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mercredi 13 février 2008

LA MISSION GOSFORD AU BAS-CANADA 1835-1837

Suivie par la double insurrection des Britanniques de Montréal et d’une fraction du parti réformiste canadien-français

PRÉSENTATION

Signalons à nos internautes lecteurs et lectrices que cet article est lié à notre chronique no 313 du jeudi 14 février 2008 portant sur l’histoire des deux Canadas. Nous vous invitons à vous rendre sur le site Internet VIGILE.NET pour lire cette chronique qui est en lien avec l’étude de cette mission très particulière de Lord Gosford en vue de résoudre la double crise (politique et nationale) au Canada.

Il ne faut pas ignorer que le rapport des commissaires est déposé le 15 novembre 1836 ; il comprend six rapports. Les commissaires ont joui d’une très grande liberté pour exprimer leur point de vue. Par conséquent, les pistes de solutions ne sont pas partagées entièrement par chacun des commissaires. À telle enseigne que Gosford et Grey anticipent déjà que devant la possibilité d’une révolte, il faudra avoir « recours aux grands moyens ». D’ailleurs, Gosford devra faire appel à l’armée. À partir de ce moment-là, la mission de paix et de conciliation devient un échec.

Les années du gouvernement de Lord Gosford sont instructives pour nous tous, – même aujourd’hui. Le séparatisme de la Constitution de 1791 n’était qu’un leurre. Les Canadiens s’étant comportés comme une MAJORITÉ, ils ont dû à leur corps défendant reconnaître qu’ils avaient subi la défaite en 1760. Les années 1835, 1836 et 1837 sont cruciales pour l’avenir du groupe canadien-français. L’étape suivante couvre les années 1838, 1839 et 1840, soit la courte période de la mission Durham. Elle entraînera définitivement les Canadiens-Français dans l’Annexion.

Les Québécois devraient être assez lucides aujourd’hui pour reconnaître que leur adaptation au processus du parlementarisme du régime constitutionnel de 1791 a eu un impact très fort sur leur comportement comme nationalité. Ils ont découvert un pouvoir qu'ils pouvaient exercer, mais qu'ils ne pouvaient pas complètement contrôler – d'où l'échec de la mission Gosford. Par la suite, la confusion qui a régné entre le combat politique (plus particulièrement parlementaire) et la lutte nationale (Canadiens-Français vs Canadiens-Anglais, de nation à nation) a laissé des traces indélébiles dans le subconscient de la nation québécoise d’aujourd’hui. Les rêves souverainistes d’autonomie provinciale, de statut particulier, d’association, de partenariat, d’égalité entre les deux nations ou de l’autonomisme à petits pas de ces derniers mois ne sont que des succédanées de notre passé historique.

La rupture avec ce passé nécessite une profonde et vaste prise de conscience de la part de tous les Québécois, mais en particulier des Québécois-Français, en vue de réaliser le changement qualitatif de statut politique qu’ils subissent depuis leur insertion collective dans le DEUXIÈME CANADA.

Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette trajectoire collective, nous présentons ci-dessous l’analyse du rapport Gosford par l’historien Maurice Séguin dans son Histoire de deux nationalismes au Canada.

Bruno Deshaies
Montréal, 12 février 2008

Histoire de deux nationalismes au Canada (1997)

LEÇON X

EXASPÉRATION DE LA CRISE 1834-1837

EXTRAIT
//p. 264//

VII. ─ RAPPORT GOSFORD-GIPPS-GREY

21. Origine de la lutte politique et nationale

Les commissaires ne peuvent s’empêcher d’esquisser une très brève histoire du Québec depuis la Conquête. La première constitution, celle de 1763, semble avoir eu pour principe de travailler à rendre la colonie entièrement britannique. « Si on avait persisté dans la politique d’assimilation, affirment les commissaires, la situation serait aujourd’hui beaucoup plus calme que celle que nous connaissons. Cependant, la guerre d’Indépendance a fait mettre de côté la constitution de 1763 et l’Acte de Québec de 1774 a été voté. » Ces deux constitutions tendent à empêcher l’assimilation des Canadiens-Français.

En plus, s’est ajoutée la séparation de 1791 par laquelle le Bas-Canada a été de nouveau forcé par une loi du Parlement impérial à demeurer français ; en même temps on a octroyé aux Canadiens-Français une Chambre d’assemblée dont la très grande majorité des députés ne pouvaient être que des Canadiens-Français. Devant cette situation, les Britanniques se sont défendus par l’intermédiaire des Conseils. Et au cours de la lutte, l’assemblée composée presqu’exclusivement de Canadiens-Français a constamment fait figure de défenseur des droits populaires et des institutions libérales tandis que les Conseils où l’intérêt anglais prévalait, sont apparus comme les défenseurs du pouvoir arbitraire et de doctrines politiques démodées.

La majorité de l’assemblée qui réclame un Conseil législatif électif regarde cette réforme comme un moyen seulement pour arriver à d’autres fins. Entre autres, on demande que les affaires intérieures de la province soient conduites par un ministère responsable envers l’assemblée. « Ce serait, disent les commissaires, virtuellement l’indépendance, sous la présidence nominale d’un gouverneur britannique. »

//p. 265//
22. Les adversaires en présence

Les commissaires libéraux envoyés par un gouvernement libéral ne peuvent se prononcer, sans nuances, contre un Conseil législatif électif. Dans une colonie habitée par une population homogène et unie, ils approuveraient une telle réforme, mais tel n’est pas le cas dans le Bas-Canada.

« Dans l’ensemble, disent les commissaires, les Canadiens du Bas-Canada ne songent pas à rompre immédiatement avec l’Angleterre ; au contraire, ils désirent encore bénéficier de la protection de la Grande-Bretagne et ainsi s’épargner les frais de se défendre eux-mêmes. Mais, par contre, ils cherchent tout naturellement à accaparer toute l’autorité réelle dans les affaires intérieures dans le pays.»

De l’avis des commissaires, les colons britanniques ont bien compris les interpellations de Thom [auteur des Anti-Gallic letters] ainsi que les proclamations des Britishers du Lower Canada. Ils ne peuvent accepter ce gouvernement canadien-français. Les commissaires affirment : « Les Britanniques ne consentiront jamais dans le Lower Canada, sans une lutte armée, à l’établissement de ce qu’ils regardent comme une république française au Canada. »

23. Maintien du lien impérial

Grey ajoute en son nom personnel : « Si la question était simplement de savoir par quel moyen prolonger la souveraineté de l’Angleterre sur le Canada, je crois que ce serait en conservant le pays aussi français que possible. »

Mais le maintien du lien impérial, continue Grey, ne saurait être recherché par de tels moyens. Il ne s’agit pas d’un simple empire de domination sur des étrangers. La fin légitime de la colonisation est d’étendre aussi loin que possible sur terre, nos lois, notre langue, nos institutions [anglaises]. Dans la poursuite d’un tel but nous ne devons pas craindre que nos colonies puissent devenir éventuellement indépendantes, mais nous habituer à regarder l’indépendance comme l’aboutissement naturel de la colonisation de peuplement.

(p. 266)
Et Grey d’entrevoir l’avenir d’une manière dramatique :

Nous ne devons pas sacrifier notre colonisation britannique pour prolonger [en maintenant le pays français] une domination [de la Grande-Bretagne] qui sera à peu près nominale. Dans cette dernière hypothèse, le parti anglais prendra les armes et deviendra probablement l’agresseur et la Grande-Bretagne pour préserver le Bas-Canada [comme une quasi-république française] devra diriger ses forces armées contre des hommes qui sont nos compatriotes [la minorité britannique du Lower Canada] et les immigrants venus des îles britanniques.

VIII.─ PROPOSITIONS GREY

24. Nécessité de nouvelles structures

Impossible, dit Grey, de résoudre le problème de l’affrontement des Canadiens-Français et des Canadiens-Anglais en maintenant intactes les structures actuelles du Lower Canada.

Les Britanniques du Lower Canada ne peuvent légiférer sur les affaires intérieures des Canadiens-Fran­çais. D’autre part, les Canadiens-Français ne peuvent légiférer sur les intérêts des Britanniques du Lower Canada et sur une colonie britannique qui est le cœur, la vie, la force de tout le British North America. Les Canadiens sont en majorité dans le Bas-Canada, mais cette province n’est qu’une des cinq colonies du British North America et elle est la clé de cet ensemble colonial.

25. Fédération d’un Bas-Canada divisé

Grey propose donc, à l’instar de 1791, que le Bas-Canada soit divisé en plusieurs districts dotés chacun d’une législature locale subordonnée à une législature générale. Les villes de Québec, Montréal et les régions de Sherbrooke et de Hull seraient des centres britanniques. Les Canadiens-Français, dans ce qui resterait du Lower Canada, auraient pour capitale, la ville des Trois-Rivières. Le Canada-Français comprendrait surtout la zone seigneuriale, et, à l’intérieur de cette zone, les Canadiens-Français seraient maîtres de leur politique ; ils seraient libres de développer leur particularisme tandis que les Britanniques des villes de Québec, de Montréal et des Townships qui environnent (p. 267) Sherbrooke et Hull seraient libres de vivre en Britanniques avec des institutions britanniques.

Selon le plan de Grey, une législature générale où prévaudraient les Britanniques s’occuperait des grands objets d’intérêt mutuel : la navigation du Saint-Laurent, le revenu [ce qui est très important comme fonction gouvernementale] et la colonisation des zones non peuplées. Plus tard, le Upper Canada pourrait se joindre à ce premier noyau de fédération dans le Lower Canada. On le constate, la formule Grey est une nouvelle édition, une nouvelle forme de l’utilisation du principe fédéraliste pour régler le cas canadien-français en les mettant en minorité.

IX.─ POSITION DE GOSFORD ET GIPPS (1836-1837)

Les commissaires Gosford et Gipps soulignent les dangers d’une intervention limitée ; ils souhaitent plutôt faire suspendre la constitution du Lower Canada.

À la fin de 1836, au début de 1837, la crise est si aiguë que Gosford et Gipps écartent la solution proposée par Grey. Évidemment, on n’aurait pas le temps de remanier toutes les structures du Lower Canada et de mettre en œuvre un projet général de fédération des districts.

Les commissaires rejettent également les plans d’Union des deux Canadas, du moins pour le moment. « C’est là, écrivent-ils, une solution qui ne doit pas être envisagée, excepté si l’on parvenait à obtenir l’appui d’une majorité dans chacune des provinces à unir. » Or, à cette époque, la législature du Upper Canada, protestent contre les projets d’Union mis de l’avant par les Montrealers.

Quant à l’intervention limitée, partielle, de l’autorité impériale afin de reprendre, sans le consentement de l’assemblée canadienne-française, certaines sources de revenus pour subvenir aux frais d’administration, une formule suggérée par Londres, les commissaires doutent fort que cette politique soit de bonne guerre.

De l’avis des commissaires, ne serait-il pas mieux dans les circonstances de suspendre tout simplement la constitution du Bas-Canada ? (p. 268) On n’aurait qu’à dire que cette suspension est devenue nécessaire à cause des difficultés soulevées par la présence des deux nationalités. Un tel geste provoquerait moins d’agitation. Ce serait moins vexant pour les autres colonies ou législatures des autres colonies du British North America ; elles ne pourraient voir là un précédent qui viendrait un jour permettre de restreindre leurs libertés de contrôler le vote des subsides. « Une telle intervention radicale, disent les commissaires, pourrait peut-être faire réfléchir les Canadiens-Français, les amener à composer. Mais si cette politique mène quand même à la révolte, alors on aura recours aux grands moyens. »

LEÇON XI

CRISE DE 1837 ET RAPPORT DURHAM 1837-1839

//p. 273//
I.─ CRISE 1837 ET CONSÉQUENCES IMMÉDIATES

1. Riposte de Russell aux Quatre-vingt douze résolutions

Les dix résolutions Russell du mois de mars 1837 répondent aux Quatre-vingt-douze résolutions canadiennes-françaises de 1834. Russell, ministre des Affaires intérieures, réaffirme la volonté du gouvernement de Londres d’améliorer la composition des Conseils législatif et exécutif ; le ministre ajoute cependant qu’il est imprudent de transformer le Conseil législatif en un corps électif, vu l'état de la colonie, et qu’il est peu sage de soumettre le Conseil exécutif à la responsabilité demandée par l’assemblée du Bas-Canada. De plus, dans le cas où l’assemblée du Bas-Canada continue à refuser de voter les subsides, Londres autorise le gouverneur à puiser dans le Trésor public sans son consentement. Ainsi, Londres répond à la grève parlementaire de l’assemblée canadienne-française par la force, c’est-à-dire par la menace d’une intervention directe, sans tenir compte l’assemblée si nécessaire.

2. Ultime tentative de Gosford et renvoi de la Chambre

Cependant, pour l’instant, le gouvernement de Londres s’abstient de transformer les résolutions Russel en lois qui s'appliqueraient immédiatement. Gosford peut donc convoquer de nouveau le Parlement du Bas-Canada dans une ultime tentative d’amener l’assemblée à céder. La Chambre d’assemblée, peu intimidée, répond : « Si la Grande-Bretagne agit selon l'esprit des résolutions Russell, sa suprématie ne reposera plus sur la force brute. » Gosford renvoie la Chambre et plaide de nouveau la nécessité de suspendre la Constitution du Bas-Canada. La Chambre du Bas-Canada vient de siéger pour la dernière fois sous le régime séparatiste de 1791.

[…]
//p. 274 //

1837, c’est d’abord l’insurrection des Britanniques de Montréal […].
1837, c’est également l’insurrection d’une fraction (seulement) du parti réformiste […].

Gosford, en présence de l’anarchie qui règne dans la région montréalaise, tente de faire arrêter Papineau. On est allé si loin, de part et d’autre, qu’il n’est plus nécessaire de tenir compte des autres combats de 1837. On peut dire que le sort du Bas-Canada, à titre d’État séparé, est définitivement scellé. Le séparatisme, issu de la Constitution de 1791, avait virtuellement vécu.

Nomination de Durham comme gouverneur.

Maurice SÉGUIN, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997.

jeudi 13 septembre 2007

Le Premier Canada (1/5)

Le Premier Canada (1/5)
Un Canada français constitue un « système un ».

Chronique du jeudi 13 septembre 2007 (Cf. Vigile.net : http://www.vigile.net/Le-Premier-Canada-1-5 )

Le Canada en Nouvelle-France
« Un gouvernement colonial, concedo ;
les chefs sont nommés par la métropole, c’est vrai,
mais on recherche les intérêts d’un seul Canada. »

Nous présenterons au cours des cinq prochaines semaines, la vision de l’historien Maurice Séguin portant sur l’histoire des deux Canadas, dont le premier Canada fut cette société coloniale française en Nouvelle-France, comme colonie de la France. La « synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas » est divisée en deux parties : la première, « Avant 1760 : Un Canada » et, la deuxième, « Après 1760 : Deux Canadas ». Cette distinction est fondamentale pour tous ceux et celles qui souhaitent comprendre l’histoire actuelle du Québec.

En une dizaine de pages, Maurice Séguin dresse le bilan de l’histoire du Canada avant 1760 en insistant principalement sur les traits principaux de cette colonisation française plutôt que sur le récit chronologique des événements de la vie quotidienne en Nouvelle-France. Il étudie systématiquement l’affrontement entre deux colonisations qui a conduit à la Conquête de 1760, puis à la naissance du Canada-Anglais, c'est-à-dire du « deuxième Canada ». Ce Fait considérable a marqué définitivement la fin du régime français pour les Canadiens. Comme l’a écrit l’historien Guy Frégault, collègue de monsieur Séguin au Département d’histoire de l’Université de Montréal, dans La société canadienne sous le Régime français : « En 1763, il reste des Canadiens, il ne reste plus de Canada. » (Brochure No 3 de la Société historique du Canada, 1954.)

Mais en 1608, comme l’écrit Maurice Séguin : « La France projette une nouvelle province, une colonie apte à devenir une nation. » Pour ce faire, il observe la nature et la situation de cette colonie et de la colonisation française en Amérique du Nord. Il constate d’abord la naissance d’une colonie « intégrale ». Il indique d’entrée de jeu que « Tout est là. » avant 1760. Il s’agit bien d’UN seul Canada – français – s’il est besoin d’ajouter. Le Fait marquant consiste en cette idée fondamentale qu’il existe « une autorité coloniale qui défend contre l’Angleterre la vie du Canada français ». Autrement dit, une colonie française prend naissance au Canada sous l’égide de la Métropole française. Ainsi est lancée l’aventure de la colonisation française en Amérique du Nord.

Bruno Deshaies


HIST 585 Introduction à l’histoire du Canada

Maurice Séguin

SYNTHÈSE GÉNÉRALE
de l’évolution politique et économique
des deux Canadas


Nos efforts vont porter sur les grandes courbes : c’est une histoire légitime. Les détails sont nécessaires pour satisfaire l’esprit, mais nous manquons trop souvent de l’esprit de synthèse…

SOMMAIRE

AVANT 1760 : UN CANADA

A.- Étude générale de ce seul Canada

I – Colonie de même nature que les autres à la même époque
II – Une colonie de style différent
III – Une colonie de différente intensité

B.- Dans un contexte d’intense conflit international

I – Irréductible conflit d’intérêts
1. En Europe
2. En Amérique

II – Forces supérieures du monde anglais
1. En Europe
2. En Amérique

III – Probabilités – retrait ou abandon total

IV – Premier choc entre les 2 mondes
– Causes
– Résultats
– Abandon total

V – Deuxième choc
– Causes
– Résultats
– Abandon total
C.- 1760 Résultats

I – Résultats mondiaux
1. Triomphe de l’« Anglo-Saxondom »
2. La plus grosse défaite du monde français

II – Résultats européens
1. Hégémonie de l’Angleterre
2. Fin de la courte hégémonie française

III – Résultats américains
1. Pour l’Amérique anglaise
2. Pour l’Amérique française (surtout le Canada)
– Atteint en tant que colonie intégrale organisée
– Inévitable formation d’un Canada-Anglais, accident, séparatisme
– Le schisme anglais fait rebondir mais ne modifie pas essentiellement
– Pièges psychologiques :
- Majeurs : 1) La « simplicité incompréhensible », le changement d’empire.
2) Fédéralisme – épanouissement
- Mineurs :

Synthèse générale

Nos efforts vont porter sur de grandes courbes ; c’est une histoire légitime. Les détails sont nécessaires pour satisfaire l’esprit, mais nous manquons trop souvent de l’esprit de synthèse…

AVANT 1760 : UN CANADA

Tout est là. Donc pas question d’infériorité économique ou culturelle à l’intérieur.
Il pouvait bien y avoir :
- infériorité de voisinage (quelle nation en est exempte) ;
- sentiment de tutelle par la mère-patrie (situation de l’enfant à l’endroit de ses parents).

A.- Étude générale de ce seul Canada

I – Une colonie de même nature que les autres à la même époque

Colonie de même nature que celles qui existaient à la même époque : la colonisation du Canada (la vallée du Saint-Laurent) représente un phénomène de même nature que la colonisation des autres colonies (comme les colonies d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal).

1- similitude :
(en comparaison avec la colonisation anglaise)

a) de cause : deux métropoles de même nature, deux nations d’Europe parvenues à peu près au même degré de civilisation, deux organismes sociaux, deux organismes économiques, deux cultures… semblables.

b) d’intention : les deux métropoles poursuivent le même but, qu’il soit visé spontanément ou lucidement. Ce qu’elles recherchent : établir des populations, des provinces d’outre-mer (pas question de fonder des nations qui seront un jour indépendante).

c) de peuplement :

2- caractères généraux similaires :

La France projette une nouvelle province, une colonie apte à devenir une nation.

Le Canada est devenu :

a) une colonie « organique » :

Il ne s’agit pas ici d’envoi d’individus, de colons français qui vont entrer dans un autre organisme. C’est l’organisation d’une société civile, d’un organisme politique qui doit encadrer une collectivité par l’organisation de cadres politiques, économiques, culturels ; c’est aussi l’organisation d’une société religieuse. Ce ne sont donc pas des immigrants…

b) une colonie « intégrale » : au civil.

Un organisme doué de toutes ses parties, complet.

Secteur économique : un système complexe canadien bâti par la France ; il a ses racines dans la Métropole et est orienté jusqu’à un [certain] point sur les besoins de la Métropole.

Nécessité du rôle de l’agriculture : c’est logique au début (même chose aux États-Unis). Il faut non seulement nourrir les colons, mais c’est la façon la plus économique de faire travailler les gens… c’est partout d’ailleurs l’époque de l’agriculture.
À la conquête 80 % étaient des ruraux,

Rôle du commerce :

Au début la fourrure, puis le blé et la farine. La colonie ne peut produire tout ce dont elle a besoin… il faut acheter de l’extérieur… il faut un surplus de marchandises pour exporter… Il se crée bien vite une bourgeoisie, une classe d’hommes d’affaires. Les grands commerçants sont les premiers à prendre le nom d’habitants ; ils [constituent] le premier corps organisé… les bourgeois de Québec et de Montréal.

L’État métropolitain va favoriser le développement économique de la colonie ; ses représentants ne travaillent pas toujours 100 % à cela – certains sont corrompus, mais c’est l’intérêt même de la métropole que de travailler au développement économique de la colonie : le développement économique du Canada français. Une armée qui garde et protège ce développement ; il s’appuie sur les capitaux français. Nous étions maître de notre vie économique.

L’État métropolitain organise (Talon) : l’intendant est nommé par la France, mais il travaille au développement de la vie canadienne, 100 % de pouvoir ; il n’a pas à composer, à partager. Toute la taxation employée à la vie canadienne… les rivaux sont à la frontière. Nous sommes maîtres alors, parce que seuls.

Industrie : forges et construction de navires (selon les possibilités et l’époque). Talon [écrit] : « c’est le commerce qui fait l’âme de l’établissement » (c'est-à-dire de la colonie).

Secteur politique : système un.

Un gouvernement colonial, concedo ; les chefs sont nommés par la métropole, c’est vrai, mais on recherche les intérêts d’un seul Canada. Une autorité locale qui défend contre l’Angleterre la vie du Canada français. Les subsides métropolitains ont peut-être été insuffisants, mais il ne faut pas voir seulement le côté négatif, il y a eu du positif.

Secteur culturel : (suite à la prochaine chronique)


RÉFÉRENCES :

Maurice SÉGUIN, « Synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas. » Notes de cours établies probablement par les étudiants qui ont suivi le cours HIST 585 intitulé « Introduction à l’histoire du Canada » en 1961-1962. Description : « Sociologie du national. Les principales explications historiques de l’évolution des deux Canadas. » (Université de Montréal, Département d’histoire.)

W. J. ECCLES, « La société en Nouvelle-France. » Document que nous pouvons trouver sur le site du Séminaire de Sherbrooke, s.d. Consulter : http://www.seminaire-sherbrooke.qc.ca/hist/hist4/Enrichi/societe.htm
Nous conseillons la lecture de cet exposé qui illustre la vie de la colonie française du Canada sous le Régime français. De nombreux mythes s’effondreront à la lecture de cette DESCRIPTION DE LA VIE POLITIQUE, ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET CULTURELLE DES CANADIENS AVANT 1760, dans ce PREMIER CANADA. Comme le fait remarquer d’entrée de jeu Maurice Séguin : «TOUT EST LÀ. DONC PAS QUESTION D’INFÉRIORITÉ ÉCONOMIQUE OU CULTURELLE À L’INTÉRIEUR. »

Du même auteur :

Le gouvernement de la Nouvelle-France. Publication de la Société historique du Canada, 1966. Brochure no 18.
Source : http://www.collectioncanada.ca/cha-shc/002013-119.01-f.php?&booklet_id=H-18&page_sequence_nbr=1&browse=yes&&page_id_nbr=4668763&&&PHPSESSID=0lrgceojkt7tqg8mfq7gf3p7j7

XXX. « La société canadienne en Nouvelle-France. » Un tableau des forces et des faiblesses des sociétés coloniales anglaises et françaises en 1745.
Source : http://www.recitus.qc.ca/html/tache_meq/primaire/bloc2_diffusion/Jour%202/4_feuille_cd3_socnf_treize_colonies_1745.pdf

mercredi 28 février 2007

La logique historique est-elle noire, rose, bleue ou jaune ?

Histoire - La logique noire de Maurice Séguin
Michel Lapierre, UQAM
Le Devoir, Édition du samedi 24 et du dimanche 25 février 2007

Laissons répondre Maurice Séguin au sujet de la thèse de la nouvelle interprétation :

« Elle se veut une tentative de faire la synthèse des deux séries d'interprétations traditionnelles.

Elle est naturellement rejetée, parce qu'elle laisse tomber l'optimisme réconfortant des deux traditions :

1° par les Fédéralistes optimistes,
2° et les Indépendantistes optimistes.

D'où vient le nom d'histoire noire donné à cette interprétation indépendantiste pessimiste. »

Autrement dit,

[1] à la thèse de l'indépendance à deux, elle répond par la thèse de l’indépendance à une seule nation.

[2] Quant à la thèse du refus ou de la perte de l’indépendance par accident, elle oppose la thèse de l’annexion canadienne-française comme une conséquence normale de la conquête.

Au fond, elle n’est pessimiste que parce qu’elle laisse tomber les tentatives d’interprétations récurrentes de l’optique fédéraliste de l’égalité politique, de la réforme du fédéralisme ou de l’indépendance comme possible assez facilement.

Des explications supplémentaires par Bruno Deshaies :

« MAURICE SÉGUIN OCCUPE-T-IL UNE PLACE UNIQUE DANS L'HISTORIOGRAPHIE ? »

Exposé présenté au colloque de la Chaire Hector-Fabre autour de la pensée de Maurice Séguin (octobre 2005) Réf. : Vigile.net, Chronique du jeudi 19 octobre 2006. http://archives.vigile.net/06-10/19-262.doc

Quant au baratin du critique de Maurice Séguin au sujet du gouvernement responsable en 1848, il faut dire que cet événement n'a jamais rendu les Québécois-Français indépendants pas plus que la création de la Province of Quebec en 1867.

Pour ceux et celles qui aimeraient comprendre cette « nouvelle interprétation », je leur conseillerais de lire attentivement Histoire de deux nationalismes au Canada (Guérin, Éditeur, 1997). Texte établi, présenté et annoté par Bruno Deshaies dans la collection Bibliothèque d'histoire sous la direction d'André Lefebvre.

Quant au compte rendu de Michel Lapierre, il ne reflète pas correctement les propos tenus au colloque sans compter que cette édition des Actes est partiale. De plus, l'éditeur aurait dû prendre ses responsabilités.

Bruno Deshaies
Montréal, 28 février 2007

P.-S. Réaction dans Le Devoir, mercredi 28 février 2007. Voir : http://www.ledevoir.com/2007/02/24/commentaires/0702280033229.html

vendredi 5 janvier 2007

Nation québécoise

Maurice Séguin se pose la question suivante :

« Une substitution peut-elle être pour le mieux ? »

Il répond :

« Il ne saurait exister [pour une nation] de substitution permanente pour le mieux, tant que survit la collectivité remplacée ou que l’assimilation n'est pas totale. » (Les Normes, Chapitre I, sect. 2.)

Le débat sur la nation québécoise tourne principalement autour de cette question. Les avis des fédéralistes vont dans un sens, ceux des souverainistes dans un autre et finalement tout devient très mêlé. Il semble que chaque groupe a intérêt à rendre le moins clair possible ce qui devrait l'être.

Pour s'y retrouver, voici un aperçu sur quelques sens accordés au terme de «nation » selon Maurice Séguin.

3.2 TENTATIVE DE DÉCRIRE LA NATION

3.2.0 Plusieurs sens accordés au terme « la nation »

Le terme « la nation » peut revêtir plusieurs sens :

3.2.1 La nation au sens le plus général

La nation ou nationalité est un groupe humain qui est arrivé à se reconnaître distinct pour de multiples raisons, très variables, pas toutes nécessaires à la fois.

PAR EXEMPLE :

· une commune origine, selon la croyance acceptée et qui se perd dans le temps ;
· une commune langue,
· des traditions communes, une même histoire,
· l’occupation d’un même territoire,
· un impératif géographique,
· un accident historique,
· un partage dynastique ou
· un découpage impérialiste aux effets durables...
· etc.

3.2.2 La nation au sens étatique, juridique

3.2.2.1 C’est-à-dire : l’État-Nation ou l’ensemble d’individus de même origine ou de diverses origines, encadrés de gré ou de force dans un système juridique, constitutionnel, système doté de la souveraineté politique.

3.2.2.2 Dans ce cas, l’accent est mis sur l’État, sur l’aspect politique.

3.2.2.3 L’État-Nation est un groupe de nations ou une seule nation (sens général), le tout soumis à l’action et aux lois d’un gouvernement souverain.

3.2.3 La nation au sens sociologique, culturel surtout

3.2.3.1 C’est un groupe distinct et différent qui semble s’être formé spontanément. Un milieu avant tout culturel qui imprègne, caractérise l’individu.

On insiste sur l’unité (et la valeur) de la culture distincte et différente de la communauté.

On paraît moins s’intéresser à l’organisation politique. Souvent on admet la nécessité d’une économie nationale mais sans trop s’interroger sur ses rapports avec le politique.

3.2.4 La nation au sens intégral

3.2.4.a) Principes fondamentaux menant à l’idée de nation au sens intégral

3.2.4.a.1) L’agir (par soi) collectif est possible dans tous les aspects.

L’agir (par soi) collectif
est POSSIBLE dans tous les aspects et
PEUT s’étendre à tous les domaines
· à l’intérieur, comme à l’extérieur (cf. NOTE).

[Positivement, cet agir (par soi) collectif signifie :]

En politique :
commander sa propre vie, posséder son autonomie interne et externe, jouir de la pleine autodétermination politique, avoir son « self-government » complet.

En économique :
gérer sa propre vie économique…

Au culturel :
maîtriser sa propre vie culturelle…

[Il est impératif de :]

Ne pas réduire à un seul aspect :
- à l’autodétermination politique,
- à la possession de son économie,
- à la maîtrise de sa culture.


Source : Les Normes, chapitre III. Extraits.


NOTE. - Il faut considérer que l’« agir (par soi) collectif » ne se limite pas uniquement aux domaines intérieurs de la vie politique, économique et culturelle. Il se rapporte aussi et obligatoirement aux domaines extérieurs. La vie complète d’une communauté ne peut se limiter au « Social » ou se contenter du « National » uniquement à l’interne, par exemple, ni se satisfaire de la perspective de la nation au sens sociologique, étatique ou général seulement. Pour comprendre l’étendue des domaines de la vie d’une société, il faut nécessairement considérer deux aspects : le national et le social. Comme l’indique Maurice Séguin dans l’une de ses normes : le national se rapporte « aux relations avec les autres collectivités », tandis que le social concerne surtout « le sort des personnes et la répartition des biens à l’intérieur d’une société » (cf. Les Normes, chapitre IV). La nation au sens intégral englobe ces deux facettes de la nation et encore plus par la volonté d’agir (par soi) collectivement en politique, en économique et au culturel.

Bruno Deshaies
Montréal, 5 janvier 2007

samedi 30 décembre 2006

Deux attitudes en face de l’histoire nationale du Canada français

L’Académie de l’indépendance

Document

Le texte qui suit est extrait de L’idée d’indépendance au Québec (cf. RÉF. ci-dessous). Cette première de trois conférences de Maurice Séguin télévisées et diffusées par Radio-Canada les 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962 remonte à 44 ans. Il s’agit de l’introduction à l’étude et à l’analyse de l’idée d’indépendance dans l’histoire nationale du Canada français. Malgré le temps écoulé, ces trois paragraphes d’introduction historiographique sont d’une clarté sans équivoque sur le drame du peuple québécois-français. Les derniers débats qui font rage en ce moment nous montrent à quel point la situation n’a pas changé depuis 170 ans.

Les
deux Stephen/Stéphane, Harper et Dion, incarnent la première attitude qui est « la position la plus répandue ». Ils ne changeront JAMAIS d’idées. Jean Charest, Benoît Pelletier et combien d’autres endossent ce point de vue ? Ils sont des millions comme eux au Canada dans son entier. La minorité anglophone du Québec ne joue que son rôle de prolongement du pouvoir canadian en sol québécois. Ce sont les défenseurs fanatiques du régime de l’union fédérale canadian à tout prix.

L’autre attitude considère qu’« être un peuple minoritaire dans une fédération, c’est être un peuple annexé ». Chez les indépendantistes, cette position n’est hélas ! pas toujours très bien comprise. Les souverainistes qui se bombent le torse au sujet de la nation québécoise sont-ils prêts à soutenir ouvertement que « l’indépendance complète est absolument nécessaire » ? Jusqu’à ce jour, ils s’en sont montrés incapables, parlant plutôt d’association, de partenariat et même de reconfédération (sic !). La déclaration récente de Gilles Duceppe à Québec est une coquille vide. Que signifie exactement cette déclaration : « Tout ce qui nous manque, c’est un pays. » Les vrais indépendantistes ne peuvent « se contenter d’une fraction d’indépendance » contrairement aux fédéralistes qui se contentent « d’un partage de pouvoirs dans une union fédérale ». Pour les souverainistes, péquistes ou bloquistes, peuvent-ils se contenter de « ramener [d’Ottawa] tous les pouvoirs, ici, au Québec » ? Est-ce comme dire « ramener le chômage à 5 % » ? Ou bien est-ce vouloir tout ramener à la situation antérieure ? Nous connaissons pourtant cette situation, c’est celle de la SUJÉTION (antonyme : indépendance) !

Dans l’optique indépendantiste, « l’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national ». L’indépendance complète « est à rechercher en elle-même comme un bien ». Pour faire passer cette autre attitude dans la pensée politique des Québécois, ses défenseurs ont besoin du nombre et aussi de moyens financiers considérables s’ils veulent persuader la population québécoise que ce CHOIX est un bien en soi – une nécessité de sa libération nationale complète.

Bruno Deshaies


RÉFÉRENCE : Maurice Séguin, L’idée d’indépendance au Québec. Genèse et historique. 2e éd., Trois-Rivières, Les éditions du Boréal Express, 1971, p. 9-10. (Coll. « 17/60 »).

  • TEXTE DE MAURICE SÉGUIN (1962)
Fédéralisme et indépendantisme


Devant le sens à donner à l’histoire du Canada français, les esprits adoptent deux attitudes.

[Première attitude]

La position la plus répandue, celle qui depuis 1840 domine l’interprétation traditionnelle de l’histoire du Canada, se rattache à l’idéologie fédéraliste. Constatant que la nationalité, l’ordre communautaire spontané, ne se confond pas nécessairement avec l’État, cette école conclut qu’une collectivité minoritaire peut accepter un partage de pouvoirs dans une union fédérale, consentir à une certaine centralisation sans perdre pour autant la maîtrise de l’essentiel de sa vie nationale et qu’elle peut conserver ses chances d’épanouissement politique, économique et culturel. C’est la thèse des autonomistes qui croient pouvoir se contenter d’une fraction d’indépendance.

[Seconde attitude]

L’autre attitude, très peu répandue après 1840 chez un peuple où l’on a abondamment parlé de nationalité et de nationalisme, pousse jusqu’à ses conclusions logiques la notion d’autonomie pour aboutir au principe des nationalités dans toute sa rigueur. ÊTRE UN PEUPLE MINORITAIRE DANS UNE FÉDÉRATION, C’EST ÊTRE UN PEUPLE ANNEXÉ. L’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national. Il n’y a pas d’égalité politique entre le peuple majoritaire et le peuple minoritaire dans n’importe quelle fédération. Le peuple majoritaire a, à sa disposition, l’autonomie interne et externe. Le peuple minoritaire ne peut mettre à son service qu’une autonomie interne.

[Conclusion : « l’indépendance complète est absolument nécessaire ».]

L’annexion politique, dans une économie moderne et dynamique, entraîne inévitablement la subordination économique. L’infériorité politique et l’infériorité économique se conjuguent en s’aggravant. La culture elle-même, au sens le plus général du terme, intimement liée aux réalités politiques et économiques, est fortement perturbée au point qu’on ne peut même pas parler, pour le peuple minoritaire, de véritable autonomie culturelle. Pour cette école indépendantiste, l’indépendance complète est absolument nécessaire. Elle est à rechercher en elle-même comme un bien et elle est considérée comme un moyen irremplaçable pour assurer une maîtrise suffisante de la vie économique et culturelle.

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Le blog de Louis Bernard
Bruno Deshaies : « Indépendance ou sujétion »

Source : http://blogscienceshumaines.blogspot.com/search?q=blog+de+louis+bernard