mouvement indépendantiste où l’instruction politique et historique aurait été obligatoire et cultivée intensément. Des stages d’études, – pas seulement pour fabriquer des « collecteurs » de fonds et des travailleurs d’élection – pour les plus méritants qui auraient été organisés 1) au niveau des comtés (niveau local), 2) au niveau des régions, et 3) au niveau provincial. Pour occuper un poste dans le Parti, il aurait fallu avoir suivi la filière de ces études. Ces militants(es) auraient été alors armés(es) pour faire face aux adversaires de l’indépendance et pour renseigner la population en général sur les buts du mouvement indépendantiste.

Car il aurait fallu aussi, (dans une optique de travail, continu, à long terme), apprendre les grandes lignes de notre histoire à notre population, tout en l’éclairant sur notre véritable situation comme peuple (subordonné, annexé, privé de sa capacité d’agir par soi-même dans quantité de secteurs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur) et que, par exemple, il n’y a pas de véritable autonomie sans posséder à la fois l’autonomie interne et l’autonomie externe (cela demande du travail, de la compréhension, cela demande du temps), tout en l’éclairant sur notre véritable situation comme peuple dans les cadres politiques actuels (une grande partie de notre population, – et de membres du Parti québécois – , ne sait pas ce qu’est le fédéralisme, la réforme du fédéralisme, le statu quo, l’isolationnisme, qu’est-ce que ces « bébittes » mangent en hiver).

En ce moment, avec le Parti québécois, faire la promotion de l’indépendance « tranquille », de l’indépendance facile, c’est comme annoncer à un(e) élève de ne pas s’en faire, que l’examen sera facile, très facile. Qu’arriverait-il si, tout à coup, l’examen s’avérait être moins facile que prévu ou si l’examen s’avérait être difficile ? L’élève coulerait. C’est de cette manière que le Parti québécois nous prépare.

Non pas qu’il faut se faire des peurs. Mais se dire la vérité. Des tensions. Des difficultés. Une transition. Un nouvel ordre. Une fierté. Accomplir davantage. Agir par soi-même et réussir à bien faire. Comme militants(es) réussir à faire plus et mieux par soi-même collectivement, pour soi-même collectivement, tout en devenant capable de concevoir l’indépendance qui donnera naissance à un pays indépendant, c’est-à-dire désannexé (en l’occurrence du Canada-Anglais et de l’État fédéral canadian).

Le Parti québécois n’a pas voulu, et n’a pas pu, s’éloigner des sentiers battus de l’électoralisme. Il n’a pu que s’ajuster à l’opinion alors qu’il s’agissait plutôt, qu’il s’agit plutôt de tenter de la modifier.

Dans ce Parti québécois, il n’existe, par rapport à l’indépendance du Québec, aucune formation de cadres, par exemple. Étant donné le but extraordinaire qui est censé être le sien, l’indépendance du Québec, il aurait fallu des écoles pour former les meilleurs(es) militants(es) à une action politique efficace. Cela 1) au niveau local (comtés), 2) régional, et 3) national. On aurait enseigné à ces futurs cadres les techniques d’animation « populaire », avec les nouvelles techniques ; notre histoire depuis quatre siècles – surtout celle de notre annexion au Canada-Anglais en deux temps, – en 1760, puis en 1840 –, et les théories sur l’accession à l’indépendance.

Lorsqu’on étudie les carences du Parti québécois, on découvre, qu’en réalité, il a peur de l’indépendance, il a peur que la séparation politique, – du Québec du Canada-Anglais –, soit trop bien comprise par la population. Dans l’atmosphère d’étouffement feutré que ce Parti a créée – en reportant tout à une prise de pouvoir, en reportant tout à une période référendaire, à un travail à courte vue, à du court terme à la dernière minute, évitant toute perspective d’une organisation qui travaille sur l’indépendance pour l’indépendance avant-pendant-et-après-les-élections, (gagnées ou perdues), avant-pendant-et-après-les référendums que nous avons perdus – n’est-ce pas un miracle que le OUI ait obtenu 40 % – en mai 1980 – , puis 49 % – en octobre 1995 – ?

Ce que trop de militants(es) de l’indépendance du Québec n’ont pas voulu voir et ne veulent pas voir du Parti québécois, c’est l’édulcoration de l’idée d’indépendance dont ce parti est responsable. C’est devenu une affaire de « référendum » pour faire du recrutement (référendum qui n’est qu’une technique juridique qui ne devrait servir que pour ratifier une volonté populaire déjà présente) et parfois, elle pourrait se réaliser dans un État « fédéral » multinational.

Au fil des années, il est devenu clair que le Parti québécois a besoin de ses militants(es) qui désirent que le Québec devienne un pays pour prendre le pouvoir. Les gens ne font pas des analyses compliquées, mais aujourd’hui ils sentent bien que cela ne fonctionne pas, que l’approche du Parti québécois ne nous mène pas à l’indépendance du Québec.

Une fois au pouvoir, comme on n’a pas convaincu une majorité de Québécois du caractère souhaitable, nécessaire et avantageux de l’indépendance du Québec, il lui faut tout reporter à un « référendum », gagnable, et en attendant le « référendum », être un bon gouvernement, tant l’indépendance a été une stratégie, une période de six mois (1979-1980) à douze mois (1994-1995) de travail en 33 ans (1974), une période courte, tout en faisant fi d’un mouvement d’éducation nationale qui aurait dû apparaître nécessaire, si on veut se préparer, faire avancer et réaliser l’indépendance.

Ajouter assez d’eau dans son vin indépendantiste pour prendre le pouvoir provincial mais pas trop pour ne pas perdre les militants(es) qui ne veulent pas entendre parler d’autre chose que d’indépendance, car il faut bien gagner le pouvoir provincial et être un bon gouvernement.

Et pendant ce temps, en jouant à ce petit jeu, le Parti québécois devient un éteignoir des espoirs d’une, puis deux, puis trois générations.

La crainte au Parti québécois de l’indépendance, et en conséquence l’omission de faire le travail nécessaire pour que l’indépendance progresse petit à petit, par du travail, risque de nous amener à la démission tranquille devant le poids du travail à faire pour faire prendre conscience de la nécessité de tout reprendre à neuf, à l’extérieur des Partis.

Oui, on a bien raison de souligner que la prise en compte des erreurs que nous avons commises avec le Parti québécois nécessite un travail véritable de pédagogie, car il faut comme disent les Anglais, penser tellement autrement – « think off the box ».

Les membres du Parti québécois préféreront continuer de se tromper de façon radicale et durable plutôt que de risquer de se sentir seuls : aller ensemble vers l’absurde d’un scénario impossible, rejeté en 1980 et 1995, car il autorise chaque acteur, militants(es), sympathisants(es), organisation et candidats(es) à donner au travail électoral électoraliste le sens qu’il veut. L’action du Parti québécois comme un but en soi, sans réfléchir sur les obstacles qui nous éloignent de l’indépendance du Québec, permet à tous de se retrouver dans le plaisir d’agir.

La fragilité et la nuisance de ce Parti vient de ce qu’il doit mobiliser ses membres indépendantistes pour gagner des élections et, pour ce faire, leur promettre que plus tard, dans une mobilisation rapide, ils pourront travailler pour qu’advienne l’indépendance du Québec.

En attendant les élections, en attendant le pouvoir, en attendant le « référendum », toujours en attendant à plus tard, le travail d’éducation nationale qui aurait dû apparaître nécessaire est évacué, car on n’arrive plus à voir qu’il pourrait en être autrement. Et c’est ainsi que nous avons perdu et que nous perdons des années précieuses.

Pour conclure, je crois que nous sommes dans une impasse. Pour l’indépendance, le Parti québécois n’a plus rien à donner. Il est temps de commencer à reconquérir notre autonomie de penser et d’action, les parties de l’héritage qui peuvent encore être sauvées de ceux et celles qui ont désiré et désirent que le Québec devienne un pays (indépendant et libre).

Un collaborateur anonyme

1 commentaire:

Pierre Daviau a dit...

« LA FIN D'UNE ILLUSION ET LE DÉTACHEMENT
DEMANDENT DU TEMPS. » Vigile, le 15 mars 2007.
http://www.vigile.net/spip/article5227.html

COMMENTAIRES ADRESSÉS À CET AUTRE INDÉPENDANTISTE RAISONNNABLE

Le hasard aidant, j’ai noté que des modifications ont été apportées au texte publié dans Vigile et celui publié le 16 mars 2007 sur le Blog : http://blogscienceshumaines.blogspot.com/ sous le titre
« Pour un pays – indépendant et libre comme condition sine qua non », soit une « Réflexion personnelle d’un indépendantiste serein et raisonnable.

Déjà la chronique du 8 mars 2007 intitulée LE CHEMINEMENT DIFFICILE DU PQ POUR INTÉGRER LE CONCEPT DE L’INDÉPENDANCE NATIONALE DU QUÉBEC DANS SA COMPRÉHENSION ET SON ACTION POLITIQUE
Autocritique d’un indépendantiste raisonnable (Vigile : http://www.vigile.net/spip/article5014.html ) retraçait le cheminement difficile du PQ qui commençait à la fondation du MSA et du Parti québécois en 1968. De plus, les références suivantes permettaient de bien situer l’environnement politique;

« À l’heure du choix » (1968). http://blogscienceshumaines.blogspot.com/

Option Québec, Préface par Jean Blain (1968).http://blogscienceshumaines.blogspot.com/

Or, il apparaît d’une évidence irréfutable que la démarche souverainiste a commencé en 1968, soit il y a près de 40 ans contrairement aux modifications qui réfèrent à 25 et 33 ans. Si les souverainistes veulent se comprendre entre eux et combattre ensemble pour l’atteinte de l’indépendance nationale, il coule de source que chacun doit reconnaître les faits de cette période historique contemporaine. Que des événements subséquents soient intervenus (référendums de 1980 et 1995), nous devons tous reconnaître que le mouvement souveraineté-association de René Lévesque constitue le point de départ.

Par ailleurs, nous pouvons même affirmer que nos ancêtres ont commencé le combat de la libération dès la conquête anglaise de 1759, etc.

Enfin, je ne comprends aucunement pourquoi il est nécessaire d’écrire un pays (indépendant et libre) entre parenthèses. Dans ce domaine sensible, il ne m’apparaît pas approprié d’emprisonner ainsi notre indépendance nationale et notre liberté.


Pierre Daviau
Québec
Le 20 mars 2007