vendredi 9 juillet 2010

MAURICE SÉGUIN : NOUVELLE INTERPRÉTATION DE L'HISTOIRE DES DEUX CANADAS

LES NORMES




ÉTABLIES PAR MAURICE SÉGUIN




1965-1966




Présentation, annotation et édition


par


Bruno Deshaies




Historien







Édition intégrale




Version provisoire



(Tous droits réservés Bruno Deshaies 2011)


MONTRÉAL


LE ROND-POINT DES SCIENCES HUMAINES






22 août 2011



AVERTISSEMENT


Maurice SÉGUIN nous offre ici un guide nous permettant d’avancer avec un peu plus de sécurité et d’efficacité dans l’entrelacs si compliqué des chemins de la connaissance historique appliqués à l’étude de l’histoire des deux Canadas.


Cet opus magnum n’est pas le produit d’une imagination fertile. Au contraire, c’est le travail d’un historien rigoureux et consciencieux qui a continuellement fait l’effort de penser en présence des documents qui sont révélateurs « des grands phénomènes sociaux », c’est-à-dire des faits historiques de longue durée « de la vie économique, politique, sociale et culturelle des collectivités ». Il s’agit effectivement de normes pour servir à l’étude de la Grande histoire et à l’explication historique des deux Canadas.


Dans l’Introduction aux normes, Maurice Séguin traite de la « légitimité de l’histoire des grands phénomènes sociaux », des « interprétations anciennes et [de la] nouvelle interprétation », du « rôle primordial des normes en histoire », de « l’historien devant ses normes » et aussi, de l’historien qui, dans son métier, ne saurait être « un propagandiste au service d’une cause ».


À la suite, le lecteur ou la lectrice devra prendre en considération la présentation de la Première partie intitulée : « Exposé et discussion des normes ». Cette partie est divisée en six chapitres qui sont en lien avec les quatre derniers consacrés à l’« Explication historique : Synthèse de l’évolution politique (et économique) des deux Canadas », − soit les Deuxième et Troisième parties. Et ces deux dernières nous plongent dans la nouvelle interprétation de l’histoire nationale des Québécois que sous-tend le « système de normes » établies par Maurice Séguin.


Enfin, signalons que la Troisième partie est particulière, car il s’agit d’un « Supplément aux normes et à l’explication historique ». Elle comprend les chapitres neuvième et dixième. Le neuvième porte sur « Le développement économique intégral » et le dixième explique « La notion d’indépendance dans l’histoire du Canada ».


L’avant-dernier chapitre aborde quelques notions sur l’« économie progressive » qui ressortent de sa thèse de doctorat tandis que le dernier chapitre doit être considéré comme une « méta-analyse-synthèse » des normes de l’historien et de l’explication en histoire. On peut dire que c’est la conclusion générale de sa conception globale de l’histoire des deux Canadas. L’ensemble constitue l’édition intégrale du cours sur Les Normes.


En des termes concis, Maurice Séguin précise sa pensée sur Les Normes. Il s'explique en ces termes : Dans l’état actuel de l’historiographie des Canadas, cette réflexion méthodique s’impose. Ces normes s’apparentent à un exposé logique (au lieu d’un exposé chronologique). C’est presque de l’histoire. Pour qui connaît l’histoire traditionnelle, ces définitions indiqueront immédiatement le sens de la nouvelle interprétation. [Cf., la division 0.7] Si l’on tient compte de cet avertissement de l’auteur, il est nullement question dans son esprit de faire appel à cette idée absurde de néo-nationalisme ou même de néo-colonialisme dans sa « méta-analyse-synthèse » de l’affrontement entre « les deux nationalismes » au Canada.


Le nationalisme est de tous les temps pour les petites comme pour les grandes nations, pour les minorités comme pour les majorités, pour les empires comme pour les colonies, pour les communautés nationales ou pour tout gouvernement organisé de groupes humains. Bref, « le nationalisme s’apparente à un phénomène "naturel" » [cf., Chapitre troisième, section 3.2.4 : paragr. c-1) et c-2)]. Maurice Séguin n’a jamais été le théoricien du néo-nationalisme. Il est l’analyste de la nation et du nationalisme, un point à la ligne.


La nouvelle interprétation (cf., supra 0.3.5.1), comme il le dit lui-même, « se veut une tentative de faire la synthèse des deux séries d’interprétations traditionnelles » (cf., supra 0.3.5.3.1) et elle « prétend donc d’abord aboutir à des différences assez radicales en ce qui concerne l’appréciation de la grande évolution politique et économique (et partant en ce qui regarde les conditions qui pèsent sur l’évolution culturelle) du Canada-Français d'abord » (cf., supra 0.3.5.4.1). Le prolongement du raisonnement se retrouve au Chapitre troisième, section 3.2.4.c) qui traite du nationalisme.


L’ouvrage supplémentaire et capital est son Histoire de deux nationalismes au Canada. Cette synthèse historique illustre, selon des normes explicites, le récit de la lutte entre les deux nationalismes au Canada, − soit la « synthèse de l’évolution politique (et économique) des deux Canadas » (voir les Chapitres septième et huitième des Normes). Le récit historique des « deux nationalismes » est essentiel à la compréhension des relations collectives dans le sens de « l’aspect national » des deux nationalisés canadienne-française et canadienne-anglaise établies sur un même territoire nommé Canada.


Enfin, la grande courbe de cette histoire se résume en un seul mot : Annexion. Ce concept fondamental est le contraire absolu d'un mot clair : Indépendance. Pour comprendre cette opposition, il faut admettre que l’annexion suppose un processus terminé, une situation finale, soit la perte plus ou moins totale de tout sentiment distinct qui aboutit inéluctablement à l’Assimilation totale (cf., Chapitre troisième, division 3.11).


Pour se faire une bonne idée de ce cours sur Les Normes, il est recommandé d’en commencer la lecture par l’Introduction. Ensuite, il faut lire la Leçon I de son Histoire de deux nationalismes au Canada. Après, la curiosité, l’intérêt ou le désir de comprendre peuvent conduire le lecteur dans des démarches personnelles. Toutefois, l’important n’est pas tellement la démarche comme telle que le désir sincère de LIRE tous les chapitres. L’ordre de lecture des chapitres n’est pas obligatoire, car de l’un à l’autre il y a de nombreux liens à établir et à comprendre. Il importe plutôt de chercher à réfléchir et à méditer comme Maurice Séguin le suggérait lui-même pendant son cours télévisé sur l’Histoire de deux nationalismes au Canada, en 1963 et 1964.


En final, le lecteur ou la lectrice se trouve devant une nouvelle manière d’envisager l’histoire du Canada pendant le Régime français et le Régime britannique. En conséquence, il est préférable de réserver son jugement jusqu’à la fin d’une lecture d'une étude complète. « Dans le cas contraire, disait Maurice Séguin, abstenez-vous de juger et de conclure. »


Bruno Deshaies


Date d’édition : 11 juillet 2010


Édition révisée : 25 novembre 2010 ; 22 août 2011




LES NORMES



INTRODUCTION



PREMIÈRE PARTIE



EXPOSÉ ET DISCUSSION DES NORMES



DEUXIÈME PARTIE




L’EXPLICATION HISTORIQUE : SYNTHÈSE DE L’ÉVOLUTION POLITIQUE (ET ÉCONOMIQUE) DES DEUX CANADAS TROISIÈME PARTIE


SUPPLÉMENT AUX NORMES ET À L’EXPLICATION HISTORIQUE


LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE INTÉGRAL


LA NOTION D’INDÉPENDANCE DANS L’HISTOIRE DU CANADA









PLAN GÉNÉRAL






INTRODUCTION





PREMIÈRE PARTIE





EXPOSÉ ET DISCUSSION DES NORMES






CHAPITRE PREMIER




VIE ET CONDITIONS DE VIE







CHAPITRE DEUXIÈME




DYNAMIQUE INTÉGRALE (INTERNE) DE LA SOCIÉTÉ







CHAPITRE TROISIÈME

SOCIOLOGIE DU NATIONAL




CHAPITRE QUATRIÈME




Le NATIONAL et le SOCIAL







CHAPITRE CINQUIÈME




ÉTAT et ÉGLISE







CHAPITRE SIXIÈME




COLONISATION INTÉGRALE





DEUXIÈME PARTIE



L’EXPLICATION HISTORIQUE :




SYNTHÈSE DE L’ÉVOLUTION POLITIQUE (ET ÉCONOMIQUE)DES DEUX CANADAS





CHAPITRE SEPTIÈME




AVANT 1760 : UN SEUL CANADA







CHAPITRE HUITIÈME


DÉBUT DU CANADA ANGLAIS



TROISIÈME PARTIE



SUPPLÉMENT AUX NORMES



ET À L’EXPLICATION HISTORIQUE




CHAPITRE NEUVIÈME



LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE INTÉGRAL (1947)


ou


« De quelques notions sur l’économie progressive »



CHAPITRE DIXIÈME


LA NOTION D’INDÉPENDANCE


DANS L’HISTOIRE DU CANADA




(1956)




SOMMAIRE




INTRODUCTION


0.0 But général du cours


0.1 Légitimité de l’histoire des grands phénomènes historiques


0.2 Importance de la grande histoire 0.3 Interprétations anciennes et nouvelle interprétation


0.4 Rôle primordial des normes en histoire


0.5 Objectivité, sincérité, respect de la vérité


0.6 Objectivité et morale 0.7 Division du cours HC 480





PREMIÈRE PARTIE


EXPOSÉ ET DISCUSSION DES NORMES





– On ne doit pas s'attendre à voir traiter à fond tous les aspects de la vie économique, politique, sociale ou culturelle des collectivités ;


– ni à voir épuiser tous les secrets du nationalisme.


– L’effort consistera simplement à décrire et, à l’occasion, discuter l’essentiel des raisonnements qui serviront à tracer les grandes courbes de l'évolution politique (et économique) des deux Canadas.


– Il n’y sera nullement question de trouvailles extraordinaires. On n’y éprouvera nul besoin de recourir à des lois savantes ou subtiles.


– Il s’agit seulement de reprendre et d’ordonner des notions généralement connues, mais assez souvent négligées, peut-être parce qu’elles sont élémentaires,


– et d’en tirer, avec le plus de rigueur possible, toutes les conclusions qui s’imposent (1) .


Ces considérations porteront :


1o sur l’homme et la société en général :


VIE ET CONDITIONS DE VIE


2o sur les forces politiques, économiques, culturelles et leur interaction :


DYNAMIQUE INTÉGRALE (INTERNE) DE LA SOCIÉTÉ (2)


3o sur les rapports entre les sociétés civiles :


SOCIOLOGIE DU NATIONAL


4o sur les rapports entre


LE NATIONAL ET LE SOCIAL



5o sur les rapports entre la société civile et la société religieuse :



ÉTAT ET ÉGLISE


6o sur la formation de NATIONS (3) par la colonisation :


COLONISATION INTÉGRALE


____________________

1 Cette dernière remarque préliminaire nous montre à quel point Maurice Séguin tenait non seulement à comprendre les causes de l’évolution politique et économique des deux Canadas mais à pouvoir expliquer rigoureusement les effets à long terme de la défaite de 1760 (cf. les sections 3.5.13 à 3.5.16) sur la société canadienne issue de la colonisation française en Nouvelle-France, c’est-à-dire du premier Canada. 2 La version de l’édition des normes de 1961-1962 (cours HIST 585) ne mentionne pas ce titre, elle propose plutôt au sujet des forces et de leur interaction, la considération suivante en ces termes : « dynamique de science des forces intégrales organisées de la société, en tant que celle-ci est un tout qui se tient, tout dans lequel il y a peu d’interactions ». En somme, la « dynamique (interne) intégrale de la société » peut se comprendre par la « science des forces ». 3 La version de l’édition des normes de 1961-1962 (cours HIST 585) mentionne plutôt ce qui suit : « Par le processus de colonisation (collectivité intégrale). » La notion de « collectivité intégrale » devient la « nation » par l’effet de « la colonisation intégrale » qui est l’esprit même du Chapitre sixième.





SOMMAIRE


CHAPITRE PREMIER


VIE ET CONDITIONS DE VIE



1.0 Quelques thèmes fondamentaux sur l’homme et sur la société


1.1 Vivre avec les autres, mais par soi Collaboration mais autonomie « Together but on our own feet »


1.2 Agir (par soi) : richesse d'être Remplacement : oppression essentielle


1.3 Hiérarchie des valeurs, mais également équilibre humain


1.4 Dureté de la condition humaine. Crise intrinsèque permanente


1.5 Rendement limité


1.6 Inégalité, concurrence, restriction ou élimination. Prépondérance de la plus grande force


1.7 Limites de l'intervention de l'intelligence et de la volonté


1.8 Permanence de la nature humaine



CHAPITRE DEUXIÈME


DYNAMIQUE INTÉGRALE (INTERNE) DE LA SOCIÉTÉ


2.0 Introduction


2.1 (A) Comme « forces isolées »


2.1.1 Simple identification de certains aspects de la société civile


2.1.2 Précisions sur ces forces


2.2 (B) Interaction des facteurs


2.2.0 Introduction


2.2.1 Interaction (à trois facteurs) : politique, économique et culturel


2.2.2 Tentations de surestimer un des facteurs


2.2.3 Tentations de sous-estimer un des facteurs


2.3 Conclusion



CHAPITRE TROISIÈME


SOCIOLOGIE DU NATIONAL


(3.0) Introduction


þ Les nations et le nationalisme


3.1 Incohérence des divisions nationales existantes


3.2 Tentative de décrire la nation


3.3 Réussite ou échec pour une nation



þ Quelques situations types de nations


3.4 Essai de classification


3.5 La nation indépendante et les relations de juxtaposition


3.6 La nation satellite (subordination de voisinage)


3.7 La nation annexée (subordination sur place)


þ Le fédéralisme ¸


3.8 Le fédéralisme


3.9 Le partage des compétences


3.10 Fédéralisme et nationalités


þ L’assimilation


3.11 L’assimilation


þ Vie et organisation internationales


3.12 Exposé des problèmes de la vie et de l’organisation internationale



CHAPITRE QUATRIÈME


Le NATIONAL et le SOCIAL


4.1 Deux aspects nécessaires de la vie d’une même communauté


4.2 Nature des conflits sociaux : autrefois et aujourd’hui


4.3 Conflits sociaux sous contrôle ou guerres « sociales »


4.4 Conflits sociaux contre affrontements nationaux


4.5 La dimension nationale s'impose autant aux chefs du prolétariat qu'à une société capitaliste


4.6 Le nationalisme peut être portée par diverses « équipes »


4.7 Le nationalisme porté par une « équipe » n'est pas sans fin la propriété d'une classe sociale



CHAPITRE CINQUIÈME


ÉTAT et ÉGLISE


5.1 Pouvoir civil et pouvoir ecclésiastique


5.2 Deux pouvoirs qui s’exercent sur le même groupe d’individus


5.3 De la délimitation théorique des deux pouvoirs


5.4 De la juridiction mixte


5.5 Pour l’Église, « une priorité indirecte [...] dans les domaines où il y a une juridiction mixte »


5.6 Organisation nécessaire de l’Église


5.7 Des contacts inévitables entre les deux pouvoirs


5.8 Problèmes de gouvernement « par deux têtes »


5.9 Luttes paralysantes dans « la juridiction mixte »


5.10 L’Église et l’État : deux formules en cours


5.11 Complexification des problèmes




CHAPITRE SIXIÈME


COLONISATION INTÉGRALE


6.1 Notes sur la formation de NATIONS par la COLONISATION


6.2 Deux sens aux termes de COLONISATION et EMPIRE


6.2.1 Colonie d’exploitation


6.2.2. Colonie de peuplement


6.2.3 Deux pratiques coloniales d’une métropole sur un même territoire


6.2.4 Dans un même Empire, diverses pratiques coloniales


6.2.5 Ressemblances et différences fondamentales


6.3 Colonisation de peuplement


6.3.1 Triple aspect : une cause, une association et un effet


6.3.2 « Colonisation intégrale »


6.3.3 Importance de chaque facteur dans la projection coloniale


6.3.4 Impossible isolationnisme


6.3.5 Les trois phases de la colonisation de peuplement


Phase I : La Métropole est l’unique agent de colonisation


Phase II: La colonisation est l’œuvre conjointe de deux agents : – Les Métropolitains – et les Coloniaux


Phase III : La colonie peut s’affirmer et s’affirme comme seul agent : – L’émancipation totale


6.4 Portée ou effet de la colonisation de peuplement pour la métropole


6.4.1 Un problème se pose


6.4.2 Un certain avantage immédiat se comprend assez facilement


6.4.3 Un paradoxe : une Métropole qui nourrit des concurrents éventue


6.4.4 Pour la Métropole, la réponse découle de la concurrence mondiale


DEUXIÈME PARTIE


L’EXPLICATION HISTORIQUE : SYNTHÈSE DE L’ÉVOLUTION POLITIQUE (ET ÉCONOMIQUE) DES DEUX CANADAS


CHAPITRE SEPTIÈME


AVANT 1760 : UN SEUL CANADA



7.1 Époque qui précède l’histoire des deux Canadas


7.2 Grandeur du Canada (français) avant 1760


A. – « …CE CANADA EST APTE À DEVENIR UNE NATION NORMALE. »


B. – « CETTE "PROVINCE" OU CETTE "COLONIE" N’EST PAS À LA VEILLE DE DEVENIR UNE NATION MODERNE » EN 1700OU 1750


C. – « CETTE "COLONIE" A ENCORE BESOIN DE SA "MÉTROPOLE" »


D. – DES CANADIENS QUI AVAIENT ULTIMEMENT LA POSSIBILITÉ « DE DEVENIR UNE NATION FRANÇAISE […] DOTÉE DE L’AUTONOMIE INTERNE ET EXTERNE ET ÊTRE PRÉSENTE PAR ELLE-MÊME AU MONDE ».


7.3 Misères du Canada (français) avant 1760


A. – PROBLÉMATIQUE GÉNÉRALE


B. – LA COLONIE CANADIENNE A BESOIN D’UNE COLONISATION FRANÇAISE PLUS INTENSE ».


C. – LE CANADA SUCCOMBE FINALEMENT AUX ATTAQUES CONCERTÉES DES COLONIES ANGLO-AMÉRICAINES ET DE LA GRANDE-BRETAGNE


D. – NAISSANCE DU CANADA-ANGLAIS ; CRÉATION DU « DEUXIÈME » CANADA


7.4 1759-1760 : LA CONQUÊTE


7.5 1763 : LA CESSION


CHAPITRE HUITIÈME


DÉBUT DU CANADA ANGLAIS


8.1 1763. Début du Canada Anglais


« Désormais, le territoire canadien est ouvert à une autre colonisation. »


8.2 1763. Les forces en présence


« Au cœur même de la vallée du Saint-Laurent (dans la région réservée naguère aux seuls Canadiens (français), un Canada anglais qui débute avec quelques centaines de colons, mais qui peut compter sur l’appui colonisateur de la Grande-Bretagne. »


8.3 Le sens de la Conquête-Cession


« Pour ceux qui savent apprécier à sa juste valeur l’indépendance nationale (d’ordre politique, économique et culturel), pour ceux qui, ne partageant pas la foi fédéraliste, ne se contentent pas d’une autonomie provinciale ».


« Comme pour ceux qui comprennent ce que c’est que la colonisation de peuplement, qui savent jusqu’à quel point une métropole est absolument nécessaire, pendant longtemps, pour nourrir et défendre une colonisation dement ».


« Pour ceux-là, sans faire de prophéties, en se contentant de peser les principales données de 1763, il serait (il me semble) peut-être possible de juger cette conquête anglo-américaine et ce changement d’Empire comme un désastre majeur dans l’histoire du Canada français. » « Le Canada français ne sera plus seul. »


8.4 La survivance et ses problèmes


« Les Canadiens français sont quand même suffisamment enracinés dans la vallée du Saint-Laurent, pour résister, pour tenter de s’affirmer comme collectivité – et pour faire spontanément, dès les premières années de la domination britannique, du nationalisme, sans avoir à en donner une définition livresque. »



TROISIÈME PARTIE


SUPPLÉMENT AUX NORMES ET À L’EXPLICATION HISTORIQUE


CHAPITRE NEUVIÈME


LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE INTÉGRAL (1947)


ou « De quelques notions sur l’économie progressive »



9.0 LA « NATION CANADIENNE » ET L’AGRICULTURE (1760-1850). ESSAI D’HISTOIRE ÉCONOMIQUE (MAURICE SÉGUIN)


9.0.1 Présentation


9.0.2 « Le développement économique intégral » (Maurice Séguin)


9.0.3 « La Conquête et la vie économique des Canadiens » (L’Action nationale, 1946)


9.1 EXPLICATION


9.1.0 La position de Maurice Séguin dans l’historiographie


9.1.1 La transition de la pensée nationaliste traditionnelle à la nouvelle interprétation de l’histoire du Canada


9.1.2 Les bases conceptuelles de sa thèse de doctorat s’éloignaient-elles du statu quo idéologique de son temps ?


9.1.3 « Pays du Nord […] où l’on tâcha de développer des activités économiques variées. »


9.1.4 Les Normes ont-elles préexisté à la rédaction de la thèse ?


9.1.5 Le saut de la notion économique diminuée de l’« agriculturisme » au concept d’« économie progressive »


9.1.6 Le besoin d’une « grande histoire politique des deux Canadas »


9.1.7 L’appréciation de « l’interprétation globale » séguiniste par Jean Blain


9.1.8 Une critique qui dérive dans l’historiographie


9.1.9 Le sort des Canadiens-Français au plan NATIONAL




CHAPITRE DIXIÈME


LA NOTION D’INDÉPENDANCE DANS L’HISTOIRE DU CANADA (1956)



10.1 – LE CONCEPT DE L’INDÉPENDANCE D’UNE COLLECTIVITÉ


● Tenir compte des autres, mais agir par soi-même.


● L’auto-détermination : le bien suprême ; son absence : un mal radical.


● L’indépendance à deux est une impossibilité sur un même territoire.


● Être annexé à un peuple indépendant n’est pas être indépendant.


● L’annexion engendre la médiocrité générale collective.


● Vivre ou mourir — ou bien végéter.


10.2 – LA COURBE HISTORIQUE DE L’INDÉPENDANCE DES DEUX CANADAS


AVANT 1760 : FONDEMENT DE L'INDÉPENDANCE D'UN CANADA FRANÇAIS.


1760 : DÉMOLITION DES POSSIBILITÉS D’INDÉPENDANCE DU CANADA FRANÇAIS. NAISSANCE D’UN CANADA ANGLAIS.


DÈS 1760 ET APRÈS 1760 : UNE GUERRE DE RACES ; UNE ISSUE : ANNEXER LE CANADA FRANÇAIS.


UN SIÈCLE APRÈS 1760 : UN CANADA ANGLAIS NATION. UN CANADA FRANÇAIS PROVINCE.


DEUX SIÈCLES APRÈS 1760 : MÊME CONTEXTE.


10.3 DÉBAT SUSCITÉ PAR LE SYMPOSIUM SUR LE « CANADIANISM »


10.3.1 Remarques de Guy Frégault


10.3.2 La controverse au sujet de la guerre de la « conquête »


10.4 – POURQUOI 1760 N’A-T-IL PAS ÉTÉ COMPRIS ?


10.5 – ANALYSE GRAPHIQUE DE L’ÉVOLUTION HISTORIQUE DES DEUX CANADAS


10.6 TROIS PIÈGES PRINCIPAUX DE LA PENSÉE FÉDÉRALISTE

lundi 3 mai 2010

COMMENT LESSIVER LES CERVEAUX ?

Dubuc, Laforest et Lisée discutent sur le « Comment s’en sortir ? »
Animateur et animatrice : Jean-François Lépine et Geneviève Asselin

Vigile.net : Chronique du jeudi 13 avril 2000. Révisée le 3 mai 2010

Le style des émissions de la Société Radio-Canada comporte une bonne dose de propagande souvent subliminale et parfois brutale. De 13 heures à 16 heures, le dimanche 9 avril 2000, la chaîne de télévision RDI a été complètement mobilisée et, pendant 75 minutes, les deux chaînes de la même Société ont été réquisitionnées pour faire un lessivage de cerveaux des Québécois et des Québécoises. De plus, et c’est un comble, le forum de 75 minutes a été rediffusé, en soirée, à 19 heures 30, soit l’équivalent de quatre heures 15 minutes dans la même journée. Tout cela, à partir d’un sondage d’opinion seulement ! Comme on connaît parfaitement leur orientation fédéraliste, il est compréhensible que les animateurs professionnels de la Société brouillent les pistes et rendent le débat toujours plus confus. Où est Télé-Québec ?

Des questions et des affirmations pseudo-réalistes

La recette est connue. Il faut procéder par questions et par affirmations pseudo-réalistes. Au début de l’émission télévisée, on dramatise : on mentionne « L’avenir constitutionnel du pays », « Les relations Québec-Canada » et on parle d’« une émission spéciale. » Nos experts de la question nationale aiment bien multiplier les questions et farcir leurs discours d’affirmations. Par exemple, le style du communiqué de presse de la Société Radio-Canada reflète cette technique de communication. « Comment s’en sortir ? » « Peut-on poser autrement la question de l’avenir du Québec ? » « Comment peut-on faire avancer le débat ? » « Est-il possible de faire avancer la « question nationale » en dehors des cadres d'un référendum sur la souveraineté ou la souveraineté-association ? Est-il possible de réfléchir différemment sur une question qui polarise l'opinion depuis si longtemps ? [...] » Une affirmation complète cette série de questions : « Une réflexion d'un grand intérêt à la télévision de Radio-Canada. » Cela allait de soi ! (1)

À la question « Comment peut-on faire avancer le débat ? », le communiqué de presse note : « Différentes avenues sont envisagées. Néanmoins, TOUS LES SONDAGES CONFIRMENT LA LASSITUDE DES QUÉBÉCOIS FACE À CE QU'IL EST CONVENU D'APPELER « LA QUESTION NATIONALE » ET LEUR PEU D'INTÉRÊT POUR UN NOUVEAU RÉFÉRENDUM SUR LA SOUVERAINETÉ. » (Les majuscules sont de nous.) Et voilà l’affirmation qu’on tente de nous imposer, de nous faire admettre et intérioriser. Un animateur d’expérience, Jean-François Lépine et une animatrice bien connue, Geneviève Asselin, sont chargés de porter le drapeau canadian.

Monsieur Tout-le-monde est-il si fatigué ?

Ceci dit, pourquoi la Société Radio-Canada s’évertue-t-elle à nous bourrer le crâne de débats sur une question actuelle qui nous plonge dans la « lassitude » et marque notre « peu d’intérêt » ? Si le débat portait sur les vraies questions ou la vraie question, serions-nous aussi las à vouloir débattre du véritable problème ? Monsieur Tout-le-monde n’est pas « fatigué » des chicanes, il est lassé de constater qu’on s’acharne à faire durer le débat et à être incapable de trancher la question d’une manière objective.

À cet égard, tous les Canadiens et tous les Québécois auraient intérêt à lire l’Histoire de deux nationalismes au Canada (Guérin, 1997) par l’historien Maurice Séguin. Ils pourraient commencer à exorciser leurs démons historiques quand ce ne sont pas leurs démons idéologiques et réducteurs. Mais plus grave encore, il faudrait combattre certains comportements « négationnistes » (cf. http://www.rond-point.qc.ca/suggestions/historiens.html ) au sujet de notre propre histoire nationale comme « nation canadienne-française ». (2) D’aucuns, à l’occasion de ce débat télévisé, ont même suggéré de se débarrasser de la devise du Québec ! En quoi le souvenir et la mémoire seraient-ils devenus tout à coup de mauvais partenaires de l’histoire québécoise ?

Tout un courant d’études historiques au Québec propose de réécrire l’histoire du Québec ex nihilo en vue de construire une nation québécoise toute nouvelle libérée du poids de son Histoire. (3) John Saul , Gérard Bouchard, Jocelyn Létourneau et d’autres, mais pour des raisons différentes, sont de cette école de pensée. Dans cet esprit, tout le courant de pensée sur le thème d’une société (québécoise-française) qui souffrirait du syndrome de la « victime », du misérabilisme, de la défaite, même de l’absence d’être. est une invention des partisans de l’interprétation « fédéraliste » de notre histoire. Il en est ainsi de tous les souteneurs de la théorie de la « lassitude québécoise concernant la question nationale » ; ces derniers se profilent depuis plusieurs années et tentent de faire passer leurs opinions pour des vérités. Comme on peut le voir, les techniques de propagande ne sont pas nouvelles. C’est tout simplement un discours idéologique, c’est-à-dire une simplification de la réalité ou de la complexité. (4) Tout cela tient de la même logique que celle qui a trait à la privatisation des services publics, à la mondialisation, à la fin des États-Nations, etc.

Fédéralisme et nationalités

Dans Les Normes, Maurice Séguin aborde la question du fédéralisme et des nationalités qu’il considère comme l’un des deux aspects majeurs des normes (l’autre se rapporte à la colonisation). Il constate que « deux thèses principales se heurtent : la « foi » indépendantiste et la « foi » fédéraliste. » (Cf. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/normes-30.html )

Il nous semble que la situation des trois invités de Radio-Canada correspond à cette description de Séguin au sujet de la position d’un individu mis en présence des rapports entre « fédéralisme et nationalités ». Voici donc l’extrait des Normes sur cette question :

3.10.4 DIFFICULTÉ DE DÉFINIR LA POSITION D’UN INDIVIDU (5)

3.10.4.1 Qu'il se range dans l'école indépendantiste, dans l'école impérialiste ou dans l'école fédéraliste, il n'accepte pas tout (ordinairement) de la doctrine globale.

3.10.4.2 Et ces nuances varient selon les saisons.
¸
3.10.4.3 Et parfois l'individu change de camp.

3.10.4.4 Ou encore un même homme peut regarder différentes nations, dont la sienne, dans des optiques différentes, c'est-à-dire être « impérialiste » à l'égard de telles nationalités, être « indépendantiste » ou être « fédéraliste » à l'égard d'autres nationalités. (Mots mis en gras par nous.)

Par ailleurs, il est possible d’ « identifier d’autres écoles ». Par exemple :

3.10.5.1 L'école « franchement » impérialiste qui sait mesurer la valeur de l'indépendance pour la nation même qui la possède et aussi pour les autres nationalités auxquelles cette indépendance est refusée ;

3.10.5.2 L'école « franchement » indépendantiste...

3.10.5.3 L'école « franchement » fédéraliste...

3.10.5.4 Toutes ces écoles « franches » se rejoignent comme doctrine sur le nationalisme.

Ces quelques notes montrent que les Québécois et les Québécoises doivent apprendre à se définir clairement. Ils doivent aussi admettre que tous ne partageront pas leur point de vue ou leur optique souverainiste dans le sens de l’indépendance. Ils doivent, toutefois, se convaincre que la majorité a des droits et que ces droits ne peuvent être bafoués sans mettre en péril l’unité québécoise et la cohésion sociale générale.

Quel chemin veut suivre le Québec ?

Une société ne peut être divisée éternellement contre elle-même sous toutes sortes de prétextes de droits individuels qui contrecarrent le droit collectif d’un peuple à s’autodéterminer. Le groupe majoritaire doit admettre cependant qu’il a un travail de sape à faire s’il veut réaliser son projet en harmonie avec les communautés ethniques et culturelles qui l’habitent. Trop d’événements consécutifs démontrent que le Québec ne doit plus vivre prisonnier des tenants du fédéralisme à tout prix.

Le Québec trouvera sa voie à deux conditions. En premier lieu, lorsqu’il démontrera ouvertement que le chemin qu’il veut suivre est l’indépendance ; en second lieu, lorsqu’il se libérera de tout son discours romantico-politique sur les rapports entre les peuples et sur les mythes au sujet de l’histoire et de l’espace canadien. Les Québécois-Français n’ont aucune raison d’occulter leur histoire depuis la naissance du premier Canada avec Champlain, en 1608. Ils n’ont pas non plus à rougir de leur comportement après la Conquête et des luttes qu’ils ont dû entreprendre pour « survivre ». Ils doivent donc se dire que si le Québec-Français existe aujourd’hui, c’est principalement à cause de leur désir de ne pas se laisser assimiler. il est cependant essentiel qu’ils comprennent clairement qu’ils forment une nation annexée.

La libération collective du Québec exige la désannexation, la dé-provincialialisation, la dé-fédéralisation, bref : la fin de la dépendance structurelle aux plans politique, économique et culturel. Le Québec-Français doit établir officiellement de nouvelles relations interétatiques avec le Canada, ses voisins américains, la France et la francophonie ainsi qu’avec les autres pays du monde. De cette manière, il pourra être enfin libre collectivement de prendre les décisions qui seront les siennes – selon la conjoncture du moment – et non celles d’un autre qu’il doit appliquer comme l’autre le veut. Le cas du projet d’union sociale lancée et défendue âprement par Ottawa constitue le contraire même des relations interétatiques. Ce sont des relations DANS le régime ce qui nous ramène à l’union fédérale de 1867.

L’union fédérale de 1867

Selon l’interprétation de Maurice Séguin, il s’agit là d’« un pacte qui consacre l’annexion ». (6) Voici en quels termes il explique cette situation :

Les Canadiens-Anglais, désirant conserver des gouvernements locaux, ont consenti à ce que l'autonomie locale des Canadiens-Français sous l'union soit transformée en une autonomie provinciale mieux organisée sous le régime de l'union fédérale. Les Canadiens-Français, sous la direction de Cartier, ont collaboré à la transformation de l'union législative en une union fédérale centralisée. Ils ont donné leur consentement à une entente entre chefs des colonies du British North America, entente à laquelle on a voulu lui donner le nom de pacte. Mais on voit ici le sens très restreint qu'il faut donner à ces termes de « pacte » ou de « traité ». Il ne faut surtout pas penser que le Canada-Français avait, avec LaFontaine et Cartier, retrouvé son entière liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans l'union fédérale de 1867, ni que le Québec est, avec l'Ontario, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick, le créateur de l'État fédéral - au moyen d’un pacte – et qu'advenant la violation de ce pacte, le Québec pourrait reprendre sa liberté.
Le Québec, d'ailleurs, eût-il été un État souverain en 1865, – c'est-à-dire un État qui aurait consenti librement à entrer dans une union fédérale – n'en serait pas moins annexé et on ne sort pas facilement d'une union fédérale qui dure depuis près d'un siècle. [Et maintenant depuis 143 ans et dans quelques années un siècle et demi de provincialisation.]

Et surtout, qu'on ne dise pas que le Canada-Français est en mauvaise posture parce que le pacte de 1867 n'a pas été respecté. C'est parce que le prétendu pacte de 1867 a été respecté dans ses grandes lignes et quant à son esprit, que les Canadiens-Français sont annexés, limités, provincialisés, comme il l'était déjà en 1841 et somme toute depuis la conquête.

Prendre conscience de cette interprétation de l’histoire canadienne, c’est s’ouvrir à une pensée autre sur l’histoire traditionnelle canadienne et québécoise. Cette conception de l’histoire n’est toutefois pas récente, elle remonte à 1946. Malheureusement, elle est occultée par les médias, les establishments intellectuels « négationnistes » et même parmi les troupes souverainistes – ce qui est une aberration inqualifiable. Cette situation inespérée profite à tous les fédéralistes et aux défenseurs de l’État canadien ou canadian.
Les tentatives de monopolisation idéologique


Une société démocratique vit des tensions qui surgissent au sein d’elle-même. L’équilibre qui s’établit atteint les consciences des individus qui croient que telles actions sont bonnes et que telles autres sont nuisibles, inacceptables ou inappropriées. Les choix sont affectés par les tentatives de monopolisation idéologique. Des individus ou des groupes cherchent à orienter les débats, à leur donner la coloration souhaitée et à présenter leurs solutions comme les meilleures, les plus pratiques ou les plus adéquates

– LE CAMP FÉDÉRALISTE
Le camp fédéraliste s’appuie sur la constitution canadienne et sur son rapatriement de 1982. Il jouit de l’appui d’une majorité de neuf provinces et du gouvernement central qui gère à son profit tout le « national » canadian. Depuis 1867, l’article 91 du British North America Act demeure intégralement et les modifications apportées en cours de route l’ont été, inévitablement, à l’avantage du gouvernement fédéral. Toute cette question a été très bien démontrée par Michel Brunet [(7) et voir infra un extrait du mémoire à l'Annexe.]

Le camp fédéraliste peut aussi s’appuyer sur la minorité anglo-québécoise et sur les groupes immigrants qu’elle a su angliciser à son profit. Il est aussi conforté par le nombre des anglophones en Amérique du Nord qui dépassent les 308 millions d’individus. Il profite du partage idéologique entre les citoyens et les citoyennes du Québec sur le statut politique du Québec. Les uns ne voient qu’un État provincial, d’autres souhaitent un État québécois national indépendant. Les deux camps idéologiques sont presque nez à nez.
Le camp fédéraliste jouit des prérogatives, des pouvoirs, des compétences et de la force de l’État canadian lui-même. Il détient donc les rennes d’un État-Nation indépendant avec tous les avantages que lui procure son status d’indépendance politique complète.

- LE CAMP DES SOUVERAINISTES

Le camp souverainiste, dominé par le Parti québécois, distille son programme politique qu’il révise depuis plus de trois décennies. De programmes politiques en plateformes électorales ou en projet de social-démocratie ou en une autre manière de gouverner, le Parti québécois n’en finit plus avec la question de la souveraineté. Il invente trop rapidement des solutions à des problèmes d’envergure et il tergiverse indéfiniment sur des histoires de langue commune, de filet de sécurité, de partenariat, d’union européenne, de mondialisation ou d’avenir de la culture québécoise française.

Le discours souverainiste stagne dans le courant romantico-politique. Par exemple, la conclusion de Bernard Landry à son Discours sur le budget 2000-2001 manifeste plus de rhétorique que de substance. (Cf. http://www.vigile.net/00-3/deshaies-8.html ) Le discours au sujet des communautés culturelles participe du même romantisme, c’est-à-dire de la même illusion nationale. On pense trouver la réponse à l’angoisse collective des Québécois dans la comparaison des nations en Occident, y compris le Québec. Le programme du Salon du livre de Québec des 12 au 16 avril 2000 nous annonçait une conférence de Gérard Bouchard où il serait question de confronter des « expériences collectives » en s’appuyant sur « l’histoire comparée » qui nous serait d’un précieux secours pour nous « révéler [ce] que les sociétés peuvent intérioriser très différemment des réalités similaires ». L’histoire comparée nous permettrait « aussi de déceler partout de fausses spécificités, des distorsions, des contradictions et de surprenants mutismes ». Cela est bien beau, mais si l’on comparait tout simplement le Québec et l’Ontario, on découvrirait assez rapidement que pour les Ontariens le régime fédéral canadien est principalement un système administratif de gouvernement tandis que pour les Québécois, la fédération canadienne est perçue comme un régime politique où l’autonomie gouvernementale des provinces est en quelque sorte un principe sacré. La réalité est plus complexe, comme le montre la citation de Maurice Séguin ci-dessus au sujet de l’union fédérale de 1867.

Les partisans du camp souverainiste pensent aboutir à leurs fins en proclamant haut et fort qu’ils sont souverainistes, mais qu’entre-temps il importe de résoudre des problèmes de société. Par exemple, la question de la nation pluriethnique et de la langue commune fait partie de la panoplie des sujets de discussions. Il sera toujours temps, après avoir réglé ces questions, de dénouer l’impasse de la « question nationale ». Malheureusement, la confusion entre le « social » et le « national » empêche de voir le véritable enjeu de l’unité québécoise et de la souveraineté du Québec.

Le camp souverainiste manque de cohésion. Il s’embourbe facilement dans les questions névralgiques comme la langue, son statut d’État indépendant, ses rapports avec les minorités ethniques ou culturelles, ses comportements face à l’État canadien et, surtout, ses rapports avec les Québécois-Français et, principalement, avec les souverainistes eux-mêmes. Il existe au Parti québécois une culture de fédéralisme inconscient qui ne facilite pas la clarification de sa position idéologique.

Il n’en demeure pas moins que deux idéologies opposées, la « foi » fédéraliste et la « foi » indépendantiste, s’affrontent au Québec sur le régime politique canadien. Chacun des camps essaie de monopoliser l’opinion publique en sa faveur. D’où l’importance pour les fédéralistes d’inscrire à l’antenne de la télévision canadienne, au Québec, cette émission sur « Comment s’en sortir ? » Madame Gretta Chambers, ex-principal de l'Université McGill, n’a pas hésité d’affirmer que l’ambivalence était un mythe et qu’en fait « l’idée d’une porte ouverte ou fermée ne vient à personne » ! Quelle franchise ! Trudeau n’aurait pas répondu mieux.
En effet ! « Comment s’en sortir ? »

La neutralité de la question comble un vide. Pourtant, la question est nulle. Elle devrait plutôt être : « Comment le Québec peut-il devenir indépendant ? » N’est-ce pas plus « clair » ? Cependant, il ne faut sûrement pas s’attendre, puérilement, à ce que la Société Radio-Canada s’investisse dans cette direction. C’est pourquoi les Québécois doivent être vigilants devant tous ces débats qui sont caducs au point de départ.

Le professeur et anthropologue de l’université Laval, Bernard Arcand, a exprimé le ras-le-bol généralisé au Québec au sujet des émissions d’affaires publiques qui ne consistent plus qu’à faire des commentaires sur des opinions et à émettre d’autres opinions sur celles qu’on a déjà formulées. Nous n’avons plus de débats d’idées. Il a même osé déclarer: « Attention à la lecture des résultats » du sondage au sujet de la « lassitude ». (Le sondage donnait 79 % et des poussières). Il ajoutait : « Ça ne veut pas dire que la question sous-jacente n’intéresse personne. Qui en parle ? Il se peut que ceux qui en parlent soient profondément ennuyeux. » Il fallait du cran pour faire cette affirmation devant Jean-François Lisée, Alain Dubuc, l’expert en sondages, les animateurs, les autres participants et participantes triés sur le volet et le public québécois en général. Bravo ! Souhaitons que le message passe !

(30)

Bruno Deshaies
http://www.rond-point.qc.ca/auteur/livres/nationalismes.html


Québec, 13 avril 2000
Date de révision du texte : 3 mai 2010.

RÉFÉRENCE :

Maurice SÉGUIN, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, 1997
(coll. « Bibliothèque d’histoire » sous la direction d’André Lefebvre). Préface par Bruno Deshaies.

ANNEXE

Michel Brunet

La primauté de l’État du Québec

//285// Le gouvernement et le territoire du Québec constituent l’État national des Canadiens français. Il y a quelques années [nous sommes en 1964], seule une très faible minorité de dirigeants Canadiens français reconnaissait ce fait qu’appuient trois siècles et demi d’histoire et de vouloir-vivre collectif de quelque cinq millions d’hommes et de femmes qui se disent Canadiens français du Québec. Aujourd’hui, qui ose le nier ?

Cette constatation, qui a si longtemps tardé, entraîne nécessairement une révolution politique. Il ne sert à rien de se le cacher. Une collectivité n’apprend pas soudainement que le nombre et la démocratie lui donne la maîtrise d’un État sans procéder aussitôt à une révision radicale des options politiques et idéologiques qu’elle s’était données à une époque où elle acceptait docilement de vivre en état de subordination. Les Canadiens français sont à la recherche d’une solution globale au problème de leur collectivité. Pour y parvenir, ils comptent sur l’action dynamique du gouvernement du Québec. Investi de la lourde responsabilité d’assurer le progrès collectif de la nation canadienne-française et la promotion sociale de ses membres, celui-ci est appelé à étendre considérablement ses pouvoirs. Il s’est engagé dans cette voie depuis quelques années [sous le gouvernement de Jean Lesage] mais il est de plus en plus évident que la constitution de 1867 ne répond plus aux exigences des Canadiens français de la seconde moitié du XXe siècle.

Les défenseurs de l’ordre établi invoquent l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et les impératifs de l’unité nationale. Ces arguments ne peuvent impressionner que la majorité anglo-canadienne puisqu’ils servent ses intérêts nationaux [canadians]. Un Canadien français du Québec conscient des défis auxquels fait face sa nation, ne peut que refuser de les recevoir. Une constitution se change lorsqu’elle ne répond plus aux demandes de millions de citoyens décidés à se comporter en majorité sur le territoire où ils forment 80 % de la population et à se donner les cadres politico-économiques nécessaires à //286// leur progrès. Quant à l’unité nationale, quiconque a étudié l’histoire du Canada sait qu’elle n’a toujours été qu’un moyen de coercition entre les mains de la majorité anglo-canadienne. Chaque fois que l’unité nationale [canadian] a triomphé c’est parce que les Canadiens français se sont inclinés devant le Canada anglais. Cette époque semble révolue. Le plus sage c’est de l’oublier et de construire l’union canadienne en partant de nouvelles prémisses et en s’appuyant sur de nouvelles bases.
__________________

N. B. Consulter infra la référence à la note no 7. Cet extrait du Mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal au Comité parlementaire de la constitution du gouvernement du Québec (1964) annonce la souveraineté-association de René Lévesque en 1968. Cette lutte entre deux options fédéralistes au sujet de l'Option Québec dans l'esprit d'une nouvelle union canadienne. Le cancer qui ronge les souverainistes frileux et attentifs aux projets de fédération entre états indépendants à l'exemple du cas de figure de l'union européenne. Quand ce n'est pas cette idée, ils rêvent d'une révolution politico-démocratique au sein du grand tout canadian en s'imaginant atteindre l'indépendance du Québec au sein d'une grande union pancanadienne d'un nouveau style sans qu'on sache à quel monstre pourrait ressembler cette nouvelle bête politique postmoderne.

NOTES
(1) Nous avons dénoncé cette forme de pensée dans un article antérieur au sujet de la science historique. (Cf. « Importance du sujet » dans http://www.vigile.net/00-4/deshaies-10.html )

(2) Cette mentalité se retrouve dans Michel Venne, dir., Penser la nation québécoise. [Textes présentés à l’occasion d’un colloque tenu à l’Université McGill en octobre 1999.] Montréal, Québec Amérique, 2000, 309 p. (coll. « Débats » no 5). Cet ouvrage a été préparé et publié grâce à l’appui du Fonds Desjardins du Programme d’études sur le Québec (PÉQ) de l’Université McGill. La collection « Débats » est dirigée par Alain-G. Gagnon, professeur titulaire au Département de science politique et directeur du Programme d’études sur le Québec (PÉQ) de l’Université McGill. Monsieur Gagnon était l’invité spécialiste de l’émission de la Société Radio-Canada, du 9 avril 2000, sur « Comment s’en sortir ? »

(3) Voir les articles publiés dans Le Devoir, au cours de l’été 1999, sous le thème « penser la nation québécoise... » (Cf. supra note 2). L’historienne Andrée Ferreti a vu juste dans ce débat lorsqu’elle a écrit, récemment, dans L’Action nationale : « ILS N'ONT PAS PENSÉ LA NATION QUÉBÉCOISE. Ils en ont fabriqué une de leur cru. » (Cf. http://www.rond-point.qc.ca/revues/an/default.htm )

(4) Une suggestion de lecture pour tous ceux qui seraient intéressés par la question de la « psychologie de l’historien », consulter Herbert Butterfield, The Whig Interpretation of History, Londres, G. Bell and Sons, Ltd, 1931/1968, 132 p. En livre de poche en 1994. Maintenant disponible en ligne (cf. http://www.eliohs.unifi.it/testi/900/butterfield/ )

(5) Texte disposé selon le système décimal de références établit par Le Rond-Point des sciences humaines. Un extrait sur http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/sociologie-04.html Voir aussi, Les Normes de Maurice Séguin, édition Tousignant (Guérin, 1999), p. 193.

(6) Histoire de deux nationalismes au Canada, Guérin, 1997, p. 398-399.

(7) Il s’agit en particulier du Mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal au Comité parlementaire de la constitution du gouvernement du Québec (1964). « L’auteur [Michel Brunet] a rédigé les quatre premiers chapitres de ce mémoire au cours desquels il expose la nature du fédéralisme, le caractère originel de 1867, ses transformations durant le siècle qui suivit et les principales étapes de l’évolution historique de la collectivité canadienne-française depuis la Conquête jusqu’à la présente décennie. Le dernier chapitre qui recommandait l’adoption d’une nouvelle constitution canadienne et la création de deux États associés a été supprimé car il représentait exclusivement les vœux du Conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste et de son comité du mémoire. (p. 233-234) » Ce mémoire a été reproduit dans Michel Brunet, Québec Canada Anglais. Deux itinéraires. Un affrontement, Montréal, Les Éditions HMH, 1968, 309 p. (Coll. « Constantes » 12), sous le titre « LE FÉDÉRALISME, L’ACTE DE L’AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE ET LES CANADIENS FRANÇAIS » (p. 231-286). Deux « Conclusions » terminent le mémoire : 1) La création d’États associés ; 2) La primauté de l’État du Québec.

dimanche 28 juin 2009

Les discours patriotiques de la Fête nationale

Le frêle discours de la soumission
Lettre à Suzanne Clément
Bernard Desgagné

Tribune libre de Vigile jeudi 25 juin 2009

Autres déclamations des dix dernières années à la Fête nationale

Julien Poulin, alias Bob Gratton
Discours patriotique du 24 juin 1998

27 juin 2009, par Bruno Deshaies

Pour celles et ceux qui aiment faire de l’analyse politico-culturelle et sociale, voici une autre référence aux discours patriotiques de la Fête nationale du Québec.

Continuer la recherche et faites-nous part de vos trouvailles et surtout de votre point de vue sur la culture, le politique et l’indépendance du Québec.

P.-S. Les Québécois devront un jour prendre les MOYENS pour suivre le chemin de l’indépendance. Or, en ce moment, les souverainistes font la nage sur place en attendant d’être noyés dans le grand tout anglo-saxon.


Discours patriotique de Gilles Pelletier à la Fête nationale
le 24 juin 2001 sur les Plaines d’Abraham

28 juin 2009 Bruno Deshaies

Extrait :

« Je vous sent prêt à vous embarquer /Alors que moi, faut bien le dire, / J'ai passé l'âge des grandes traversés en solitaire; /J'ai besoin d'un équipage; / Sans équipage, j'peux plus prendre la mer. / Ce soir, je suis venu vous dire / Que j'ai besoin de vous. »

Il est temps d’exiger du MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOISES ET DES QUÉBÉCOIS un changement de cap au sujet des « discours patriotiques » du 24 juin. L’ambigüité persistante sur l’avenir du Québec est aujourd’hui dépassée par un large segment de la population québécoise. Le Mouvement national prend du retard sur les événements réels qui façonnent en ce moment la société québécoise. Quant au Conseil de la souveraineté, il serait temps qu’il ouvre grandement ses oreilles pour saisir la grogne des indépendantistes qui piaffent d’impatience à écouter toutes sortes d’inepties sur la souveraineté du Québec.

Bref, les déclamations du 24 juin représentent en ce moment un autre temps. Le rêve est connu. Les moyens sont là. Mais la détermination est absente. Les VOLONTÉS ne sont pas réunies.

Le RRQ fait de grands efforts. Mais cette LUTTE NATIONALE au second degré nous maintient dans un état de minoritaire. En revanche, l’affirmation de la lutte nationale au troisième degré entraîne un regard sur nous de majoritaire et de majeur. Elle consiste à exprimer ouvertement que ce pays sera gouverné par la collectivité nationale de tous les Québécoises et Québécois qui défendront bec et ongles l’indépendance du Québec à commencer par l’Idée d’indépendance elle-même.

dimanche 21 juin 2009

De quelle stratégie de convergence s’agit-il ?

« Où sont-ils les outils dont les souverainistes optimistes auront à se servir demain pour défendre la cause de l'indépendance du Québec à moyen et à long terme ? »


Montréal, 21 juin 2009 Bruno Deshaies

Bonjour Monsieur Michel Gendron,

Une remarque préliminaire. J’aurais aimé vous écrire personnellement, mais vous n’osez pas mettre comme Ougho ou comme Louis Lapointe et certains autres, ce message supplémentaire à la fin de votre article : Envoyer un message privé à Michel Gendron. C’est dommage.

Au sujet de la stratégie de convergence, on en parle beaucoup mais c’est plutôt platonique. J’aimerais aborder le problème différemment.

J'imagine qu'elle commencera, cette stratégie, le jour où nous cesserons d'écrire des analyses de situation et que nous commencerons par nous parler au lieu de nous écrire des épîtres les uns les autres par médias interposés soit La Presse ou Le Devoir ou même Vigile qui est presque du pareil au même.

Les messages personnels, ça existe ! Pourtant, on est là à se gratter partout comme Foglia, à faire de la sémantique où ce n'est pas nécessaire, à s'enivrer de sondages, à s'engager dans n'importe quelle discussion qui finalement aboutit en queue de poisson parce que les fondements de l'indépendance ne nous intéressent pas. Nous voulons être dans l'action et faire de la politique, un point et c'est tout.

Ce murmure de convergence semble vouloir rafistoler bien des choses contradictoires dans une perspective à court terme : la prochaine élection provinciale. Le PQ veut battre Charest et le PLQ. Bravo ! Tout un horizon pour l'indépendance du Québec !

Où sont-ils les outils dont les souverainistes optimistes auront à se servir demain pour défendre la cause de l'indépendance du Québec à moyen et à long terme ? Avec un discours par ci par là ? avec une petite crise de relations fédérales-provinciales ? avec le budget du Québec ? Bref, avec n'importe quoi et toujours la même impréparation pour agir efficacement dans la voie tracée en vue d’atteindre l’indépendance.

Marois a rédigé son plan, Parizeau a fait son discours, Landry prévoit pondre prochainement un document, Bruno Deshaies a écrit 365 chroniques dans Vigile et beaucoup d’autres en ont fait autant. Finalement, tout le monde glousse à tout moment un petit cri. Le dernier gloussement concerne la réalisation d’États généraux de l’indépendance. Quelle affaire !

Pendant tout ce temps consacré à ce spectacle médiatique, le mouvement qui pourrait prendre forme ne se crée pas. Les souverainistes sont compartimentés sauf sur un point : ils rêvent que le PQ va faire l’indépendance du Québec sans une démarche profonde de persuasion de la population et sur un coup de tête électoraliste. Là, nous avons un grave problème. L’Autre, le Canada-Anglais et son gouvernement central, n’hésiteront pas à prendre les moyens les plus lourds pour nous déstabiliser.

Qui veut prendre le téléphone pour réunir ceux qui croient que des indépendantistes peuvent se parler entre quatre yeux. Pas à l’occasion d’un colloque, pas à l’occasion d’États généraux, mais entre des personnes qui souhaitent faire avancer l’Idée d’indépendance dans le cerveau des Québécois sans militer à tout prix dans un parti politique. Selon moi, c’est possible. C’est d’autant plus possible que « les décrocheurs du PQ », les indépendantistes – comme on les appelle – ne demanderaient pas mieux de voir élargir le cercle du mouvement indépendantiste auprès de la population, par une approche plus originale que celle que nous subissons actuellement par l’approche péquisto-fédéraliste qui remonte au MSA de René Lévesque.

Se pourrait-il que les Québécois en aient marre du « tataouinage » des élites souverainistes ? On le voit, elles n’osent pas s’impliquer plus systématiquement dans l’action, à part de palabrer devant la « tribu » (pour reprendre une accusation de Trudeau à notre endroit) et qui prétendent dur comme fer de défendre les intérêts supérieurs du Québec. L’a-t-on entendu assez souvent cette étonnante expression là ?

Les Québécois ont compris qu’ils sont enfermés dans le fédéralisme canadian. Ils ont compris qu’ils veulent se gouverner eux-mêmes et par eux-mêmes. Ils veulent s’en sortir. Or, l’élite indépendantiste n’est pas au rendez-vous. Il lui manque le cadre conceptuel valable pour entreprendre le combat à court, moyen et long terme. Ici, il n’est pas question de souffrir d’une élection à l’autre à attendre le sauveur. Les chefs péquistes sans exception ont terminé leur carrière de premier ministre par une démission plus ou moins fracassante. Nous constatons aujourd’hui l’ampleur du désastre. Nous devons entreprendre une nouvelle démarche qui mettrait au travail des dizaines de centaines, des milliers de Québécois qui feraient d’abord leur devoir avant de crier au loup.

vendredi 19 juin 2009

La Realpolitik et l’indépendance du Québec

Louis LAPOINTE, dans WWW.VIGILE.NET, vendredi, 12 juin 2009.

« J’étais présent à ce fameux colloque de l’IPSO, et avant d’écouter bien attentivement ce que Jacques Parizeau avait à nous dire, j’avais entendu les messages de Louis Bernard, Robert Laplante, Pierre Graveline, Anne Légaré et Bruno Deshaies. C’est probablement de leurs propos dont s’est inspiré Jacques Parizeau lorsqu’il a fait son discours, lorsqu’il nous a dit sur le ton de la confidence qu’il préférait l’élection référendaire au référendum, mais qu’il s’était plié à la volonté démocratique des membres du Parti Québécois à ce sujet. »

REMARQUE PRÉLIMINAIRE

Nous résumons de mémoire le point de vue que nous avons exprimé à l’occasion d’une intervention comme participant au Colloque des IPSO (les intellectuels pour la souveraineté) tenu à Montréal, samedi, le 6 juin 2009, sous le thème : « Pour que la prochaine fois soit la bonne ! »

Parce que monsieur Louis Lapointe m’a fait le plaisir de citer ma participation au colloque et signaler son effet sur les participants, je voudrais présenter ici un résumé un peu plus étoffé de mon intervention.

– Point de vue exprimé par Bruno Deshaies

La question de l’indépendance politique relève de la Realpolitik. Il s’agit d’un rapport de force entre deux collectivités nationales. Et ce qui va se passer se déroulera inévitablement dans le TEMPS. Par conséquent, il faut reconnaître notre passé, agir dans le présent et anticipé l’avenir.

Quant à notre passé, il faut bien admettre que la société québécoise existe. Cette société vit, agit et s’affirme. Cependant, il lui manque une logique fondée sur un cadre conceptuel de l’indépendance du Québec. Et, stratégiquement, nous sautons toujours cette étape importante.

C’est un énième abrégé de notre pensée politique que j’ai entendu ce matin et que nous lisons régulièrement sur le site Internet de VIGILE. Nous possédons là une bibliothèque virtuelle monumentale de ce que nous sommes en tant que souverainistes. On ne saurait dire à quel point ce site peut être instructif pour tous et toutes les indépendantistes. On y voit que la société québécoise a ses forces et ses faiblesses ; elle est divisée ; elle est mêlée ; pourtant, elle excelle dans certains domaines de la culture et de l’économie. Elle n’en demeure pas moins fragile. Il y a toutes nos forces et nos faiblesses comme société : les souverainistes lucides contre les « purs et durs » ; les fédéralistes autonomistes contre les fédéralistes souverainistes, tout comme les confédéralistes qui sont pour et contre, les souverainistes partisans qui ne discutent que de stratégies, etc. Malgré nos bonnes intentions, il faudrait reconnaître que le combat pour l’indépendance ne sera pas une sinécure.

J’ai bien aimé les exposés de Robert Laplante et de Louis Bernard. Dans les deux cas, l’affirmation nationale est sans équivoque. Notre problème tient principalement au fait qu’on se refuse de créer un centre de l’indépendance du Québec qui aurait pignon sur rue quelque part et qui serait doté d’un minimum de moyens d’action. Il faut fédérer les énergies indépendantistes et cessez de se compartimenter entre nous. Cette étape précède les stratégies ouvertes ou de la tribune pour lesquelles nous abusons trop joyeusement.

Si l’indépendance est une fin, il ne faudrait pas se surprendre de la réaction de l’Autre, c’est-à-dire du Canada-Anglais, même s’il est dirigé par un Canadien français ou un Québécois.

Nous avons un travail de persuasion à réaliser. Malheureusement, force est de constater que nous sommes en état de destruction. Il importe de faire l’union des forces des Québécois-Français comme majorité au Québec. Il faut réunir les énergies par-delà les partis politiques.

Le combat ne sera pas facile. Il supposera un affrontement. L’Autre aura son mot à dire. Il semble que les souverainistes n’ont pas encore compris que les Canadians peuvent réagir et que, de toute façon, ils agissent de façon permanente sur le dossier du Québec. Et peu importe, ils interviennent à leur gré et selon les standards établis depuis longtemps sur la base de l’« unité canadienne » from coast to coast. C’est ainsi que l’union politique a conduit à l’union économique, puis à l’union culturelle et en ce moment à l’union sociale et à l’intégration du Québec dans les forces armées canadiennes, entre autres, sans compter l’assurance-emploi, les pensions de la sécurité de la vieillesse, les allocations familiales, etc.

15 juin 2009

P.-S. Il serait intéressant de prendre le temps de réfléchir sur le thème qui suit : « La CRISE: une gigantesque improvisation ».

vendredi 12 juin 2009

Andrée FERRETTI et le Plan Marois

« Sauver les meubles »

Andrée Ferretti
Tribune libre de Vigile
jeudi 11 juin 2009
ICI : http://www.vigile.net/Sauver-les-meubles

Notre commentaire

12 juin 2009

En opposition au ronron des péquistes

« Les indépendantistes ne doivent donc rien attendre de plus de lui [le PQ].
Ils doivent mener le combat en dehors de ses rangs,
tout en le considérant comme leur meilleur allié.
C’est en ce moment un impératif catégorique. »
(Andrée Ferretti)

Ce constat est tellement évident qu’il est extrêmement pénible de voir certains commentateurs sur Vigile.net s’évertuer à se faire du cinéma en dehors de la réalité. Penser en présence des faits doit devenir la logique de L’Idée d’indépendance CONTRE L’Idéal fédéral de l’auguste André Pratte et consul du fédéralisme et de l’orthodoxie du statu quo depuis le temps, à tout le moins, de Thomas Chapais.

Madame Ferretti nous dit bien que « les indépendantistes […] doivent mener le combat en dehors de ses rangs [ceux du PQ], tout en le considérant comme leur meilleur allié. »

Idée sacrilège ! Le troupeau ne peut pas être subdivisé. Une histoire de mouton de Panurge… Ne pourrions-nous pas faire confiance à madame Ferretti sur ce point ! Son vécu dans la mouvance souverainiste n’est-il pas encore assez fort ? Arrêtons de nous amuser à discuter comme les théologiens du Moyen Âge. Le verbiage est terminé. Le pontife du souverainisme, Jean-François Lisée, n’est préoccupé que par les sondages. Ce comportement est tellement vrai qu’il récidive depuis 1976 sur le même thème du yo-yo des résultats successifs de l’évaluation (?) de l’opinion publique au sujet de la place de la souveraineté dans la population québécoise.

L’action sollicite les indépendantistes à mettre au pied du mur les Marois, les Parizeau, les Landry et les Larose à cesser de gesticuler et d’ergoter pour créer une crise artificielle. Faites valoir, mesdames ou messieurs, votre savoir faire pour créer une action collective d’envergure qui mettra fin à votre vedettariat. Mettez-vous du côté des combattants indépendantistes qui sont dans la société civile. Marchez avec eux et non sans eux. Réunissez du monde. Faites bouger les milieux d’affaires. Prenez le temps de préparer avec les membres de la société civile des actions qui formeront les Québécois et les Québécoises à L’Idée d’indépendance au-delà de la seule prise du pouvoir à Québec dans un État qui est toujours provincial.
Cette lutte nationale transcende les officines du PQ et BQ.
Les chefs de file souverainistes devraient réviser leur stratégie.

O O O

Nous suggérons la lecture de Josée Legault, « Un jugement sévère. » Dans VOIX PUBLIQUE, VOIR, 9 juin 2009, p. 9.


vendredi 29 mai 2009

"Vivre le Québec libre !"

Charles de Gaulle

Discours de Montréal, 24 juillet 1967

Le général de Gaulle accompagné du Premier ministre québécois, Daniel Johnson, s'est rendu par la route de Québec à Montréal. Tout au long du trajet, il a reçu un accueil enthousiaste de la part de la population. Reçu à l'Hôtel de ville par le maire de Montréal, M. Drapeau, il adresse à la foule massée sur la place une allocution improvisée dont le texte a pu être rétabli.
ICI : Perspective Monde. Université de Sherbrooke. Événements.

Texte du discours de Charles de Gaulle

C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville française de Montréal. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue de tout mon cœur. Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre. Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter c'est la nôtre.

Si vous saviez quelle confiance la France, réveillée après d'immenses épreuves, porte vers vous, si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada et si vous saviez à quel point elle se sent obligée à concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords, pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française. Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France.

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec !

Vive le Québec libre !

Vive le Canada français ! et vive la France !