Bonjour monsieur Deshaies,
me recevez-vous?
Pierre Duchesne
jeudi 2 février 2017
mardi 10 mai 2016
INDÉPENDANCE POLITIQUE
DU QUÉBEC 448
Chronique de
Bruno Deshaies, 9 mai 2016
Au moment où nous avons appris le départ canon de Pierre Karl Péladeau de
toutes ses fonctions politiques, cette chronique était en cours de rédaction
depuis quelques semaines. Nous croyons malgré tout qu’elle demeure complètement
d’actualité. Monsieur Péladeau avait
conscience que son action devait se développer sur deux fronts : un
premier front, celui de l’action politique incontournable et, un deuxième, celui
d’une réflexion sur la réalisation de son désir d’indépendance politique. En
s’inscrivant dans le milieu politique, il a créé des espoirs et une bouffée
d’air frais qui ne devraient pas se tarir. En effet, il a décidé après ce
départ inopiné de prêter à l’Institut de
recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) des ressources financières pour qu’il puisse se mettre en marche. (C’est
une idée que j’ai défendue depuis une quinzaine d’années[i](1).
La présente chronique se situe dans le prolongement de la Chronique 447 du 18
avril. Sur cette tempête inédite, le moment est venu d’exercer son esprit
critique sur le flot des discours qui traite de «la question nationale» – cette
expression éculée qui ne dit pas exactement l’intention de l’indépendance
politique du Québec. La documentation considérable que nous mettons en lumière
dans cette chronique nous montre que nous ne pourrons pas en demeurer
indéfiniment à nous ausculter dans le menu détail et se satisfaire de décrire
dans toutes les directions l’état du Québec.
Il faut faire le bilan critique de notre pensée politique dans l’optique
indépendantiste et s’atteler à la tâche de conquérir le public sur le
bien-fondé des avantages nationaux d’être indépendant collectivement. Pour l’être véritablement, il faut que l’agir
(par soi) collectif exprimé par tous ses membres lui permette efficacement de
faire face eux-mêmes aux problèmes de la vie nationale tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur. Cette condition est
nécessaire pour s’assurer la maîtrise de sa vie politique, économique et
culturelle selon ses propres finalités d’où le rôle considérable qui doit être
attribué à l’État pour réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie
collective nationale des Québécois.
plus vous verrez loin dans le futur.»
Tout l’agir
humain est du domaine de l’histoire. Car
il s’agit de l’histoire avec un grand H, c’est-à-dire de toutes les sortes
d’activités humaines passées. Entreprendre de comprendre l’histoire du Québec,
c’est accepter de remonter jusqu’à ses
origines en Nouvelle-France et suivre son parcours historique en Amérique du
Nord de 1534 à nos jours. «Regarder loin
dans le passé» n’est pas une fantaisie de la recherche, car il existe des
ancrages qui pèsent lourdement sur le présent. Le présent n’échappe pas au temps historique qui
relève de l’avant et de l’après, c’est un continuum.
Malgré le
Passé vécu, il existe quand même toute
cette réalité mystérieuse de l’intervention de l’intelligence et de la volonté
de l’être humain, c’est-à-dire de voir « plus … loin dans le futur». Toutefois, il faut des forces latentes
existantes pour justifier un redressement de situation. Est-ce possible que l’intelligence et la volonté, à un moment
donné, puissent mettre les ardeurs en œuvre par la parole, au gré de la
fantaisie, en un rien de temps, sans tenir compte de la nature et des forces présentes
? Comment peut-on être sûr d’être
capable de modifier jusqu’à un certain point le cours des événements ? Dans ce
cas de figure, les politiques surtout auront à apprendre à savoir «regarder
loin dans le passé» pour s’assurer de voir «loin dans le futur» sachant que
c’est dans le présent qu’ils agissent, donc qu’ils doivent reconnaître pour
l’action les exigences de la tactique tout en sachant ce que sait que
l’indépendance. En outre, ils auront à
admettre que la vérité se révélera plus profitable pour faciliter l’action
immédiate et lointaine. Cette vision créatrice les rendra plus lucides.
Notre
histoire du Québec se divise en deux grandes périodes : un Premier Canada,
avant 1760, et un Deuxième Canada, après 1763.
Le premier pays a d’abord été celui des colons Français (canadiens) ou
Canadiens (français) et Canadiens tout
court (les «canayens»). Après 1763, ce sera le début du Canada britannique. «Désormais, écrit l’historien Maurice Séguin, le territoire canadien est ouvert à une nouvelle colonisation. […]
Le Canada français ne sera plus seul.»
Les «Canadiens» connaîtront une nouvelle aventure historique sous une autre
forme de colonisation. Dans ce deuxième pays
(britannique) où ils deviennent graduellement des canadiens-français (de souche
ou d’adoption) avec toutes les caractéristiques d’une nation au sens général et
sociologique du terme. Comme société,
ils forment un tout complexe, un réseau d'habitudes (expérience, initiative),
de traditions, de capitaux, de techniques
politiques, sociaux, économiques et culturels, bref une entité socio-politique
avec des valeurs communes. L’histoire a
voulu que le Canada-Français persiste dans le temps mais en subordination sur
place en tant que nation annexée. Leur autonomie partielle de 1867 ne leur
redonne pas les pouvoirs et les droits qu’ils possédaient avant 1760. L’État
local de la Province de Québec est un État fédéré
avec des compétences politiques limitées. Ce constat est indéniable.
I.- L’ÉTAT DU QUÉBEC
Comment les Québécois et les Québécoises peuvent-ils entrevoir le Futur ? Ce serait donc la troisième période de notre
histoire. Celle-là
est cruciale, car elle vise la désannexion de la nation québécoise de la nation
canadian afin d’accéder librement et
collectivement au statut d’égalité de droits au plan international. Qu’est-ce à dire ?
Pour en
arriver là, il faudrait que l’État du Québec, comme unité politique, ait le
droit de
[a] posséder
la maitrise des décisions à prendre et de leur exécution à son propre niveau national ;
[b] décider de
se soumettre ou non aux décisions majoritaires absolument contraignantes aux
instances internationales ;
[c] se réserver le droit d’exécuter ou de ne pas
exécuter les « ordres » suggérés par la majorité internationale.
Tel
est le seuil minimum du respect de l’indépendance des nations membres de
l’organisation mondiale internationale. Dans
ce cas de figure, le Québec deviendrait véritablement une nation indépendante. Ce n’est pas une monomanie ou une lubie que de
le dire ouvertement et publiquement.
Mais il faut le dire afin que le public partage majoritairement cette
vision du futur et que l’action mette les ardeurs à l’œuvre. Cependant, l’action va exiger d’éviter de se
mettre dans l’impossibilité de comprendre d’une manière réaliste la complexité
de la situation actuelle. Agir autrement,
–
c’est s’exposer à gaspiller en pures pertes ses meilleures énergies en
combattant inutilement l’inévitable (pour le moment ou pour toujours (peut-être
?);
Il
est donc important que l’on surmonte les tentations de découragement.
Une politique
publique «nationale» surpasse en
complexité toutes les politiques publiques «sociales»
auxquelles se cramponnent nos chercheurs et sur lesquelles s’abandonnent nos
conseillers de l’État du Québec. Il faut bien comprendre que l’ordre de
grandeur du problème que pose la recherche de l’indépendance nationale du
Québec affecte inévitablement les autres nations compte tenu de la finalité et
du résultat attendu, voulu et défendu avec détermination.
Afin d’observer
toutes les facettes de ces exigences, il existe à notre disposition des outils
de connaissance sur cette vie collective qui est enracinée dans l’histoire de
ce Premier Canada depuis la fondation de Québec en 1608. Il faut prendre conscience que malgré les
vicissitudes de notre parcours historique, les Québécois ne cessent de
continuer à rechercher cette possibilité de s’émanciper. La première étape à franchir serait de faire
accepter par une majorité démocratique au Québec que l’émancipation nous permettrait d’agir par nous-même collectivement
et librement.
Avant de parler d’autodétermination et de referendum, il serait
préférable de prendre conscience de ce que nous sommes, des moyens dont nous
disposons et, surtout, d’apprendre à faire accepter par le public cette vision
du futur. Les indépendantistes doivent
sortir de l’esprit de «l’entre soi et les autres»[ii](2).
Ils ont l’obligation de se mettre à l’écoute de d’autres points de vue qui
préoccupent les indépendantistes sincères et honnêtes. Les tours d’ivoire du mouvement
indépendantiste nuisent au développement de l’idée indépendantiste par leur
relégation. Le Parti québécois et les
organismes qui orbitent autour de la souveraineté du Québec devraient concentrer
leur énergie sur l’optique indépendantiste surtout quand il s’agit d’un cas
de figure entre fédéralisme vs
nationalités. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/sociologie-du-national-federalisme-et-nationalites-6/ Les indépendantistes ont le
devoir de démasquer et de démystifier le fédéralisme en tant que
solution-magique dans les rapports entre les nations. Car il n’y a pas
d’objection dirimante quant aux relations entre l’indépendance et
l’interdépendance.
Étant donné
que les Québécois veulent échanger dans le monde, ils ne devraient pas craindre
les répercussions de la vie internationale (extérieure) sur la vie nationale
(intérieure). Il est même souhaitable de rechercher le plus possible les
contacts extérieurs, afin d’enrichir sa vie intérieure. Une grande partie des relations extérieures
seront surtout des défis stimulants qui provoqueront des progrès (politiques,
économiques, culturels) intérieurs. La
contrepartie exige pour une nation souveraine un rôle considérable de l’État pour réglementer, soutenir,
corriger, défendre la vie collective nationale. L’État du Québec actuel possède
certains atouts qu’une bonne étude de ce que nous sommes pourrait nous
révéler.
2011 Langue maternelle : Québec vs Montréal
Lire la version intégrale...
[i] Le 28 octobre 2009, j’avais fait
parvenir à Monsieur Péladeau, Président et chef de la direction de Quebecor, un
message électronique dont l’objet était formulé ainsi : «Pour un projet
d’éducation à l’indépendance contre l’annexion du Québec.»
[ii] Consulter la
présentation de Sylvie Tissot (dir.), « Les espaces de l’entre-soi », Actes de
la recherche en sciences sociales, n° 204, 2014. http://lmsi.net/Entre-soi-et-les-autres
Sur cette question de psychologie sociale et de sciences sociales, les
indépendantistes auraient une petite réflexion à faire entre eux. https://lectures.revues.org/15551
mercredi 24 février 2016
INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 445
(Gilles Verrier)
Déni de la volonté de suprématie anglo-saxonne
Chronique de Gilles Verrier 20 février 2016 945 visites 10 messages
ICI : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:Q9UpkpBpE7gJ:vigile.quebec/La-canadianisation-tranquille-de -l+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=ca
Le texte original de Gilles Verrier :
Le calvaire du Canada anglais : nous traiter en égaux
SITE : Indépendance et mondialisme 19 février 2016
Réflexion sur cette prise de position
C ’est une erreur de croire que la Majorité va nous traiter d’égal à
égal. C’est un très vieux débat qui nous
empoisonne l’existence depuis plusieurs générations. Est-ce le calvaire du ROC et des Canadians au Québec dont Justin Trudeau
est un exemplaire représentatif en tant que Premier ministre du CANADA tout
comme son bras droit Stéphane Dion. ?
Il n’y a aucun doute.
Pourquoi ?
L’étude de la Leçon XVI de son cours télévisé de 1963-1964 au réseau
français de la Société Radio-Canada, nous rend intelligible «la courbe
politique» que continuera à subir le Canada-Français (véritable «calvaire» du
Canada-Français) entre 1867 et 1960. Et
l’on peut affirmer sans hésitation que la logique de cette courbe politique
nous la retrouvons dans le parcours qui a suivi jusqu’à nos jours. Or, l’essentiel du problème national des
Québécois-Français se trouve dans la finalité de la création de la
Confédération, en 1867, par les British
canadians.
A la colonisation réussie, à la nation coloniale
victorieuse, la Loi constitutionnelle de 1867 donne un État central national et
des États provinciaux. Ces derniers sont
susceptibles d'être facilement et entièrement mis au service de l'État central. À la colonisation ratée, à la nation
coloniale vaincue mais toujours présente, la Constitution de 1867 ne donne
qu'un État local ou provincial. Bref, une constitution de vainqueur pour
les vainqueurs ; une constitution de vaincu pour les vaincus.
Le rapatriement de la constitution canadienne a eu lieu. Les effets pervers
se font sentir mais l’origine se retrouve dans notre histoire et dans la
création de l’Union fédérale de 1867.
Ces
questions, nous nous les posons depuis plus d’un demi-siècle ? Il faut qu’elles soient posées au chasseur de
têtes en lequel Pierre Karl Péladeau a mis toute sa confiance. Et lui-même, comme chef du PQ, il serait
temps qu’il sorte du carcan que lui impose son organisation pour consulter
directement le public. D’ailleurs, sa députation devrait en faire autant.
Faites l’expérience d’accepter de voir ailleurs. Les bureaux de comtés
devraient être des lieux indépendantistes et non seulement des machines de communication. Le Parti doit être à l’écoute des citoyennes et des citoyens mais il a aussi un rôle à jouer auprès du public pour expliquer les fondamentaux de l'indépendance. Les actions du passé ont justement achoppées sur les assises du concept de nation indépendante au sens intégral (cf. Bruno Deshaies, «L'État-Nation ? Le public aimerait savoir ce que c'est.»)
Postscriptum
Consulter le texte de Davide Gentile : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2016/02/23/005-institut-souverainete-recherche-autodetermination-independance-peladeau-pq.shtml?isAutoPlay=1
De la guerre d'indépendance au Québec
Le calvaire du Canada
anglais : nous traiter en égaux(Gilles Verrier)
Bruno
Deshaies
2016-02-24
15:00
Cher ami,
Cette chronique fait
référence à tes récentes réflexions sur l’indépendance du Québec. Pour retrouver la version
éditée sur le site de Vigile, il faut donc suivre le chemin infra :
Le titre par
VIGILE :
Le fantasme du Canada raisonnable
La « canadianisation »tranquille de l’indépendanceDéni de la volonté de suprématie anglo-saxonne
Chronique de Gilles Verrier 20 février 2016 945 visites 10 messages
ICI : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:Q9UpkpBpE7gJ:vigile.quebec/La-canadianisation-tranquille-de -l+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=ca
Le texte original de Gilles Verrier :
Le calvaire du Canada anglais : nous traiter en égaux
SITE : Indépendance et mondialisme 19 février 2016
Réflexion sur cette prise de position
On
peut considérer comme un fait
historique le déni collectif de la suprématie canadienne-britannique qui a élargi sa base anglo-saxonne du paysage canadian. Pourtant, Les Québécois-Français
entretiennent historiquement une illusion qui leur fait croire que nous sommes
des égaux au plan collectif. Bien sûr, les Canadiens (français) sont
majoritaires au Québec mais ils sont mineurs au sein de l’ensemble
canadien qui est la nation majeure. Il est clair que c’est «le calvaire du Canada
anglais».
Ta chronique ayant été
retirée du site de Vigile, le onzième commentaire que j’avais préparé n’a pas
été publié.
Commentaire de
Bruno Deshaies
Pour ceux et celles qui
veulent bien comprendre notre incapacité à faire comprendre l’indépendance
politique du Québec, il faudrait qu’ils ou elles réfléchissent à l’importance
du sens des mots. La sémantique n’est pas
une ornementation littéraire. Les mots ont de l’importance et le discours
indépendantiste a des croûtes à manger pour expliquer son objectif politique
fondamental au public d’ici et d’ailleurs.
Se parler entre nous, faire des colloques entre nous, publier des
documents pour nous, voyez qu’il y a une grande différence entre «le fantasme
du Canada» et «le calvaire du Canada anglais».
C’est pourquoi mon commentaire a
eu pour titre celui-ci :
LE CANADA-ANGLAIS EXISTE !
Les deux dernières
chroniques que vous avez écrites abordent des sujets communs. En gros, le Canada-Anglais existe ! Fragile à côté des États-Unis, superpuissance
mondiale, il est en permanence inquiet.
La fin de la Guerre Civile américaine en 1865 a forcé les Canadians à consolider le British
Norh America contre le Republican North America. Il s’agit d’une
constante de l’histoire de la colonie canadienne avant 1760 et des colonies
britanniques après 1760.
Le canadianisme a sa
propre histoire. Dans les années 1950, le
Rapport Massey a mis en évidence cette fragilité du Canada-Anglais (cf. «Le
Rapport Massey et le canadianisme c. l'américanisme»).
http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/le-rapport-massey-et-le-canadianisme-c-lamericanisme-4/ Par voie de conséquences, les
Canadiens-Français et le Québec-province a subi les effets pervers de ce
nationalisme pancanadianiste. Les
tensions ont progressé et Maurice Duplessis a trouvé le moyen de défendre
farouchement notre autonomie provinciale
bien que fédéraliste lui-même. (Cf. «Choisir,
c’est réussir ! Animer le
discours indépendantiste pour atteindre l’objectif de l’indépendance.» (Dans Vigile.quebec,
10-10-2002 .) http://vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-10-10.html
Je corrobore globalement votre point de vue au sujet des tribulations de
la société québécoise. Vous avez raison d’insister pour que soit tourné toutes
les pierres qui nous voilent la réalité concrète des rapports
Canada-Québec. Mais je me pose une
question :
Doit-on
penser à la place du CANADA ?
«La nation majoritaire
qui n’a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des
concessions (comme au moins un État provincial) est dérangée, importunée par cette annexe (cet
appendice).
«La nation
minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement,
économiquement et culturellement.» (Id., Ibid.)
(Maurice Séguin Les Normes : Chapitre troisième, 1965-1966.)
Sur cette question, j’aimerais laisser à nouveau la parole à Maurice
Séguin où il s’applique à démontrer la nature véritable de cette annexion
politique du Canada-Français (et du Québec-province).
V.– L’ESSENTIEL DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS
9. Survivance et autonomie restreinte
//400// Inutile de dire qu’il
ne faut tenir aucun compte de ces questions plus que secondaires : le status de la langue française, la part
des Canadiens-Français dans la fonction publique du gouvernement central ou
national du Dominion
of Canada, le traitement réservé aux minorités de langues françaises
perdues dans les provinces anglaises //401//
d’un Dominion britannique. La situation politique, le status constitutionnel de la nation
canadienne-française, c'est-à-dire du bloc canadien-français du Québec, nous
intéresse bien davantage.
Peut-on affirmer à propos de la place réciproque du
Canada-Anglais et du Canada-Français dans l'union fédérale l'« equal parternship of the two founding
races » ? Peut-on parler
de l'association à titre de peuples égaux des deux nations
fondatrices ?
Évidemment non.
Ni en 1760, ni en 1840, ni en 1867 et pas plus qu'en 1960 [ni encore
aujourd'hui en 2016], il n'y a eu, répétons-le, ni égalité de droits, ni égalité
de faits entre les deux nationalités. On
sait que l'une possède toute la souveraineté locale et centrale tandis que
l'autre ne détient qu'une autonomie provinciale seulement. Du régime de 1840 et de 1867, ne peut sortir,
pour les Canadiens-Français, l’épanouissement politique, économique et
culturel. En ce sens 1867 n'est pas un
échec. L'union législative à caractère
fédéral de 1841 et l'union fédérale de 1867 recouvrent avec exactitude la
réalité sociale canadienne-française et canadienne-anglaise. Ces deux constitutions sont l'expression,
dans l'ordre constitutionnel, d'un échec colonial de la part de l'Empire
français et d'une réussite coloniale de la part de l'Empire britannique.
Ainsi dans leur propre
patrie, devenue province parce que le Bas-Canada, en 1840 et en 1867, était la
plus importante des colonies britanniques, dans ce Québec où la nationalité
canadienne-française est dominée politiquement et économiquement depuis
1760, dans ce Québec bisethnique, biculturel et bilingue, les Canadiens-Français
subsistent comme un peuple « chambreur » dans l'une des pièces les
plus importantes de la maison qui a été construite et qui est possédée //402// par une autre nation. Le
Canada-Anglais ne peut s'édifier et se développer sans ruiner et sans
provincialiser le Canada-Français.
Le Canada-Français survivra
! Il bénéficiera de l'autonomie
politique restreinte difficile à utiliser à cause de la présence au coeur même
du Québec de la grande bourgeoisie du Dominion of Canada. Cette autonomie restreinte encadrera tant
bien que mal une survivance médiocre, mais qui semble indestructible. Le Canada-Français est comme figé dans
l'inquiétude d'une survivance qui paraît sans issue. Conséquemment, incapable de se libérer et
incapable de disparaître, le Canada-Français est coincé en subissant une
domination étrangère sans être assimilé.
De cette autonomie
provinciale de 1867, l'on peut réaffirmer ce que l'on disait de l'autonomie
obtenue dès 1842, avec LaFontaine, sous l'Union. Cette autonomie politique est absolument
impuissante à conduire les Canadiens-Français à une maîtrise suffisante de la
vie économique de l'État provincial qu'est le Québec. Il reste un État investi par la grande vie
financière, commerciale et industrielle du Dominion of Canada. Il est en effet impensable que la réalité
économique du Québec (ce concept impliquant bien davantage que les seules
sources naturelles), soit majoritairement possédée par les
Canadiens-Français. Et ceci, aussi
longtemps que le Québec demeure une province d'un Dominion transcontinental
britannique.
Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin
Éditeur, 1997, p. 400-402.
L’interprétation séguiniste de la constitution canadienne tient
principalement au fait qu’elle fait partie intégrante de la Grande histoire de la Nouvelle-France,
du Canada et du Québec (d’hier à aujourd’hui). Un récit révisionniste des
événements ne peut nous éclairer sur notre sort collectif sans une profondeur
temporelle plus large de notre condition historique en tant que collectivité
nationale déchue à l’état de mineure, de province, dans un nouvel empire
britannique qui ne cessera jamais de s’imposer.
(En ce moment, le gouvernement fédéral flirte avec les municipalités, ces
créatures du provincial. L’État fédéral n’a pas de frontières constitutionnelles ! Voyez aussi l’intrusion massive du fédéral
pour le financement des Chaires du Canada sous l’égide d’une bureaucratie de
Comités nationaux fédéraux où il nous est impossible d’en assumer nous-mêmes la
direction et la gestion. Les orientations de la recherche dépendent de la distribution du financement
des professeurs détenteurs d’une Chaire pour 7 ans et renouvelable
automatiquement – une carrière complète avec les services que doivent lui
offrir les universités dans le système canadian.
Nous avons perdu le contrôle sur la recherche universitaire.)
La tradition ne peut nous offrir que le portrait d’une déroute, pas
complètement achevée, et qui exaspère le Canada
britannique. Pour «démaquiller» la source de la naissance du Canada uni tel
qu’il est aujourd’hui, on doit s’attaquer à la constitution du Canada.
Je me demande sincèrement comment «le Parti québécois devra prendre ses
distances avec son passé». Ce n’est
certainement pas en demandant la permission au Canada britannique de «nous traiter
en égaux » pour qu’il ne souffre pas «le calvaire» d’être la nation dominante ?
Notre calvaire
comme nation mineure et minoritaire dotée de pouvoirs restreints consiste à
vivre en permanence un état de nation annexée. Récemment quelqu’un m’a écrit que les
concepts entourant le mot nation ne pouvaient être que du «charabia». Et un
autre, que le concept d’État-nation a peu d’importance même si on ne sait pas
ce que ce terme peut exprimer. «Malbrough s'en va-t’en guerre ne sait
quand il reviendra. …Est mort et enterré.»
Le Parti québécois doit faire une révision déchirante de ses catégories
mentales sur les fondamentaux de l’indépendance politique du Québec. Est-ce qu’on peut dire que le chercheur de
têtes a dans sa mire le candidat qui saura en imposer pour garantir que la
création de l’Institut conduira à un enseignement qui saura se rapprocher du
public et devenir un éveilleur de
conscience nationale au Québec en vue de l’indépendance politique du
Québec ? Pour le moment, tout ce
qui se passe au sujet de cet institut est tout simplement obscur.
Les indépendantistes ne pourront pas se passer facilement d’une
connaissance sérieuse de l’évolution politique, économique et culturelle des
deux Canadas ainsi que de l’histoire américaine. Comme le faisait remarquer Maurice Séguin
dans Les Normes : « La lucidité
sur le passé et le présent peut être source d’évolution planifiée ou de
révolution… tranquille ou non. » (Cf. Introduction.)
Son cours télévisé de 1963-1964 se terminait sur quelques interrogations
fondamentales. Écoutons-le :
CONCLUSION : L'AVENIR, UN QUÉBEC INDÉPENDANT?
«Sera-t-il permis au Québec de transformer ses
relations de dépendance en relations d'égalité dans l'indépendance? Ou sera-t-il possible au Québec de corriger
deux siècles d'histoire? L'Amérique
anglaise lui a dit non en 1760 par la Conquête.
Le Canada-Anglais lui a dit non en 1840 par l'union législative et en
1867 par l'union fédérale. Quelle
réponse réserve le vingt-et-unième siècle?»
Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin
Éditeur, 1997, p. 431.
Postscriptum
Consulter le texte de Davide Gentile : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2016/02/23/005-institut-souverainete-recherche-autodetermination-independance-peladeau-pq.shtml?isAutoPlay=1
POLITIQUE. - VIDEO - L'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales fait son apparition dans le paysage politique québécois. Il sera présidé par le professeur Daniel Turp.
L'IRAI est maintenant dans l'internet et le Président donne déjà des entrevues aux médias. Les Lettres patentes de l'Institut nous seront connues prochainement. Malgré tout, le Chef de l'Opposition officielle à l’Assemblée nationale va avoir besoin d'un QG personnel à lui. Et le DGE n'aura rien à savoir qu'il reçoit des conseils de personnes averties sur la VIE politique au Québec (qu'il les paie ou non!). Les décideurs ont besoin d'un «inner circle» pour les aiguillonner (comme, p. ex. : the president's inner circle of advisers ou le cercle restreint des conseillers du président). Un Chef de l'Opposition officielle n'y aurait pas droit ?
lundi 3 août 2015
INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 433
«L’horrible multiculturalisme canadien a tout contaminé» (Marcel Haché)
C’est une opinion, mais est-ce la fin-en-vue des indépendantistes ? (*)
«L’enquêteur enquêté est aussi
celui qui enquête.»
L’élection
générale fédérale du 19 octobre 2015 n’échappera pas à la logique de
l’enquêteur-enquêté du domaine public en démocratie parlementaire qu’elle soit
républicaine ou autres formes de pouvoir institué.
Ainsi, la plateforme
Instagram organisé comme support électronique aux jeunes pour inciter ce jeune
public à son (premier) «#VOTE» sur
le site de Radio-Canada en vue de l’élection générale répond bien à cette
logique démocratique. Pour sensibiliser les jeunes, la télévision d’État
pancanadienne a prévu au cours de la campagne électorale de procéder à sonder
en direct l’opinion des jeunes sur les enjeux de cette campagne.
Par conséquent,
Radio-Canada fera des jeunes des enquêtés en se plaçant au titre d’enquêteur. La
souque à la corde entre l'électeur et les médias devient de facto un élément du
processus électoral. Tout se passera
dans l'Internet sur le site officiel de Radio-Canada. John Dewey avait vu juste, car en démocratie
il y a un rapport entre l'électeur en tant qu'individu et la société en
général. Cette relation peut par ailleurs
s'inverser et l'enquêté devenir l'enquêteur qui peut infléchir les choix des
partis politiques (cf. supra la citation en exergue). Dans notre chronique
précédente du 16 juillet dernier, nous avons soulevé cette question dans la
perspective de la lutte politique pour l’indépendance du Québec. En démocratie, cet enjeu est de taille. Il ratisse large dans le domaine public.
Cette mise en
garde nous situe par rapport à la fin-en-vue des indépendantistes. Ces derniers ne doivent pas changer de cible
s’ils veulent réussir. Car toutes les
inepties autour de l’idéologie du multiculturalisme nous éloignent de
l'objectif. Le pouvoir que les indépendantistes veulent, c'est le self-government
complet (à l’interne et à l’externe). Disons
les choses comme elles devraient se dire ouvertement.
Cette fin-en-vue doit être affirmée haut et fort. En
tant qu’opposition, le PQ doit faire ses devoirs de parlementaires dans
l'optique indépendantiste. Son rôle
politique consiste à critiquer le discours et le comportement politique du
gouvernement actuel à Québec. Mais en plus, il doit faire comprendre que notre statut
de nation annexée nous a confinés au rôle provincial
d’un État fédéré assiégé par un État fédérant superposé.
Deux nations indépendantes sous un même toit, est-ce possible ?
J’aurais préféré
réagir au commentaire de Marcel Haché sur ma chronique du 16 juillet 2015 mais,
après réflexion, je constate que son commentaire a ouvert la porte à des
problèmes plus vastes que celui de l’électorat.
L’élection d’un parti politique quel qu’il soit, souverainiste ou
fédéraliste, sous n’importe quelles nuances, dépend des humeurs de millions
d’enquêteurs. Chaque électeur évalue la
situation selon ses propres «normes».
Qui peut trouver la «norme» du commun dénominateur ?
Je ne crois pas trop, comme l’écrit Marcel Haché, si c’est «l’horrible multiculturalisme canadien [qui
a] tout contaminé», mais je sais que le fédéralisme, quel qu’il soit sous quelle que forme d’union fédérale, n’est pas nécessairement la panacée à tous les maux
de l’histoire de l’humanité. Car il est facile de confondre «union sociale[1]» et union
fédérale. Le gouvernement du Canada a
franchi la limite depuis longtemps. Par exemple, dans CANADA. Un siècle 1867-1967, cette
publication édifiante du gouvernement canadien pour célébrer le centenaire de
la Confédération, il est écrit en toutes lettres ceci dès les deux premiers
chapitres intitulés :
- Voici le Canada
- Édification de la
nation canadienne
Puis, en exergue sur la première page de Voici le Canada, on peut lire :
«Et il règnera depuis
une
mer jusqu’à l’autre,
et depuis le grand
fleuve jusqu’aux
confins de la terre…»
- verset 8 du psaume 72
(N. B.− Dans son discours d’hier après-midi pour annoncer le
déclenchement des élections générales, le premier ministre Stephen Harper a
fait allusion à «la grande nation québécoise»
dans le cadre des célébrations du «150e
anniversaire de la naissance du Canada en tant que pays uni» et non de la
Confédération. Puis, il a continué à parler de «notre pays» et d’en assurer sa
sécurité. Ce choix sémantique des mots n’est pas insignifiant. Pour le gouvernement
fédéral et le Canada-Anglais, il n’y a qu’un seul CANADA comme en 1967et depuis
l’Union de 1841 et l’union fédérale de 1867.)
Mais l’indépendance, comment allons-nous la faire ?
Sur la question du
rôle de l’électorat et de la citoyenneté, j’ai pris connaissance récemment d’un
ouvrage intitulé L’indépendance par le
républicanisme. Son auteur, Danic Parenteau, nous propose comment faire un
pays «par le républicanisme» avec en sous-titre : «De la souveraineté du peuple
à celle de l’État». Le problème est de savoir en quoi le républicanisme
serait-il mieux que le «libéralisme anglo-saxon» ? Et si l’un était mieux que l’autre, il
faudrait faire un choix de société, c’est-à-dire savoir comment on voudrait
vivre ensemble. Le problème est de l’ordre de l’organisation interne de la
société. Mais l’indépendance, comment
allons-nous la faire[2] ? Voulons-nous prendre collectivement cette
décision ? Il faudra y travailler
comme tous les pays l’ont fait avant nous afin d’acquérir leur indépendance. Le
Canada-Anglais a choisi sa voie dans ses rapports avec l’Empire britannique,
puis il est devenu indépendant comme d’autres ex-colonies de l’Angleterre dont
les Treize Colonies britanniques mais sous le coup de semonce d’une Déclaration d’indépendance (1776).
Contre leur annexion au
Canada, les indépendantistes québécois veulent obtenir leur self-government en tant
que nation. Cette idée doit être affirmée haut et fort. Le PQ dans
l'opposition à l’Assemblée nationale doit remplir ses obligations en tant que
groupe parlementaire indépendantiste. Mais son combat véritable dépasse
l’enceinte parlementaire de la Capitale provinciale. Cette partie de la lutte nationale dépasse les
réformes constitutionnelles. La preuve
en est que le Canada fonctionne avec le rapatriement de la constitution, en 1982,
sans la signature du Québec ! Il faut en
prendre acte et agir autrement. Voici ce que j’écrivais en 2001 :
«Ce n’est pas
l’unité canadienne qu’il faut détruire, c’est l’unité québécoise d’abord qu’on
doit promouvoir et réaliser par l’harmonie interne de la société québécoise et
la collaboration avec les autres pays dans l’égalité de “status”[3].»
Le multiculturalisme est dans le droit fil de la Charte des droits et liberté du
Canada. L’idée est entretenue par un
nombre incalculable d’universitaires d’un océan à l’autre au Canada. Depuis les années 1950, le Canada nous parle
de «la mosaïque canadienne» à condition, bien sûr, de respecter l’unité
canadienne. La cible est claire :
convaincre un public, le plus large possible, afin de soutenir la politique
officielle du multiculturalisme de l’État fédéral canadian. Cette question
nous pose un grave problème démocratique.
Dans une série de treize chroniques sur «L’indépendance (du
Québec)», j’ai commis une chronique sous le thème qui suit : « Rôle de l’état
démocratique» (cf. Vigile.quebec 14-02-2002 http://vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-2-14.html et
aussi «Treize leçons sur l’indépendance et l’interdépendance», LEÇON -M-, p. 68.
http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf Dans cette foulée, j’aimerais rappeler les
deux extraits du livre de Galbraith, Pour
une société meilleure (1997)[4].
Personne n’aime
admettre que son bien-être personnel puisse entrer en conflit avec celui du
plus grand nombre. Mettre alors au point
une idéologie plausible, ou du moins relativement acceptable, afin de défendre
sa propre position est donc une démarche des plus naturelles. Il existera toujours une armée de brillants
et talentueux « artisans » pour accomplir cette tâche (p. 16).
[...] la bonne
société échoue, là où la démocratie échoue (p. 160).
Sous un autre angle, dans la même série de chroniques, on
trouve la Position 10 : «L’état indépendant et le bien commun. Prévoir
l’harmonie interne et collaborer avec les autres États.» http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html
INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?
Vigile.quebec, 10.06.2001 et dans «Treize leçons sur l’indépendance et
l’interdépendance » (cf. LEÇON -J-). http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Treize-Lecons.version_2015-07-26_FINAL_LRPSCH.pdf
Voici la phrase de Myriam
Revault d’Allonnes que j’ai mise en
exergue pour cette Leçon :
Si nos sociétés sont construites sur la pluralité irréductible
des individus et de leur liberté infinie, nous ne pouvons plus vouloir de bien commun. L'accord de tous les individus sur une unique fin est inconcevable[5].
Le même dilemme se
pose dans le cas des valeurs. À la limite, il peut soulever des problèmes inextricables
entre le politique et les Églises ou les religions et les croyances. L’important consiste à distinguer quatre
notions : le public et le privé, l’État et l’Église. Au-delà des luttes sociales, la lutte
indépendantiste est NATIONALE.
Voici un extrait de cette chronique.
La commune
origine, la commune langue, tout comme l’occupation d’un même territoire ainsi
que l’intégration de la société et l’intégration à la commune société ou
d’accueil sont des réalités que tous les Québécois doivent partager entre eux.
Le bien commun de la nation québécoise concerne le sort de toutes les personnes
sur la base de l’égalité de droit pour tous, du fonctionnement du régime
démocratique où les notions de public et de privé doivent être reconnues et
respectées comme "accord commun" intangible. Le « public »
est du domaine civil qui implique son poids de contraintes, inévitables, dans
la vie collective d’une société et sur les individus. Pour sa part, le
« privé » inclut tout ce qui est intime ou d’ordre strictement personnel
ou qui ne concerne pas directement les autres. C’est l’affaire de chacun,
individuellement, chez lui, ou comme on dit souvent : «C’est sa vie privée[6].»
Multiculturalisme,
fédéralisme, souveraineté et société nationale font partie du débat de
l’indépendance du Québec comme telle ainsi que la question de démocratie. Les règles démocratiques sont reconnues par
les Québécois. Le républicanisme n’est
qu’une formule pour désigner un type de fonctionnement démocratique. Préalablement aux caractéristiques de
fonctionnement de l’État, les Québécois doivent prendre position d’abord pour
l’indépendance politique du Québec[7].
Finalement. J’aimerais revenir sur l’idée d’un accord
commun en société (cf. note 1 supra).
L’historien Maurice
Séguin attire notre attention sur le fait que tout citoyen confronté à l’Actuel
«se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation
[…] du milieu où il vit»[8]. Il s’explique :
Tout citoyen, dans l’appréciation des
événements quotidiens, se rapporte nécessairement à une conception générale de
la situation politique, économique, culturelle ou sociale du milieu où il
vit. Obligé de se prononcer fréquemment
sur ces questions fondamentales, il ne saurait éviter de recourir à une
explication historique. De sorte que la haute histoire des phénomènes
primordiaux est en
définitive, pour ceux qui ne sont pas des professionnels de l’histoire, la
seule histoire importante et irremplaçable.
Le pragmatisme dont
fait preuve Maurice Séguin n’est pas indissociable de l’analyse de la philosophe
Joëlle Zask qui s’inspire de John Dewey.
La citoyenneté entre dans le champ de l’opinion publique. Le citoyen qui fait partie de l’électorat
n’est pas complètement dupe. Il a «une conception générale de la situation» et
«il ne saurait éviter de recourir à une explication historique». Il est à sa façon un «enquêteur» qui
est lui-même «enquêté» par les gouvernements et les partis politiques. Et en tant que consommateur, il est bombardé
par la publicité. L’équation dans les
deux cas, est particulièrement complexe.
L’électorat, comme on le sait, est volatile ; de même pour le
contribuable ou le consommateur qui ne sont pas moins capricieux. Sur les deux plans, le sujet politique et le
sujet économique, sont dans le même statut d’enquêté et d’enquêteurs.
Joëlle Zask expose
son explication sur le sujet politique :
Défini comme
l’ensemble des personnes affectées, un public est d’abord passif. Surmonter
cette passivité est la tâche qui lui incombe avant toute autre. La disparité
des éléments qui le constituent n’est surmontable qu’à travers une action
effective et organisée. Cette disparité est d’autant plus importante qu’avec
l’industrialisation, la guerre mondiale, un marché de plus en plus
international, l’interdépendance des activités tend à devenir planétaire. Les
conséquences dont se ressentent les individus jusque dans le détail de leur vie
proviennent d’activités dont l’origine est aussi éloignée que confuse. Pour Dewey, l’opinion publique est un
jugement du public portant sur les affaires publiques. Par l’entremise de
cette opinion, les personnes concernées localisent leurs intérêts communs et en
assurent la publicité de sorte que les activités qui leur portent préjudice
soient réglementées par les institutions mandatées à cet effet. Or le public
passif est si dispersé, si vaste et chaotique, ses membres sont affectés par
des influences si variées qu’il lui devient impossible de « s’identifier
lui-même » (cf. note no 1, segment no 27).
Tout un chacun de nous porte des jugements.
L’enquêteur enquêté
est aussi celui qui enquête. Il se pose
des questions sur leurs gouvernements et leurs représentants politiques. Si les objectifs de «faire du Québec un pays»
et aussi «réussir» sont réalistes, le Parti québécois doit s’interroger sur la
réaction des «enquêteurs». Une politique
publique de l’indépendance ne peut ignorer d’aucune façon cette condition de la
vie en société. Le «beau risque» a échoué et l’après référendum de 1995
n’augure rien de mieux. Et vingt années
plus tard, «toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner»[9].
Les
indépendantistes-péquistes solidaires du PQ doivent réaliser qu’un «enquêteur»
les guette − consciemment ou inconsciemment. Il est à la fois un sujet passif et un sujet actif. Comment faire pour
que le sujet «passif» devienne un sujet «actif» qui lui soit
favorable ? C’est le plus lourd
défi de monsieur Pierre Karl Péladeau et du Bloc Québécois à reprendre du galon
à Ottawa. Tous les deux n’ont aucune
marge d’erreur. L’indépendance se
prépare ; elle ne s’improvise pas. Le
chef du Parti indépendantiste, en particulier, devra faire la différence entre
les hâbleurs et les combattants fervents. Le DÉFI de l’opinion publique est
plus indicible qu’on ne pourrait l’imaginer.
Le travail de sape doit commencer par alimenter le désir du changement
vers l’indépendance politique du Québec.
La valuation de l’indépendance dans l’opinion publique devrait conduire
le public vers un jugement favorable envers ce choix collectif comme étant la
fin-en-vue acceptable et honorante individuellement et collectivement. Ce sera
le résultat d’avoir comblé un désir et d’avoir surmonté les difficultés pour y
parvenir avec succès.
«Quand
les choses suivent leur cours sans rencontrer de difficultés,
aucun
désir n’émerge et aucune occasion ne se présente
de
projeter des fins-en-vue[10].»
(John
Dewey, 1939)
Comme
nous le rappelait Bernard Frappier, la troisième étape de la lutte nationale
doit viser à ÊTRE, donc à EXISTER, c’est-à-dire VIVRE (avec tous les éléments
nécessaires à la vie). Dixit Bernard Frappier :
Nous avons résisté (survivance)
Nous avons insisté (partenariat)
Nous allons exister (indépendance)
(30)
(*) Chronique précédente :
INDÉPENDANCE
POLITIQUE DU QUÉBEC 432
Retour sur
l’épisode du « beau risque » en 1984 et ses suites
[1] Ou, autrement dit, un
«accord commun en société» ou même une «union sociale plurielle». http://tr.revues.org/753 L’article de la philosophe Joëlle ZASK, «Le public
chez Dewey : une union sociale plurielle», serait pour nous une excellente
source de réflexion. Publié dans un collectif intitulé Pragmatismes (voir la
Revue de sciences humaines, Tracés,
15/2008 : p. 169-189. Résumé. La
citoyenneté est une institution problématique. Au cours de l’histoire, le
citoyen se voit tiraillé entre deux exigences : [1] participer ou [2] acquérir
les compétences requises pour juger
correctement des affaires communes. Le but de cet article est de montrer
que seul un accord social fondé sur la
pluralité des voix peut assurer une coordination entre ces deux exigences.
On trouve dans la philosophie de John Dewey un bon exemple de combinaison [1] entre le fait de prendre part et
[2] celui de développer une opinion publique véritable : le « public » est présenté comme une communauté d’enquêteurs. Afin
d’insister sur l’originalité de cette conception, on distinguera le « public »
des formes d’union fondées sur l’identité de leurs membres, tels la « masse »
ou le «peuple».
[2] Voici la réponse de
Danic Parenteau : «L’indépendance du Québec doit marquer une rupture avec
le présent ordre économique canadien et l’instauration d’un système politique
plus à même d’incarner une certaine vision sociale. (p. 158-159)» Quant à
l’indépendance, voici ce qu’il suggère : «La démarche que nous proposons
est tout autre chose [que les «demandent traditionnelles du Québec»],
puisqu’elle vise à aménager le peuple québécois, réuni en assemblée
constituante, à se doter de sa propre constitution politique. (p. 185)» Pour la
souveraineté de l’État du Québec, doit-on penser que ce sera dans la semaine
des quatre jeudis ?
[3] Bruno Deshaies, «Position 10 : L’état
indépendant et le bien commun. Prévoir l’harmonie interne et collaborer avec
les autres États.» INDÉPENDANCE : POUR
OU CONTRE ? Vigile.quebec, 10.06.2001 http://vigile.net/archives/01-6/deshaies-57.html ou «Treize leçons sur
l’indépendance et l’interdépendance » (cf. LEÇONS -D- et -J-).
[4] Traduit de l’américain
par Jean-Michel Béhar, Paris, Seuil, 1997, 160 p. Titre original : The Good Society : The Humane Agenda. Une sorte de programme
pour l’humanité dans la perspective du sujet économique.
[5] «La question du bien
commun est-elle relative à la politique ?» Dans Les Nouvelles d’Archimède
(mars avril 2000), no 23, p. 15). http://culture.univ-lille1.fr/fileadmin/lna/lna23.pdf Site consulté le 25
juillet 2015.
[6] «Des
valeurs, de la société et de la pluralité des individus. « Loi
divine » ou « loi civile » ? http://service.vigile.quebec/Des-valeurs-de-la-societe-et-de-la Dans Vigile.quebec,
jeudi 19 décembre 2013. 486 visites + 2 messages. Consulté le 3 août 2015.
[7] Cf. LEÇON -A- : «Prendre position d’abord» dans «Treize leçons sur l’indépendance
et l’interdépendance.»
[8] Dans Les Normes : Introduction, division 0.2 :
«Importance de la grande histoire». Les
éditeurs de cet ouvrage, Robert Comeau et Pierre Tousignant ont modifié le mot
«rapporte» par celui de «reporte». Nous maintenons, comme l’auteur du
tapuscrit, le sens du mot «rapporte» d’un point de vue logique, c’est-à-dire
d’établir entre un objet de pensée et un autre un lien mettant en évidence leur
dépendance. Pour reprendre le langage de
John Dewey, «tout citoyen» est un «enquêteur» et un «enquêté».
[9] Maurice Séguin, «La
notion d’indépendance dans l’histoire du Canada.» Montréal, juin 1956. Dans Les Normes (tapuscrit 1965-1966). Lire la suite… http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/la-notion-dindependance-dans-lhistoire-du-canada/ Soixante années plus tard
qui peut mettre en doute cette évidence. Voilà ce que nous apprend, sans
prétention ni prévention, la Grande
histoire des deux Canadas.
[10] John Dewey, « La théorie de la valuation.»
(Segment no 2) dans Tracés. Revue de
Sciences humaines, 15/2008, mis en ligne le 01 décembre 2010, consulté le 26
juillet 2015. http://traces.revues.org/833 Dewey fait la
distinction entre la fin ou la conséquence [autrement dit «les objets pris
comme fin»] et la fin-en-vue. Dewey
dixit : «La fin ou la conséquence
atteinte est toujours une organisation d’activités, en entendant par
organisation la coordination de toutes les activités intervenant comme facteurs
[autrement dit, ce qui entraîne la fin atteinte]. La fin-en-vue est l’activité
particulière qui œuvre comme un facteur de coordination de toutes les autres
sous-activités engagées. (Segment no 18) » Il précise ensuite : «Il
n’y a rien d’étrange ni de paradoxal dans l’existence de situations où les
moyens entrent dans la constitution même des objets de fin qu’elles ont
contribué à faire advenir : bien au contraire, de telles situations se
présentent chaque fois qu’un comportement réussit à projeter intelligemment des
fins-en-vue, orientant l’activité vers la résolution du problème
antécédent. Ce sont les cas où les fins et les moyens se séparent qui sont anormaux
et s’écartent d’une activité conduite par l’intelligence. (Segment no 19)»
Dans la situation actuelle du Québec, l’indépendance pour les Québécois et le Québec, c’est la fin-en-vue (ou la fin
visée). Le
continuum de la fin et des moyens est indissoluble, car les moyens s’ajustent â
«l’activité vers la résolution du
problème antécédent» puisque «les moyens entrent dans la constitution même des
objets de fin qu’elles ont contribué à faire advenir». En ce sens, la
souveraineté du peuple qui conduirait à l’indépendance du Québec ne peut pas
être désorientée vers le républicanisme qui n’est pas la fin-en-vue mais la
valuation d’une autre fin ou conséquence, soit d’un autre objet pris comme
fin. Dans cet ordre d’idées, le
cheminement des indépendantistes ou souverainistes subit de nombreuses
dérivations idéologiques. Au plan
historique, force est de constater que mettre le cap sur l’indépendance n’est
pas une évidence en tant que fin-en-vue. La dispersion des forces
souverainistes autour de la fin visée est manifeste. D’où l’éclatement,
l’écartèlement, l’émiettement et même l’épuisement du sujet collectif national. Est-il encore possible de réunir les
Québécois sur l’«accord commun en société» de l’indépendance sans broncher ?
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