Communication présentée par le professeur Maurice Séguin du Département d'histoire de l'Université de Montréal
Réunion annuelle de la Canadian Historical Association à l'Université de Montréal en juin 1956.
I. LE CONCEPT DE L'INDÉPENDANCE D'UNE COLLECTIVITÉ.
TENIR COMPTE DES AUTRES, MAIS AGIR PAR SOI-MÊME
o Indépendance n'est pas synonyme d'agir sans les autres,
o L'essence même de l'indépendance c'est d'agir (par soi-même).
L'AUTO-DÉTERMINATION : LE BIEN SUPRÊME ; SON ABSENCE : UN MAL RADICAL
o L'agir par soi est le substratum de la vie d'une collectivité.
o Toute privation d'indépendance est synonyme d'oppression.
L'INDÉPENDANCE À DEUX EST UNE IMPOSSIBILITÉ sur un même territoire
o Impossible de posséder chacun sa propre indépendance ;
o Impossible de posséder en commun une même indépendance.
ÊTRE ANNEXÉ À UN PEUPLE INDÉPENDANT N'EST PAS ÊTRE INDÉPENDANT
o Pas même être BIEN annexé.
L'ANNEXION ENGENDRE LA MÉDIOCRITÉ GÉNÉRALE COLLECTIVE
o Un milieu provincial.
o Une culture anémique.
N. B. : L'édition de 1956 comportait, dans l'énumération, cette autre note : « Un peuple annexé n'est pas intéressant. » En 1965-1966, cette phrase a été supprimée par Maurice Séguin.
VIVRE ou MOURIR - ou bien VÉGÉTER
o Indépendance,
o Assimilation totale.
o Annexion - survivance.
II. LA COURBE HISTORIQUE DE L'INDÉPENDANCE DES DEUX CANADAS.
AVANT 1760 : FONDEMENT DE L'INDÉPENDANCE D'UN CANADA FRANÇAIS
EN 1760 : DÉMOLITION DES POSSIBILIÉS D'INDÉPENDANCE DU CANADA :
NAISSANCE DU CANADA ANGLAIS
DÈS 1760 ET APRÈS 1760 : UNE GUERRE DE RACES
UNE ISSUE : ANNEXER LE CANADA FRANÇAIS
o Une guerre de races pour L'INDÉPENDANCE nationale.
o 1783 et 1791 aggravent et prolongent la guerre de races.
o Un dilemme : choisir entre le Canada du passé et le Canada de l'avenir.
o Vers 1824, la seule solution possible commence à se préciser :
- l'annexion du Canada français,
- l'annexion avec ménagements.
o En 1840, cette solution de base est appliquée.
o Bagot n'a pas trahi Durham.
o Et les réformistes n'ont pas modifié le caractère du régime.
o 1867 ne fait que reprendre l'arrangement de 1840.
UN SIÈCLE APRÈS 1760 : UN CANADA ANGLAIS NATION.
UN CANADA FRANÇAIS PROVINCE.
o Deux nations anglaises, une province française;
o Ou plus exactement : une province semi-française.
o Un peuple majeur indépendant et un peuple mineur annexé.
o Le drame des deux impossibles et de l'inévitable survivance.
- impossible indépendance.
- impossible disparition.
o inévitable survivance dans la médiocrité.
o La justesse de l'arrangement constitutionnel de 1867, en 1867. [Pour l'édition de 1965-1966, Séguin ajoute « en 1867 ».]
DEUX SIÈCLES APRÈS 1760 : MÊME CONTEXTE :
o Toujours au lendemain de 1760.
o Une défaite organique qui n'a rien perdu de son intensité.
o Toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner.
o Les mêmes relations commandent leur coexistence.
[Pour l'édition de 1965-1966, Séguin ajoute cette dernière note dans l'énumération.]
o Parmi les Canadiens français ,
- les croulants (de 15 à 90 ans) acceptent…
- les jeunes (de 15 à 90 ans) se révoltent.
N. B. : Dans l'édition de ce texte, nous avons respecté la ponctuation originale ainsi que sa présentation matérielle (hormis les pastilles énumératives). Il s'agit de la dernière version éditée par Maurice Séguin.
NOTE PARTICULIÈRE :
La présente version provient de la feuille du cours HC.480 / 1965-66, non-paginée, et identifiée « REMAKE REVISÉ » (in Fonds Maurice-Séguin, ancienne cote P221, 2454/63/8/6/2). Nous indiquons les quelques modifications apportées par Maurice Séguin à la première version qui avait été publiée par la Canadian Historical Association dans le Rapport annuel, 1956, p. 83-84.
POUR LES SCEPTIQUES :
Maurice Séguin, L'idée d'indépendance au Québec. Genèse et historique. Trois-Rivières, Les Éditions Boréal Express, 1971, 67 p. (Coll. « 1760 »). La mise au point de l'appareil critique a été effectuée par M. André Lefebvre. Publication de trois conférences prononcées à la télévision de Radio-Canada les 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962.
samedi 8 novembre 2008
lundi 1 septembre 2008
Un secret pour comprendre l’optique indépendantiste
Une lecture inattendue
Le texte que nous vous offrons ci-dessous en lecture a été écrit par Guy de Maupassant en 1888. Il s’agit de la Préface à l’édition originale du roman Pierre et Jean. Elle constitue une analyse qui traite du « Roman » comme forme de composition littéraire. C’est d’ailleurs le titre même de la Préface – une sorte de manifeste qui a fait du bruit à son époque.
Cent vingt ans plus tard, cette préface sur le roman nous révèle plus qu’une sorte d’exercice pour le plaisir des écrivains, mais un discours sur la composition d’une œuvre et du rôle de l’écrivain dans son œuvre. Mais encore plus. Maupassant va plus loin. Il veut comprendre les « procédés de composition » qui sont exercés par chacun de nous. Que ce soit pour un romancier ou pour un historien ou pour un citoyen, le processus est similaire. « Faire vrai. écrit-il, consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. »
Par exemple, un indépendantiste a sa propre « logique ordinaire des faits » et ce qu’il a à dire doit être exprimé clairement. Ainsi se pose le problème de la communication. Il faut donc apprendre à dire correctement la chose à dire.
Maupassant s’explique :
« Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l’animer et qu'un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'à ce qu'on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté. (*)
On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau :
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.
Il n'est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu'on nous impose […].
…mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe. »
Ce travail est exigeant. Si bien que Maupassant ajoute cette nuance : « Je compris ensuite que les écrivains les plus connus n'ont presque jamais laissé plus d'un volume et qu'il faut, avant tout, avoir cette chance de trouver et de discerner, au milieu de la multitude des matières qui se présentent à notre choix, celle qui absorbera toutes nos facultés, toute notre valeur, toute notre puissance artiste. »
C’est peut-être ça le secret de cette lecture inattendue.
Bruno Deshaies
Montréal, 1er septembre 2008
________________
(*) Un exemple de style de Maupassant dans Pierre et Jean :
La sortie en mer de Mme Roland.
« Cette sortie en mer l’avait ravie. […] Depuis le départ elle s’abandonnait tout entière, tout son esprit et toute sa chair, à ce doux glissement sur l’eau. Elle ne pensait point, elle ne vagabondait pas ni dans les souvenirs ni dans les espérances, il lui semblait que son cœur flottait comme son corps sur quelque chose de moelleux, de fluide, de délicieux, qui la berçait et l’engourdissait. » (Dans la Collection Parcours d’une œuvre sous la direction de Michel Laurin, Groupe Beauchemin, éditeur ltée, p. 17.)
=======================================================================
Guy de Maupassant (1850-1893)
“Le Roman”
(Préface à Pierre et Jean, 1888)
EXTRAITS
//258// Contester le droit d'un écrivain de faire une œuvre poétique ou une œuvre réaliste, c'est vouloir le forcer à modifier son tempérament, récuser son originalité […]
Lui reprocher de voir les choses belles ou laides, petites ou épiques, gracieuses ou sinistres, c'est lui reprocher d'être conformé de telle ou telle façon et de ne pas avoir une vision concordant avec la nôtre.
Laissons-le libre de comprendre, d'observer, de concevoir comme il lui plaira, pourvu qu'il soit un artiste. Devenons poétiquement exaltés pour juger un idéaliste et prouvons-lui que son rêve est médiocre, banal, pas assez fou ou magnifique. Mais si nous jugeons un naturaliste, montrons-lui en quoi la vérité dans la vie diffère de la vérité dans son livre.
Il est évident que des écoles si différentes ont dû employer des procédés de composition absolument opposés.
Le romancier qui transforme la vérité constante, brutale et déplaisante, pour en tirer une aventure exceptionnelle et séduisante, doit, sans souci exagéré de la vraisemblance manipuler les événements à son gré, les préparer et les arranger pour plaire au lecteur, l'émouvoir ou l'attendrir. Le plan de son roman n'est qu'une série de combinaisons ingénieuses conduisant avec adresse au dénouement. Les incidents sont disposés et gradués vers le point culminant et l'effet de la fin, qui est un événement capital et décisif, satisfaisant toutes les curiosités éveillées au début, mettant une barrière à l'intérêt, et terminant si complètement l'histoire racontée qu'on ne désire plus savoir ce que deviendront, le lendemain, les personnages les plus attachants.
[…]
//260// En somme, si le Romancier d'hier choisissait et racontait les crises de la vie, les états aigus de l'âme et du cœur, le Romancier d'aujourd'hui écrit l'histoire du cœur, de l'âme et de l'intelligence à l'état normal. Pour produire l'effet qu'il poursuit, c'est-à-dire l'émotion de la simple réalité, et pour dégager l'enseignement artistique qu'il en veut tirer, c'est-à-dire la révélation de ce qu'est véritablement l'homme contemporain devant ses yeux, il devra n'employer que des faits d'une vérité irrécusable et constante.
Mais en se plaçant au point de vue même de ces artistes réalistes, on doit discuter et contester leur théorie qui semble pouvoir être résumée par ces mots : "Rien que la vérité et toute la vérité."
Leur intention étant de dégager la philosophie de certains faits constants et courants, ils devront souvent corriger les événements au profit de la vraisemblance et au détriment de la vérité, car le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s'impose donc, - ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, //261// illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers.
Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l'à-côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre. Mais pouvons-nous faire tomber une tuile sur la tête d'un personnage principal, ou le jeter sous les roues d'une voiture, au milieu d'un récit, sous prétexte qu'il faut faire la part de l'accident ?
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L'art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu'on veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes.
Quel enfantillage, d'ailleurs, de croire à la réalité puisque nous portons chacun la nôtre dans notre pensée et dans nos organes. Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût différents créent autant de vérités qu'il y a d'hommes sur la terre. Et nos esprits qui reçoivent les instructions de ces organes, diversement impressionnés, comprennent, analysent et jugent comme si chacun de nous appartenait à une autre race.
Chacun de nous se fait donc simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre suivant sa nature. Et l'écrivain n'a d'autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut disposer.
Illusion du beau qui est une convention humaine ! Illusion du laid qui est une opinion changeante ! Illusion du vrai jamais immuable ! Illusion de l'ignoble qui attire tant d'êtres ! Les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière.
//262// Ne nous fâchons donc contre aucune théorie puisque chacune d'elles est simplement l'expression généralisée d'un tempérament qui s'analyse.
[…]
//265// Deux hommes par leurs enseignements simples et lumineux m'ont donné cette force de toujours tenter : Louis Bouilhet et Gustave Flaubert.
Si je parle ici d'eux et de moi, c'est que leurs conseils, résumés en peu de lignes, seront peut-être utiles à quelques jeunes gens moins confiants en eux-mêmes qu'on ne l'est d'ordinaire quand on débute dans les lettres.
Bouilhet, que je connus le premier d'une façon un peu intime, deux ans environ avant de gagner l'amitié de Flaubert, à force de me répéter que cent vers, peut-être moins, suffisent à la réputation d'un artiste, s'ils sont irréprochables et s'ils contiennent l'essence du talent et de l'originalité d'un homme même de second ordre, //266// me fit comprendre que le travail continuel et la connaissance profonde du métier peuvent, un jour de lucidité, de puissance et d'entraînement, par la rencontre heureuse d'un sujet concordant bien avec toutes les tendances de notre esprit, amener cette éclosion de l'œuvre courte, unique et aussi parfaite que nous la pouvons produire.
Je compris ensuite que les écrivains les plus connus n'ont presque jamais laissé plus d'un volume et qu'il faut, avant tout, avoir cette chance de trouver et de discerner, au milieu de la multitude des matières qui se présentent à notre choix, celle qui absorbera toutes nos facultés, toute notre valeur, toute notre puissance artiste.
Plus tard, Flaubert, que je voyais quelquefois, se prit d'affection pour moi. J'osai lui soumettre quelques essais. Il les lut avec bonté et me répondit : "je ne sais pas si vous aurez du talent. Ce que vous m'avez apporté prouve une certaine intelligence, mais n'oubliez point ceci, jeune homme, que le talent - suivant le mot de Buffon - n'est qu'une longue patience. Travaillez."
[…]
//267// Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l'animer et qu'un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'à ce qu'on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté.
On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau :
Il n'est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu'on nous impose aujourd'hui sous le nom d'écriture artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée ; mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe. Ayons moins de noms, de verbes et d'adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d'être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares.
Il est, en effet, plus difficile de manier la phrase à son gré, de lui faire tout dire, même ce qu'elle n'exprime pas, de l'emplir de sous-entendus, d'intentions secrètes et non formulées, que d'inventer des expressions nouvelles ou de rechercher, au fond de vieux livres inconnus, toutes celles dont nous avons perdu l'usage et la signification, et qui sont pour nous comme des verbes morts.
RÉFÉRENCE :
Guy de MAUPASSANT, Pierre et Jean, Montréal, Beauchemin, 2001, 271 p. Texte intégral. Édition présentée, annotée et commentée par Nicole Kougioumoutzkis (Coll. « Parcours d’une œuvre » sous la direction de Michel Laurin). ISBN : 2-7616-1215-9. ICI pour l’une des éditions électroniques en ligne :
http://www.actualitte.com/ressources/84-Guy-Maupassant-Pierre-Jean-Preface.htm
Les numéros de pages réfèrent à l’édition Beauchemin (aujourd.hui La Chenelière).
Le texte que nous vous offrons ci-dessous en lecture a été écrit par Guy de Maupassant en 1888. Il s’agit de la Préface à l’édition originale du roman Pierre et Jean. Elle constitue une analyse qui traite du « Roman » comme forme de composition littéraire. C’est d’ailleurs le titre même de la Préface – une sorte de manifeste qui a fait du bruit à son époque.
Cent vingt ans plus tard, cette préface sur le roman nous révèle plus qu’une sorte d’exercice pour le plaisir des écrivains, mais un discours sur la composition d’une œuvre et du rôle de l’écrivain dans son œuvre. Mais encore plus. Maupassant va plus loin. Il veut comprendre les « procédés de composition » qui sont exercés par chacun de nous. Que ce soit pour un romancier ou pour un historien ou pour un citoyen, le processus est similaire. « Faire vrai. écrit-il, consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. »
Par exemple, un indépendantiste a sa propre « logique ordinaire des faits » et ce qu’il a à dire doit être exprimé clairement. Ainsi se pose le problème de la communication. Il faut donc apprendre à dire correctement la chose à dire.
Maupassant s’explique :
« Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l’animer et qu'un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'à ce qu'on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté. (*)
On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau :
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.
…mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe. »
Ce travail est exigeant. Si bien que Maupassant ajoute cette nuance : « Je compris ensuite que les écrivains les plus connus n'ont presque jamais laissé plus d'un volume et qu'il faut, avant tout, avoir cette chance de trouver et de discerner, au milieu de la multitude des matières qui se présentent à notre choix, celle qui absorbera toutes nos facultés, toute notre valeur, toute notre puissance artiste. »
C’est peut-être ça le secret de cette lecture inattendue.
Bruno Deshaies
Montréal, 1er septembre 2008
________________
(*) Un exemple de style de Maupassant dans Pierre et Jean :
La sortie en mer de Mme Roland.
« Cette sortie en mer l’avait ravie. […] Depuis le départ elle s’abandonnait tout entière, tout son esprit et toute sa chair, à ce doux glissement sur l’eau. Elle ne pensait point, elle ne vagabondait pas ni dans les souvenirs ni dans les espérances, il lui semblait que son cœur flottait comme son corps sur quelque chose de moelleux, de fluide, de délicieux, qui la berçait et l’engourdissait. » (Dans la Collection Parcours d’une œuvre sous la direction de Michel Laurin, Groupe Beauchemin, éditeur ltée, p. 17.)
=======================================================================
Guy de Maupassant (1850-1893)
“Le Roman”
(Préface à Pierre et Jean, 1888)
EXTRAITS
//258// Contester le droit d'un écrivain de faire une œuvre poétique ou une œuvre réaliste, c'est vouloir le forcer à modifier son tempérament, récuser son originalité […]
Lui reprocher de voir les choses belles ou laides, petites ou épiques, gracieuses ou sinistres, c'est lui reprocher d'être conformé de telle ou telle façon et de ne pas avoir une vision concordant avec la nôtre.
Laissons-le libre de comprendre, d'observer, de concevoir comme il lui plaira, pourvu qu'il soit un artiste. Devenons poétiquement exaltés pour juger un idéaliste et prouvons-lui que son rêve est médiocre, banal, pas assez fou ou magnifique. Mais si nous jugeons un naturaliste, montrons-lui en quoi la vérité dans la vie diffère de la vérité dans son livre.
Il est évident que des écoles si différentes ont dû employer des procédés de composition absolument opposés.
Le romancier qui transforme la vérité constante, brutale et déplaisante, pour en tirer une aventure exceptionnelle et séduisante, doit, sans souci exagéré de la vraisemblance manipuler les événements à son gré, les préparer et les arranger pour plaire au lecteur, l'émouvoir ou l'attendrir. Le plan de son roman n'est qu'une série de combinaisons ingénieuses conduisant avec adresse au dénouement. Les incidents sont disposés et gradués vers le point culminant et l'effet de la fin, qui est un événement capital et décisif, satisfaisant toutes les curiosités éveillées au début, mettant une barrière à l'intérêt, et terminant si complètement l'histoire racontée qu'on ne désire plus savoir ce que deviendront, le lendemain, les personnages les plus attachants.
[…]
//260// En somme, si le Romancier d'hier choisissait et racontait les crises de la vie, les états aigus de l'âme et du cœur, le Romancier d'aujourd'hui écrit l'histoire du cœur, de l'âme et de l'intelligence à l'état normal. Pour produire l'effet qu'il poursuit, c'est-à-dire l'émotion de la simple réalité, et pour dégager l'enseignement artistique qu'il en veut tirer, c'est-à-dire la révélation de ce qu'est véritablement l'homme contemporain devant ses yeux, il devra n'employer que des faits d'une vérité irrécusable et constante.
Mais en se plaçant au point de vue même de ces artistes réalistes, on doit discuter et contester leur théorie qui semble pouvoir être résumée par ces mots : "Rien que la vérité et toute la vérité."
Leur intention étant de dégager la philosophie de certains faits constants et courants, ils devront souvent corriger les événements au profit de la vraisemblance et au détriment de la vérité, car le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s'impose donc, - ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, //261// illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers.
Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l'à-côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre. Mais pouvons-nous faire tomber une tuile sur la tête d'un personnage principal, ou le jeter sous les roues d'une voiture, au milieu d'un récit, sous prétexte qu'il faut faire la part de l'accident ?
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L'art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu'on veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes.
Quel enfantillage, d'ailleurs, de croire à la réalité puisque nous portons chacun la nôtre dans notre pensée et dans nos organes. Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût différents créent autant de vérités qu'il y a d'hommes sur la terre. Et nos esprits qui reçoivent les instructions de ces organes, diversement impressionnés, comprennent, analysent et jugent comme si chacun de nous appartenait à une autre race.
Chacun de nous se fait donc simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre suivant sa nature. Et l'écrivain n'a d'autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut disposer.
Illusion du beau qui est une convention humaine ! Illusion du laid qui est une opinion changeante ! Illusion du vrai jamais immuable ! Illusion de l'ignoble qui attire tant d'êtres ! Les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière.
//262// Ne nous fâchons donc contre aucune théorie puisque chacune d'elles est simplement l'expression généralisée d'un tempérament qui s'analyse.
[…]
//265// Deux hommes par leurs enseignements simples et lumineux m'ont donné cette force de toujours tenter : Louis Bouilhet et Gustave Flaubert.
Si je parle ici d'eux et de moi, c'est que leurs conseils, résumés en peu de lignes, seront peut-être utiles à quelques jeunes gens moins confiants en eux-mêmes qu'on ne l'est d'ordinaire quand on débute dans les lettres.
Bouilhet, que je connus le premier d'une façon un peu intime, deux ans environ avant de gagner l'amitié de Flaubert, à force de me répéter que cent vers, peut-être moins, suffisent à la réputation d'un artiste, s'ils sont irréprochables et s'ils contiennent l'essence du talent et de l'originalité d'un homme même de second ordre, //266// me fit comprendre que le travail continuel et la connaissance profonde du métier peuvent, un jour de lucidité, de puissance et d'entraînement, par la rencontre heureuse d'un sujet concordant bien avec toutes les tendances de notre esprit, amener cette éclosion de l'œuvre courte, unique et aussi parfaite que nous la pouvons produire.
Je compris ensuite que les écrivains les plus connus n'ont presque jamais laissé plus d'un volume et qu'il faut, avant tout, avoir cette chance de trouver et de discerner, au milieu de la multitude des matières qui se présentent à notre choix, celle qui absorbera toutes nos facultés, toute notre valeur, toute notre puissance artiste.
Plus tard, Flaubert, que je voyais quelquefois, se prit d'affection pour moi. J'osai lui soumettre quelques essais. Il les lut avec bonté et me répondit : "je ne sais pas si vous aurez du talent. Ce que vous m'avez apporté prouve une certaine intelligence, mais n'oubliez point ceci, jeune homme, que le talent - suivant le mot de Buffon - n'est qu'une longue patience. Travaillez."
[…]
//267// Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l'animer et qu'un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'à ce qu'on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté.
On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau :
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.
Il n'est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu'on nous impose aujourd'hui sous le nom d'écriture artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée ; mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe. Ayons moins de noms, de verbes et d'adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d'être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares.
Il est, en effet, plus difficile de manier la phrase à son gré, de lui faire tout dire, même ce qu'elle n'exprime pas, de l'emplir de sous-entendus, d'intentions secrètes et non formulées, que d'inventer des expressions nouvelles ou de rechercher, au fond de vieux livres inconnus, toutes celles dont nous avons perdu l'usage et la signification, et qui sont pour nous comme des verbes morts.
O O O
RÉFÉRENCE :
Guy de MAUPASSANT, Pierre et Jean, Montréal, Beauchemin, 2001, 271 p. Texte intégral. Édition présentée, annotée et commentée par Nicole Kougioumoutzkis (Coll. « Parcours d’une œuvre » sous la direction de Michel Laurin). ISBN : 2-7616-1215-9. ICI pour l’une des éditions électroniques en ligne :
http://www.actualitte.com/ressources/84-Guy-Maupassant-Pierre-Jean-Preface.htm
Les numéros de pages réfèrent à l’édition Beauchemin (aujourd.hui La Chenelière).
jeudi 7 août 2008
Entre la légitimité canadienne et le point Omega de l’indépendance
« L’opinion publique peut-elle aller plus vite que celle de ses élites… »
Selon un chroniqueur de Vigile.net, monsieur André Savard, la position des défenseurs de l’indépendance du Québec constituerait « une haute forme de catéchèse » qui serait « le point Omega de l’indépendance ». Quel compliment ! Ne vous trompez pas. Pour monsieur Savard, les indépendantistes négligent « le support de l’opinion publique tel qu’il s’offre aujourd’hui ».
Une question se pose. L’opinion publique peut-elle aller plus vite que celle de ses élites sur le thème de l’indépendance du Québec ? Nos élites nagent dans la confusion et ainsi va l’opinion publique bombardée par la propagande de Radio-Cadenas et tous les supports électroniques très nombreux d’ordre institutionnel qui distillent jour et nuit la pensée fédéraliste. On aimerait bien connaître la pensée du silencieux Gérald Larose sur les propos anthropologiques de monsieur Savard au sujet de l’indépendance collective de la nation québécoise. Que fait le Conseil de la souveraineté en ce moment.
______________
« La position du Québec »
http://www.vigile.net/Nouvel-article,14575
Selon un chroniqueur de Vigile.net, monsieur André Savard, la position des défenseurs de l’indépendance du Québec constituerait « une haute forme de catéchèse » qui serait « le point Omega de l’indépendance ». Quel compliment ! Ne vous trompez pas. Pour monsieur Savard, les indépendantistes négligent « le support de l’opinion publique tel qu’il s’offre aujourd’hui ».
Une question se pose. L’opinion publique peut-elle aller plus vite que celle de ses élites sur le thème de l’indépendance du Québec ? Nos élites nagent dans la confusion et ainsi va l’opinion publique bombardée par la propagande de Radio-Cadenas et tous les supports électroniques très nombreux d’ordre institutionnel qui distillent jour et nuit la pensée fédéraliste. On aimerait bien connaître la pensée du silencieux Gérald Larose sur les propos anthropologiques de monsieur Savard au sujet de l’indépendance collective de la nation québécoise. Que fait le Conseil de la souveraineté en ce moment.
______________
« La position du Québec »
http://www.vigile.net/Nouvel-article,14575
mardi 5 août 2008
Le PI fera-t-il à lui seul l’indépendance du Québec ?
Le PI et le mythe de la division du vote indépendantiste
Éric Tremblay affirme :
« Si tous les indépendantistes ne participent pas au développement du P.I., il en sera fini de l’indépendance. Nous mourrons tous Canadians et plus vite qu’on ne le croit. »
Remarque liminaire :
La situation des Québécois-Français n’est pas de tout repos au sein du Canada. En revanche, l’indépendance du Québec offrirait aux Québécois des moyens supérieurs et plus étendus pour défendre ses intérêts nationaux comme il le pense et comme il le veut dans un nouveau contexte de relations interétatiques et non de subordination politique et d’annexion, soit de subordination sur place tant politique qu’économique et culturelle.
Réaction au texte d’Éric Tremblay (voir le lien à la fin de ce texte) :
4 août 2008
Les indépendantistes se combattent comme des diables dans l’eau bénite. À chacun sa vérité. Pourtant, nous avons une histoire qui peut nous faire comprendre que sans l’union de tous les indépendantistes, aucun parti politique ne sera en mesure de faire à lui seul l’indépendance du Québec. Ils doivent tous se rallier, se mettre ensemble et faire le forcing nécessaire pour METTRE ENFIN AU MONDE LA COALITION AU SEIN D’UN MÊME MOUVEMENT.
La division du vote indépendantiste ne peut pas être un mythe. Lorsqu’un parti politique devient officiellement reconnu par le DGE, il accepte de facto d’entrer en lutte contre les autres partis politiques. Les luttes électorales sont de cette nature et elles demeureront toujours des luttes DANS le régime.
Quant au « si les indépendantistes… », on ne peut pas conclure ipso facto qu’« il en sera fini de l’indépendance » après l’échec du PI. Cette vision est terriblement réductrice des forces agissantes dans l’histoire.
Raisonner de cette manière, c’est supposer que le PI, même s’il gagnait l’élection, n’aurait d’opposition ni au Parlement ni dans la société québécoise et canadienne. Rappelons que quand on est un parti politique officiel, il faut suivre des règles établis par défaut – la démocratie l’exige. Les adversaires du PI lui apprendront à la dure s’il déroge à ces règles ainsi qu’aux normes démocratiques. Ils ne lui feront pas de quartiers. Là, comme ailleurs, c’est la loi du plus fort (ET DANS CE CAS, C’EST LE NOMBRE) qui sera toujours la meilleure comme nous l’a enseigné le fabuliste LaFontaine dans Les animaux malades de la peste.
Il faut maintenant se placer au plan des faits. Par conséquent, évitons donc l’intelligence sophistique (cf. « Bref débat… » ci-dessous).
Annexion ou indépendance ?
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2008/08/annexion-ou-indpendance-histoire-de.html
Bref débat au sujet de la série de chroniques sur l’histoire des deux Canadas.
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2008/08/bref-dbat-au-sujet-de-la-srie-de.html
Éric Tremblay, « La division du vote indépendantiste : un mythe. »
http://www.vigile.net/La-division-du-vote#
Bruno Deshaies
5 août 2008
Éric Tremblay affirme :
« Si tous les indépendantistes ne participent pas au développement du P.I., il en sera fini de l’indépendance. Nous mourrons tous Canadians et plus vite qu’on ne le croit. »
Remarque liminaire :
La situation des Québécois-Français n’est pas de tout repos au sein du Canada. En revanche, l’indépendance du Québec offrirait aux Québécois des moyens supérieurs et plus étendus pour défendre ses intérêts nationaux comme il le pense et comme il le veut dans un nouveau contexte de relations interétatiques et non de subordination politique et d’annexion, soit de subordination sur place tant politique qu’économique et culturelle.
Réaction au texte d’Éric Tremblay (voir le lien à la fin de ce texte) :
4 août 2008
Les indépendantistes se combattent comme des diables dans l’eau bénite. À chacun sa vérité. Pourtant, nous avons une histoire qui peut nous faire comprendre que sans l’union de tous les indépendantistes, aucun parti politique ne sera en mesure de faire à lui seul l’indépendance du Québec. Ils doivent tous se rallier, se mettre ensemble et faire le forcing nécessaire pour METTRE ENFIN AU MONDE LA COALITION AU SEIN D’UN MÊME MOUVEMENT.
La division du vote indépendantiste ne peut pas être un mythe. Lorsqu’un parti politique devient officiellement reconnu par le DGE, il accepte de facto d’entrer en lutte contre les autres partis politiques. Les luttes électorales sont de cette nature et elles demeureront toujours des luttes DANS le régime.
Quant au « si les indépendantistes… », on ne peut pas conclure ipso facto qu’« il en sera fini de l’indépendance » après l’échec du PI. Cette vision est terriblement réductrice des forces agissantes dans l’histoire.
Raisonner de cette manière, c’est supposer que le PI, même s’il gagnait l’élection, n’aurait d’opposition ni au Parlement ni dans la société québécoise et canadienne. Rappelons que quand on est un parti politique officiel, il faut suivre des règles établis par défaut – la démocratie l’exige. Les adversaires du PI lui apprendront à la dure s’il déroge à ces règles ainsi qu’aux normes démocratiques. Ils ne lui feront pas de quartiers. Là, comme ailleurs, c’est la loi du plus fort (ET DANS CE CAS, C’EST LE NOMBRE) qui sera toujours la meilleure comme nous l’a enseigné le fabuliste LaFontaine dans Les animaux malades de la peste.
Il faut maintenant se placer au plan des faits. Par conséquent, évitons donc l’intelligence sophistique (cf. « Bref débat… » ci-dessous).
Annexion ou indépendance ?
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2008/08/annexion-ou-indpendance-histoire-de.html
Bref débat au sujet de la série de chroniques sur l’histoire des deux Canadas.
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2008/08/bref-dbat-au-sujet-de-la-srie-de.html
Éric Tremblay, « La division du vote indépendantiste : un mythe. »
http://www.vigile.net/La-division-du-vote#
Bruno Deshaies
5 août 2008
lundi 4 août 2008
BREF DÉBAT AU SUJET DE LA SÉRIE DE CHRONIQUES SUR L'HISTOIRE DES DEUX CANADAS
INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 330
Le Canada actuel (30)
Une population dispersée, une grande mosaïque multiculturelle, les résidus d’un Canada-Français bilingue, le Québec toujours province et un CANADA indépendant, mais État-Nation satellite des États-Unis
Bruno Deshaies
Vigile.net, jeudi 19 juin 2008
ICI : http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30
Nous donnons ci-dessous l’opinion d’un internaute sur cette dernière chronique ainsi que notre réponse à son point de vue.
Vos commentaires:
Le Canada actuel (30)
19 juin 2008, par Gilles Bousquet
Vous concluez : « L’histoire du régime de l’Union nous démontre la nécessité d’unir les efforts des souverainistes plutôt que de mener continuellement des luttes intestines. »
Très bien mais, qui va lâcher le premier ses principes et ses idées fixes pour joindre un groupe uni de souverainistes ? Québec solidaire plus à gauche que souverainiste ? Le PI dont les dirigeants pensent que le PQ est un groupe d’arrivistes fédéralistes, trop mous de l’option, l’ADQ qui ne semble plus trop savoir ce qu’il souhaite comme autonomie sauf que ça doit être à droite et dans le Canada ou le parti Vert, full-fédéraliste ?
Le Canada actuel (30)
RÉPONSE :
Doit-on « lâcher le premier ses principes et ses idées fixes » ?
4 août 2008 Bruno Deshaies
Je veux bien respecter l’opinion de cet internaute mais l’ANNEXION c’est l’ANNEXION que ce soit dans une fédération ou une confédération, c’est la même chose. Que le régime soit peu ou très centralisé, ce fait ne change rien aux effets néfastes du fédéralisme d’un point de vue indépendantiste.
À tous les sceptiques, je conseillerais de consulter le célèbre mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste présenté le 13 mars 1954 à la commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels créée par Maurice Duplessis. Le 25 octobre 1954, dans une « Lettre – Préface » à l’occasion de la publication du mémoire, le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Me J.-Eugène Therrien, écrivait :
« Ce volume, intitulé CANADA-FRANÇAIS ET UNION CANADIENNE, s’adresse à tous les Canadiens français qui n’ont pas renoncé à l’avenir de leur nationalité. (p.10) »
Ce mémoire était en quelque sorte un manifeste de 127 pages contre les défenseurs assidus de l’UNITÉ CANADIENNE.
On y lit sous le sous-titre de « Réforme constitutionnelle » l’énoncé suivant :
« Ayant prouvé sa ferme volonté de défendre, sans provocations inutiles, l’autonomie culturelle des Canadiens français, l’État provincial du Québec sera en mesure de demander à son partenaire anglo-canadien de compléter le statut spécial que la constitution de 1867 lui avait accordé. (p. 124) »
Le mémoire ajoute immédiatement certaines précisions :
« La question se ramène toujours à ceci : donner à la minorité canadienne-française, habitant en immense majorité l’État provincial du Québec, le minimum de sécurité pour assurer son autonomie culturelle en s’arc-boutant sur un gouvernement provincial canadien-français capable de le soutenir. (p. 124) »
Cet état d’esprit est brièvement expliqué dans la Conclusion de la section consacrée aux « Relations entre le Québec et le Canada Anglais » (p. 115-125) du mémoire :
« On peut résumer ainsi le programme tracé :
« Il est nécessaire pour les Canadiens français de prendre conscience qu’ils forment une Nation-État (1). De même que les Anglo-Canadiens s’appuient sur le gouvernement central comme sur leur pôle politique naturel, les Canadiens français doivent apprendre à considérer leur gouvernement provincial du Québec comme le gardien légitime du bien commun de leur nationalité. Ils s’efforceront d’en faire un grand gouvernement moderne, pleinement conscient de ses lourdes responsabilités et ayant la ferme volonté et les moyens de s’en acquitter.
« (1) Nous employons l’expression Nation-État dans un sens très particulier. La Conquête de 1760 a enlevé aux Canadiens français la liberté de devenir une Nation-État souveraine. Néanmoins, ils ont obtenu un État provincial qu’ils peuvent mettre au service de leur nationalité. »
À cette conclusion s’ajoute une Conclusion générale où l’on peut lire les intentions des auteurs du mémoire (dont on sait que l’auteur principal fut l’historien Michel Brunet, professeur d’histoire à l’Université de Montréal).
VOIR : http://www.rond-point.qc.ca/histoire/rin/manifeste.html
Pour résumer la position de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, citons deux paragraphes du Chapitre sixième et dernier chapitre du mémoire.
« Ce Mémoire propose un programme politique, économique et social susceptible d’apporter au problème canadien-français une solution moins incomplète que celle que les générations précédentes ont dû improviser. L’heure des cataplasmes est passée. Les Canadiens français de 1954 ont les moyens d’action que leurs ancêtres, malheureusement, n’avaient pas. Sauront-ils les utiliser ?
[…]
Les Canadiens français continueront-ils à se soumettre presque sans réagir aux déterminismes de leur tragique histoire ? Auront-ils le courage de leur opposer une volonté unanime de résistance ? La réponse appartient aux générations actuelles. Celles qui suivront n’auront plus la liberté de choisir. (p. 126 et 127) »
O O O
Maintenant que l’option indépendantiste a été choisie par une bonne partie de la population québécoise, faut-il continuer à en débattre éternellement ?
L’indépendance n’est pas une question de générations ou d’individus, c’est un SUJET collectif, NATIONAL.
Ce problème ayant été débattu abondamment au cours de notre histoire, pourquoi faudrait-il, à la fin, revenir inlassablement à la case départ ? Pourquoi imaginer qu’une génération ne peut pas continuer avec l’autre le même combat sans s’arrêter en cours de route à cause de l’âge, de la maladie, de la vieillesse ou de la fin d’une carrière riche de sens et d’accomplissement ? Pourquoi tous ces replis ? Quelle peut en être la justification ? Faut-il croire que les générations successives n’y croyaient pas vraiment ? Si c’était le cas, ce serait une véritable tragédie nationale.
Nous comprenons l’exaspération de monsieur Gilles Bousquet. Nous comprenons qu’il désire trouver une solution pertinente au sort des Québécois-Français comme nous comprenons qu’il a le droit de raisonner dans l’optique fédéraliste. Malheureusement, l’avenir est complètement bloqué et, par conséquent impraticable dans cette direction.
Un coup d’œil sur les deux événements qui suivent pourrait faire réfléchir les sceptiques indépendantistes.
1991 Adoption du rapport Allaire par le Parti libéral du Québec
9 mars 1991. Lors du 25e congrès du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean Allaire présente un rapport intitulé « Le Québec libre de ses choix ». Il presse le gouvernement provincial de récupérer d’Ottawa de larges responsabilités et pouvoirs.
ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp
1994 Tenue du congrès de fondation de l’Action démocratique du Québec
6 janvier 1994. Plus de 600 militants sont réunis à Laval pour prendre part à la formation d’un nouveau parti politique québécois : l’Action démocratique du Québec (ADQ). Satisfait par le travail accompli au cours de ces journées, un des pionniers du parti, Jean Allaire, déclare : « nous sommes le parti de l’avenir ».
ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp
Cette histoire à court terme s’inscrit nécessairement dans la grande histoire des Québécois-Français d’hier à aujourd’hui. Niez ce fait de longue durée, c’est faire la politique de l’autruche. Les beaux parleurs pourront pérorer indéfiniment en appelant à la barre la philosophie politique, le pragmatisme politique, le bon sens du charbonnier, l’appel de la race ou les récits historiques anecdotiques que les forces profondes de l’histoire canadienne ne changeront pas pour autant.
Les indépendantistes n’ont pas une fixation. Au contraire, ils affirment sciemment, consciemment et démocratiquement que le principe indépendantiste de l’autonomie interne et externe vaut autant que celui du fédéralisme des États-Nations souveraines. Alors, ils souhaitent persuader leurs concitoyens de la valeur et de la légitimité politique de leur point de vue. Les accuser de défendre une idée fixe relève de la partisannerie politique et d’une certaine forme de mesquinerie intellectuelle.
Si l’on reprend le mémoire de 1954 de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, force est d’admettre que le Québec a pu se développer depuis cinquante ans. Cependant, il est toujours coincé dans le Canada entre l’assimilation totale et l’indépendance complète sinon il vivra en appendice éternellement quémandeur de subsides, comme il l’a toujours fait. Or, ce n’est pas l’OPTION des INDÉPENDANTISTES.
Cette voie, apparemment plus périlleuse, a le grand mérite de rendre la collectivité québécoise responsable globalement de tout ce qu’elle aura à faire en étant servi par un État québécois souverain. Elle deviendra au sens fort du terme « maître de son destin » en apprenant à vivre avec les autres, mais par soi.
(30)
Le Canada actuel (30)
Une population dispersée, une grande mosaïque multiculturelle, les résidus d’un Canada-Français bilingue, le Québec toujours province et un CANADA indépendant, mais État-Nation satellite des États-Unis
Bruno Deshaies
Vigile.net, jeudi 19 juin 2008
ICI : http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30
Nous donnons ci-dessous l’opinion d’un internaute sur cette dernière chronique ainsi que notre réponse à son point de vue.
Vos commentaires:
Le Canada actuel (30)
19 juin 2008, par Gilles Bousquet
Vous concluez : « L’histoire du régime de l’Union nous démontre la nécessité d’unir les efforts des souverainistes plutôt que de mener continuellement des luttes intestines. »
Très bien mais, qui va lâcher le premier ses principes et ses idées fixes pour joindre un groupe uni de souverainistes ? Québec solidaire plus à gauche que souverainiste ? Le PI dont les dirigeants pensent que le PQ est un groupe d’arrivistes fédéralistes, trop mous de l’option, l’ADQ qui ne semble plus trop savoir ce qu’il souhaite comme autonomie sauf que ça doit être à droite et dans le Canada ou le parti Vert, full-fédéraliste ?
Le Canada actuel (30)
RÉPONSE :
Doit-on « lâcher le premier ses principes et ses idées fixes » ?
4 août 2008 Bruno Deshaies
Je veux bien respecter l’opinion de cet internaute mais l’ANNEXION c’est l’ANNEXION que ce soit dans une fédération ou une confédération, c’est la même chose. Que le régime soit peu ou très centralisé, ce fait ne change rien aux effets néfastes du fédéralisme d’un point de vue indépendantiste.
À tous les sceptiques, je conseillerais de consulter le célèbre mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste présenté le 13 mars 1954 à la commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels créée par Maurice Duplessis. Le 25 octobre 1954, dans une « Lettre – Préface » à l’occasion de la publication du mémoire, le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Me J.-Eugène Therrien, écrivait :
« Ce volume, intitulé CANADA-FRANÇAIS ET UNION CANADIENNE, s’adresse à tous les Canadiens français qui n’ont pas renoncé à l’avenir de leur nationalité. (p.10) »
Ce mémoire était en quelque sorte un manifeste de 127 pages contre les défenseurs assidus de l’UNITÉ CANADIENNE.
On y lit sous le sous-titre de « Réforme constitutionnelle » l’énoncé suivant :
« Ayant prouvé sa ferme volonté de défendre, sans provocations inutiles, l’autonomie culturelle des Canadiens français, l’État provincial du Québec sera en mesure de demander à son partenaire anglo-canadien de compléter le statut spécial que la constitution de 1867 lui avait accordé. (p. 124) »
Le mémoire ajoute immédiatement certaines précisions :
« La question se ramène toujours à ceci : donner à la minorité canadienne-française, habitant en immense majorité l’État provincial du Québec, le minimum de sécurité pour assurer son autonomie culturelle en s’arc-boutant sur un gouvernement provincial canadien-français capable de le soutenir. (p. 124) »
Cet état d’esprit est brièvement expliqué dans la Conclusion de la section consacrée aux « Relations entre le Québec et le Canada Anglais » (p. 115-125) du mémoire :
« On peut résumer ainsi le programme tracé :
« Il est nécessaire pour les Canadiens français de prendre conscience qu’ils forment une Nation-État (1). De même que les Anglo-Canadiens s’appuient sur le gouvernement central comme sur leur pôle politique naturel, les Canadiens français doivent apprendre à considérer leur gouvernement provincial du Québec comme le gardien légitime du bien commun de leur nationalité. Ils s’efforceront d’en faire un grand gouvernement moderne, pleinement conscient de ses lourdes responsabilités et ayant la ferme volonté et les moyens de s’en acquitter.
« (1) Nous employons l’expression Nation-État dans un sens très particulier. La Conquête de 1760 a enlevé aux Canadiens français la liberté de devenir une Nation-État souveraine. Néanmoins, ils ont obtenu un État provincial qu’ils peuvent mettre au service de leur nationalité. »
À cette conclusion s’ajoute une Conclusion générale où l’on peut lire les intentions des auteurs du mémoire (dont on sait que l’auteur principal fut l’historien Michel Brunet, professeur d’histoire à l’Université de Montréal).
VOIR : http://www.rond-point.qc.ca/histoire/rin/manifeste.html
Pour résumer la position de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, citons deux paragraphes du Chapitre sixième et dernier chapitre du mémoire.
« Ce Mémoire propose un programme politique, économique et social susceptible d’apporter au problème canadien-français une solution moins incomplète que celle que les générations précédentes ont dû improviser. L’heure des cataplasmes est passée. Les Canadiens français de 1954 ont les moyens d’action que leurs ancêtres, malheureusement, n’avaient pas. Sauront-ils les utiliser ?
[…]
Les Canadiens français continueront-ils à se soumettre presque sans réagir aux déterminismes de leur tragique histoire ? Auront-ils le courage de leur opposer une volonté unanime de résistance ? La réponse appartient aux générations actuelles. Celles qui suivront n’auront plus la liberté de choisir. (p. 126 et 127) »
O O O
Maintenant que l’option indépendantiste a été choisie par une bonne partie de la population québécoise, faut-il continuer à en débattre éternellement ?
L’indépendance n’est pas une question de générations ou d’individus, c’est un SUJET collectif, NATIONAL.
Ce problème ayant été débattu abondamment au cours de notre histoire, pourquoi faudrait-il, à la fin, revenir inlassablement à la case départ ? Pourquoi imaginer qu’une génération ne peut pas continuer avec l’autre le même combat sans s’arrêter en cours de route à cause de l’âge, de la maladie, de la vieillesse ou de la fin d’une carrière riche de sens et d’accomplissement ? Pourquoi tous ces replis ? Quelle peut en être la justification ? Faut-il croire que les générations successives n’y croyaient pas vraiment ? Si c’était le cas, ce serait une véritable tragédie nationale.
Nous comprenons l’exaspération de monsieur Gilles Bousquet. Nous comprenons qu’il désire trouver une solution pertinente au sort des Québécois-Français comme nous comprenons qu’il a le droit de raisonner dans l’optique fédéraliste. Malheureusement, l’avenir est complètement bloqué et, par conséquent impraticable dans cette direction.
Un coup d’œil sur les deux événements qui suivent pourrait faire réfléchir les sceptiques indépendantistes.
1991 Adoption du rapport Allaire par le Parti libéral du Québec
9 mars 1991. Lors du 25e congrès du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean Allaire présente un rapport intitulé « Le Québec libre de ses choix ». Il presse le gouvernement provincial de récupérer d’Ottawa de larges responsabilités et pouvoirs.
ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp
1994 Tenue du congrès de fondation de l’Action démocratique du Québec
6 janvier 1994. Plus de 600 militants sont réunis à Laval pour prendre part à la formation d’un nouveau parti politique québécois : l’Action démocratique du Québec (ADQ). Satisfait par le travail accompli au cours de ces journées, un des pionniers du parti, Jean Allaire, déclare : « nous sommes le parti de l’avenir ».
ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp
Cette histoire à court terme s’inscrit nécessairement dans la grande histoire des Québécois-Français d’hier à aujourd’hui. Niez ce fait de longue durée, c’est faire la politique de l’autruche. Les beaux parleurs pourront pérorer indéfiniment en appelant à la barre la philosophie politique, le pragmatisme politique, le bon sens du charbonnier, l’appel de la race ou les récits historiques anecdotiques que les forces profondes de l’histoire canadienne ne changeront pas pour autant.
Les indépendantistes n’ont pas une fixation. Au contraire, ils affirment sciemment, consciemment et démocratiquement que le principe indépendantiste de l’autonomie interne et externe vaut autant que celui du fédéralisme des États-Nations souveraines. Alors, ils souhaitent persuader leurs concitoyens de la valeur et de la légitimité politique de leur point de vue. Les accuser de défendre une idée fixe relève de la partisannerie politique et d’une certaine forme de mesquinerie intellectuelle.
Si l’on reprend le mémoire de 1954 de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, force est d’admettre que le Québec a pu se développer depuis cinquante ans. Cependant, il est toujours coincé dans le Canada entre l’assimilation totale et l’indépendance complète sinon il vivra en appendice éternellement quémandeur de subsides, comme il l’a toujours fait. Or, ce n’est pas l’OPTION des INDÉPENDANTISTES.
Cette voie, apparemment plus périlleuse, a le grand mérite de rendre la collectivité québécoise responsable globalement de tout ce qu’elle aura à faire en étant servi par un État québécois souverain. Elle deviendra au sens fort du terme « maître de son destin » en apprenant à vivre avec les autres, mais par soi.
(30)
ANNEXION OU INDÉPENDANCE ?
Histoire de deux nationalismes au Canada
Maurice Séguin
Cours HIST-585
Département d'histoire
Université de Montréal
1961-1962
Au cours des dernières années de sa carrière universitaire, l'Annuaire universitaire de l'université de Montréal annonçait le cours de synthèse du professeur Maurice Séguin sous le titre qui suit : Les deux nationalismes . Histoire du conflit politique, économique et culturel entre le Canada français et le Canada anglais : 1760-1960.
Le PREMIER Canada
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-2-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-3-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-4-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-5-5
Le DEUXIÈME Canada
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-2-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-3-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-4-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-5-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-6-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-7-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-8-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-9-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-11-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-12-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-13-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-14-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-15-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-16-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-17-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-18-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-19-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-20-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-21-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-22-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-23-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-24-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-25-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-26-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-27-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-28-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-29-29
http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30
N. B. L’histoire du PREMIER et du DEUXIÈME Canada est précédée d’un abrégé du cours sur Les Normes pour servir à l’étude de l’histoire des deux Canadas. Cette partie n’a pas été incluse dans la synthèse explicative de l’histoire des deux Canadas. La version des Normes de 1961-1962 fait l'objet en ce moment d'une publication répartie sur 24 chroniques du jeudi sur le site Internet VIGILE.NET. La publication a débuté le 13 novembre 2008 sous le titre : Les NORMES en histoire. BD (23 mars 2009)
Maurice Séguin
Cours HIST-585
Département d'histoire
Université de Montréal
1961-1962
Au cours des dernières années de sa carrière universitaire, l'Annuaire universitaire de l'université de Montréal annonçait le cours de synthèse du professeur Maurice Séguin sous le titre qui suit : Les deux nationalismes . Histoire du conflit politique, économique et culturel entre le Canada français et le Canada anglais : 1760-1960.
Le PREMIER Canada
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-2-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-3-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-4-5
http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-5-5
Le DEUXIÈME Canada
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-2-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-3-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-4-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-5-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-6-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-7-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-8-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-9-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-11-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-12-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-13-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-14-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-15-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-16-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-17-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-18-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-19-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-20-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-21-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-22-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-23-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-24-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-25-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-26-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-27-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-28-29
http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-29-29
http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30
N. B. L’histoire du PREMIER et du DEUXIÈME Canada est précédée d’un abrégé du cours sur Les Normes pour servir à l’étude de l’histoire des deux Canadas. Cette partie n’a pas été incluse dans la synthèse explicative de l’histoire des deux Canadas. La version des Normes de 1961-1962 fait l'objet en ce moment d'une publication répartie sur 24 chroniques du jeudi sur le site Internet VIGILE.NET. La publication a débuté le 13 novembre 2008 sous le titre : Les NORMES en histoire. BD (23 mars 2009)
mercredi 16 juillet 2008
L’indépendance constitue le pare-feu par excellence contre la subordination politique sur place dans le fédéralisme
Le cadre fédéral n’est pas immuable. Toutefois, les prétentions des Québécois à vouloir modifier le cadre constitutionnel de 1867 (qui est le prolongement de 1840) les obligent à préparer des opérations politiques largement plus étendues que de s’engager dans un exercice pédagogique qui les soulagerait du mal du centralisme canadian par l’illusion de la rédaction d’une constitution provinciale.
Il faut se donner la peine de lire les débats parlementaires sur la constitution en 1864-1865 au Canada pour réaliser que la centralisation n’est pas un effet de l’évolution historique du Canada mais bel et bien une condition in se de la constitution canadienne. Par conséquent, nous assistons depuis 1867 à la manifestation d’un gouvernement canadian et du Canada-Anglais à confirmer et à défendre ce fondement de la constitution canadienne. « Le Québec, comme l’avait déclaré en 1954 Louis Stephen St-Laurent, est une province comme les autres.» Il ne faisait rien d’autres que de proclamer que le gouvernement canadien possède toutes les compétences qui lui permettent d’agir en tant que gouvernement central et qu’il n’était pas l’émanation de pouvoirs accordés par les États locaux ou régionaux à l’État central. Ce n’est ni le contenu ni l’esprit du B.N.A. Act.
« Seul un changement révolutionnaire du statut politique du Québec peut apporter un changement fondamental. »
La « conception administrative du fédéralisme » de l’État canadien n’est pas la principale cause des déboires des souverainistes. Leur principale erreur, c’est qu’ils ne croient pas que le MAL réside dans la constitution canadienne elle-même. Ce n'est donc pas, par exemple, un problème uniquement de déséquilibre fiscal. Seul un changement révolutionnaire du statut politique du Québec peut apporter un changement fondamental. Trop souvent, les réformistes fédéralistes ou souverainistes sont des partisans inconscients du régime fédéral canadien. Ils raisonnent tous les deux dans l’optique fédéraliste. D’où l’embarras et l’ennui de la population québécoise devant autant de confusion. Il y a un malaise profond que les chefs péquistes et bloquistes ainsi que l’élite souverainiste ne parviennent pas à transformer.
Pour ceux qui aimeraient voir le problème du fédéralisme canadien dans l’optique indépendantiste, je leur suggérerais de lire les deux leçons de Maurice Séguin consacrées à l’étude de la « Création du Dominion of Canada 1864-1867» (Leçon XV) et « Le Canada, le Québec et l’Empire 1867-1960» (Leçon XVI) dans Histoire de deux nationalismes au Canada (Montréal, Guérin Éditeur, 1997). Rien n’a changé depuis dans le fonctionnement du fédéralisme canadien.
Les Québécois sont programmés pour penser dans l’optique fédéraliste au lieu que dans l’optique indépendantiste. Cette conclusion n’exclut pas les autres dangers qui guettent le PI pour faire l’indépendance du Québec. Pour réaliser l’indépendance du Québec, les Québécois ont absolument besoin de se déprogrammer ainsi que de décrocher complètement de l’optique fédéraliste. En d’autres termes, les Québécois doivent cesser d'avoir un lien d'attachement, de dépendance ou d’intérêt comme état provincial au sein du Canada-Anglais sous quelque forme que soit cette annexion (par ex. : souveraineté-association, partenariat, état autonome, fédéralisme décentralisé, etc.). Adieu à tous ces mythes fédéralistes. Le vrai fédéralisme existe, bien sûr, mais il est par essence centralisateur.
Bruno Deshaies
Montréal, 16 juillet 2008
Il faut se donner la peine de lire les débats parlementaires sur la constitution en 1864-1865 au Canada pour réaliser que la centralisation n’est pas un effet de l’évolution historique du Canada mais bel et bien une condition in se de la constitution canadienne. Par conséquent, nous assistons depuis 1867 à la manifestation d’un gouvernement canadian et du Canada-Anglais à confirmer et à défendre ce fondement de la constitution canadienne. « Le Québec, comme l’avait déclaré en 1954 Louis Stephen St-Laurent, est une province comme les autres.» Il ne faisait rien d’autres que de proclamer que le gouvernement canadien possède toutes les compétences qui lui permettent d’agir en tant que gouvernement central et qu’il n’était pas l’émanation de pouvoirs accordés par les États locaux ou régionaux à l’État central. Ce n’est ni le contenu ni l’esprit du B.N.A. Act.
« Seul un changement révolutionnaire du statut politique du Québec peut apporter un changement fondamental. »
La « conception administrative du fédéralisme » de l’État canadien n’est pas la principale cause des déboires des souverainistes. Leur principale erreur, c’est qu’ils ne croient pas que le MAL réside dans la constitution canadienne elle-même. Ce n'est donc pas, par exemple, un problème uniquement de déséquilibre fiscal. Seul un changement révolutionnaire du statut politique du Québec peut apporter un changement fondamental. Trop souvent, les réformistes fédéralistes ou souverainistes sont des partisans inconscients du régime fédéral canadien. Ils raisonnent tous les deux dans l’optique fédéraliste. D’où l’embarras et l’ennui de la population québécoise devant autant de confusion. Il y a un malaise profond que les chefs péquistes et bloquistes ainsi que l’élite souverainiste ne parviennent pas à transformer.
Pour ceux qui aimeraient voir le problème du fédéralisme canadien dans l’optique indépendantiste, je leur suggérerais de lire les deux leçons de Maurice Séguin consacrées à l’étude de la « Création du Dominion of Canada 1864-1867» (Leçon XV) et « Le Canada, le Québec et l’Empire 1867-1960» (Leçon XVI) dans Histoire de deux nationalismes au Canada (Montréal, Guérin Éditeur, 1997). Rien n’a changé depuis dans le fonctionnement du fédéralisme canadien.
Les Québécois sont programmés pour penser dans l’optique fédéraliste au lieu que dans l’optique indépendantiste. Cette conclusion n’exclut pas les autres dangers qui guettent le PI pour faire l’indépendance du Québec. Pour réaliser l’indépendance du Québec, les Québécois ont absolument besoin de se déprogrammer ainsi que de décrocher complètement de l’optique fédéraliste. En d’autres termes, les Québécois doivent cesser d'avoir un lien d'attachement, de dépendance ou d’intérêt comme état provincial au sein du Canada-Anglais sous quelque forme que soit cette annexion (par ex. : souveraineté-association, partenariat, état autonome, fédéralisme décentralisé, etc.). Adieu à tous ces mythes fédéralistes. Le vrai fédéralisme existe, bien sûr, mais il est par essence centralisateur.
Bruno Deshaies
Montréal, 16 juillet 2008
S'abonner à :
Messages (Atom)