jeudi 31 janvier 2008

Le nouvel esprit de la politique coloniale britannique

PRÉSENTATION

La Grande-Bretagne est en pleine révolution industrielle et ce n'est pas une raison pour qu'elle abandonne l’empire, c’est-à-dire ses colonies. Dans son discours au sujet de la crise entre les deux Canadas, Huskisson mentionne la loyauté des sujets britanniques, la nécessité de garder une colonie [par ex.: la Louisiane]. Il envisage l’évolution graduelle des colonies dans la perspective de « Free nations » ; il considère qu'il n'est pas inutile d’envoyer le surplus d’une population pour former une nouvelle nation « anglo-saxonne ». Il croit en la nécessité de guider les colonies. Il voit l’Angleterre et les colonies comme une grande famille. Il est en quelque sorte un impérialiste exalté. Bref, il est un libéral avancé au milieu d’un gouvernement tory.

Au moment où William Huskisson prononce ce discours concernant les affaires canadiennes, le gouvernement tory dont il fait partie perdra le pouvoir aux mains des Whigs. Il dresse quand même un plaidoyer très favorable au maintien de l’empire. Ce discours se situe dans le contexte de la création du comité spécial de la Chambre des communes pour faire rapport sur la question canadienne et la problématique de la crise politique.(@) Ce sera le début de la nouvelle direction de la formation du Second Empire britannique après le traité de Paris en 1783 qui a consacré l’indépendance des États-Unis d’Amérique.

31 janvier 2008

DOCUMENT

DISCOURS D’HUSKISSON SUR L’AFFAIRE DU CANADA (*)
(1828)

Avant de m’asseoir, qu’on me permette seulement d’ajouter un mot ou deux touchant une thèse qu’on a insinuée dans cette Chambre et discutée ailleurs.

Je fais allusion à ce qui s’est dit quant à la politique de se dessaisir entièrement de la colonie. Ceux qui pensent qu’il serait prudent de le faire pourront dire que nous devrions nous éviter la peine et les efforts d’améliorer l’état des provinces en prenant le meilleur et le plus sage parti de s’en défaire totalement.

Que ceux qui raisonnent de la sorte tiennent compte qu’il s’agit de nos compatriotes nés comme nous dans l’allégeance du roi, accomplissant tous les devoirs de sujets, voulant le demeurer et accomplir toutes les obligations que requiert leur allégeance à la Couronne.

Je dis que tant qu’il en sera ainsi ils auront à juste titre le droit de nous réclamer cette protection dont les auront rendus si dignes leur fidélité et leur bonne conduite.

D’un tel sujet, je ne débattrai point – l’importance pour la Grande-Bretagne de ces provinces des points de vue naval, commercial et politique est toutefois très facile à soutenir –, mais avant même qu’ils se hasardent à se permettre une allusion à une conclusion semblable à celle que je viens d’évoquer j’adjure ces honorables messieurs de réfléchir à l’honneur politique de ce pays et à l’impression morale que produirait sur toutes les nations un pareil abandon que rien n’impose et qu’on ne nous aura jamais demandé.

Renoncerons-nous sans défi à une telle colonie ?

Ou bien en ferons-nous – comme on l’a fait d’une autre partie de l’Amérique ayant appartenu elle aussi à la France, je veux dire la Louisiane – une question de livres, de shillings et de pence ?

La vendrons-nous à une autre puissance ? L’Angleterre n’est pas tombée si bas. Nous sommes unis au Canada par les ressouvenirs de courage honorable, tant naval que militaire. C’est un trophée trop glorieux pour s’en dessaisir de l’une ou de l’autre façon que j’ai évoquée. Nous ne pouvons que conserver le Canada par tous les moyens à notre disposition ; si nous ne voulons ternir notre honneur, nous sommes tenus d’accorder jusqu’au bout notre protection au Canada. Cela, par conséquent, n’est pas une opinion qu’en cette matière nous puissions considérer, ne fût-ce qu’un instant.

C’est en outre un pays où, ne l’oublions pas, l’on ne rencontre aucune de ces fâcheuses distinctions sévissant en certaines de nos autres colonies – aucune division en castes, aucun esclavage – le peuple y est presque, si je puis dire, comme une famille unie à ce pays-ci par les liens les plus intimes.

L’Angleterre a enfanté plusieurs colonies, l’une desquelles forme l’un des plus grands et des plus prospères empires au monde ; par elle et par d’autres, nous avons projeté jusqu’aux endroits les plus reculés du globe notre langue, nos libres institutions et notre système juridique. Ce que nous avons planté de la sorte prend maintenant racine et ce qu’aujourd’hui nous nourrissons comme autant de colonies seront sans doute un jour ou l’autre elles-mêmes des nations indépendantes communiquant la liberté aux autres pays.

Si l’on me dit que, pour ce faire, nous avons consenti à de grands sacrifices, je répondrai : ainsi soit-il car, malgré ces sacrifices, l’Angleterre demeure encore, en raison de cette extension, la plus puissante, la plus heureuse des nations qui existent ou n’aient jamais existé. Je dis en outre que nous serions bien rémunérés pour tous les sacrifices à venir, que d’avoir donné naissance à des pays où l’on jouira, encore longtemps j’espère, du même bonheur et de la même prospérité que ceux qui ont marqué ce pays.

Cela sera notre récompense pour avoir établi notre excédent de population non seulement en Amérique, mais en d’autres régions du monde.

Quel plus fort sentiment de fierté pour un Anglais que de sentir que l’Angleterre, envers le monde, a fait son devoir en tentant avec succès de l’améliorer ? Que le Canada demeure à jamais une dépendance de l’Angleterre ou qu’il devienne un État indépendant – non par une séparation hostile, mais, je l’espère, par un arrangement à l'amiable – il reste du devoir et de l’intérêt de ce pays-ci de l’imprégner de sentiments britanniques et de le doter de lois et d’institutions anglaises.

(*) KENNEDY, W. P. M., Statutes, Treaties and Documents of the Canadian Constitution 1713-1929, Oxford University Press, 1930, pages 253-254. ICI : http://www.canadiana.org/ECO/PageView?id=a537d87d5f15b21a&display=9_03428+0281

Notice biographique

HUSKISSON, William (11 mars 1770 - 15 septembre 1830), devient secrétaire particulier de l’ambassadeur britannique en France ; revient en Angleterre en 1792 et se fait élire pour le parti Tory en 1796 ; prononce son premier discours à la Chambre des communes en 1798 ; Pitt le nomme secrétaire au Trésor en 1804 ; publie en mai 1810 un pamphlet intitulé Depreciation of the Currency ; redevient député en 1812 dans un comté du Sussex ; Lord Liverpool le nomme Président du Board of Trade dans son Cabinet en 1822 ; élu membre du Parlement dans Liverpool en 1823 ; accepte de présenter des mesures de réformes des Corn Laws en1826, mais sans succès ; défendra des mesures de libéralisation du commerce ; refuse d’entrer dans le cabinet du Duc de Wellington en 1828 ; maintient sa position en tant que Tory libéral ; est frappé par une locomotive à l’ouverture de la voie ferrée du Northumbrian le 15 septembre 1830.


________________________________________________

(@) « Report of the select committee on the state of the civil government of Canada » (22 juillet 1828).
Référence : KENNEDY, W. P. M., éd., Statutes, Treaties and Documents of the Canadian Constitution, 1713-1929, 2e éd., revue et augmentée, Toronto, Oxford University Press, 1930, pages 254-259. ICI : http://www.canadiana.org/ECO/PageView?id=239307333eaa368a&display=9_03428+0283

« Rapport du comité de la Chambre des communes, 1828. » Dans Arthur G. Doughty et Norah Story, éds, Documents relatifs à l’histoire constitutionnelle du Canada 1819-1828, Ottawa, J. O. Patenaude, 1935, pages 463-474. ICI : http://www.canadiana.org/ECO/PageView?id=23d0e67e833ee5fc&display=9_03426+0475
________________________________________________

mardi 8 janvier 2008

Les hauts et les bas de la politique québécoise de 1867 à nos jours

Un rappel

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 281

L’élection provinciale 2007
S’agira-t-il d’un pouvoir usurpé par de fausses promesses et des engagements bidon ?
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies dans Vigile.net jeudi 22 mars 2007 (08.01.2008 : 1062 visites)

Source : http://www.vigile.net/L-election-provinciale-2007
(Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

lundi 7 janvier 2008

La mésinterprétation par le Canada-Anglais du 400e anniversaire de la ville de Québec

400e - une affaire canadiAn ?

Pour qui le 400e anniversaire de la ville de Québec ?
C’est plus que la Fête qui va être gâchée, c’est l’avenir même de l’indépendance du Québec qui est bloqué une fois de plus
Bruno Deshaies
Tribune libre de Vigile jeudi 3 janvier 2008 (330 visites + 3 messages (07.01.2008)

Source : http://www.vigile.net/Pour-qui-le-400e-anniversaire-de
Consulter : « Dans ce Dossier » tous les textes réunis par Vigile.net ( http://www.vigile.net/-Quebec-2008-400e-anniversaire- )

Selon le point de vue de l'État canadien et des Canadians, le 400e anniversaire de la ville de Québec constitue le point de départ du Canada-Anglais actuel. Pourtant, la fondation de Québec par Champlain marque surtout l'acte de naissance du premier Canada, c'est-à-dire de la Nouvelle-France. Ceci est bien loin de l'acte de naissance du Canada-Anglais qui débute avec la conquête du Canada par les armées britanniques en 1760. Ce deuxième Canada est un nouveau Canada dans lequel seront annexés les Canadiens de la Nouvelle-France.

Le Canada-Anglais fait de la mésinterprétation historique en prétendant voir sa naissance dans la fondation de Québec en 1760. C'est un leurre comme seuls peuvent se payer les « amis » du fédéralisme canadian et même des nationalistes québécois-français.

La seule façon de réagir à cet événement construit de toutes pièces par le fédéral, c'est de transmettre à la population le sens de l'optique indépendantiste pour faire contrepoids aux défenseurs du fédéralisme. Et qu'on ne vienne pas nous arbitrer ce débat avec des nuances byzantines fondées sur la théorie des antithèses parce qu'une option légitime s'oppose à une autre option qui est positionnée dans une posture de dominant.


dimanche 6 janvier 2008

Le Québec sous haute surveillance

« Les agents d’Ottawa s’infiltrent partout, se mettent les pattes dans tout. » (René Marcel Sauvé)

Rien n’est changé depuis la crise d’octobre
René Marcel Sauvé
Tribune libre dans www.Vigile.net 6 janvier 2008
Source : http://www.vigile.net/Rien-n-est-change-depuis-la-crise

Monsieur Sauvé met en évidence une énième fois la haute surveillance par les services fédéraux canadians des comportements du Québec à tous égards. Savons-nous jusqu’à quel point l’État fédéral peut se donner d’ÉNORMES pouvoirs dissimulés ? Savons-nous jusqu’où peut aller l’Agence de revenu du Canada et même le ministère du Revenu du Québec avec la complicité d’Ottawa pour intimider les contribuables québécois avec des révisions de déclarations d’impôts qui peuvent remonter jusqu’à dix ans et même plus en arrière ? Il serait grandement temps que les médias québécois nous parlent d’autres choses que de la crise du verglas il y a dix ans.

Il est urgent que des recherches soient menées au sujet des programmes d’enquête (qui ressemblent surtout à de l’inquisition) dans le cadre du régime fiscal (qui peut le connaître véritablement ?) canadien ou québécois. La paperasse qui accompagne ces enquêtes est ahurissante. Le contribuable le plus honnête ne peut d’aucune façon parvenir à y voir clair. Les comptables qui rédigent régulièrement des déclarations d’impôts s’y mettent assez souvent le doigt dans l’œil. Il y a toujours un point ou une virgule qui ne convient pas à ces services gouvernementaux. En d’autres termes, il faut faire attention. L’État vous guette !

Conclusion. Il n’y a pas que l’armée qui nous agresse ; il y a tous les autres ministères et en particulier l’Agence de revenu du Canada et le ministère du Revenu du Québec. En fait, ce sont deux forteresses inaccessibles et invincibles pour les particuliers et les petits commerces ou les petites industries ou entreprises. Les inepties que nous pouvons lire dans les documents de ces ministères ne se comptent même plus et les explications qui en sont données sont aussi vaporeuses que les formulaires, les guides ou les écrits qu’on nous adresse. L’armée n’a pas besoin de venir ni la GRC ni la SQ, le fisc s’occupe de nous avec des moyens puissants de dissuasion. L’État a le bras long.

lundi 22 octobre 2007

Les zigzags des rêveurs

Nous suggérons aux internautes de faire une analyse des deux exemples qui suivent au sujet des nouveaux partis politiques indépendantistes qui veulent voir le jour en ce moment. Quelle vaste fumisterie ! De quoi veulent-ils parler exactement ? Essayer de comprendre. Ils ne font que palabrer. Dans les faits, sont-ils prêts à mettre la main à la pâte pour éduquer et former des citoyens et des citoyennes aux fondements de l’indépendance des nations ?

Les indépendantistes palabrent. C’est à peu près tout ce qu’ils font. Quand mettrons-nous fin à ce cercle médiatique des égos ?

Deux exemples :

1. Des États Généraux pour refonder un parti indépendantiste. Suite à ce refus récurrent d’assumer les exigences du combat indépendantiste, un grand nombre de souverainistes ne voient plus le parti québécois comme un véhicule de leurs aspirations
Gilbert Paquette Tribune libre de Vigile, dimanche 6 mai 2007 784 visites 11 messages

(Texte publié dans Le Devoir du samedi 12 mai 2007)

« Le Parti Québécois offre actuellement un spectacle désolant qui affecte l’ensemble du mouvement souverainiste ! Au lieu de tirer les conclusions qui s’imposent, le chef du parti Québécois et son entourage sont engagés dans une entreprise de division. Incapables de faire avancer la souveraineté parce qu’ils ne savent plus comment en parler, et surtout quels gestes poser, on les voit parler de mise en veilleuse de toute démarche souverainiste, s’attaquer à d’autres indépendantistes, voire souhaiter des départs du parti. On voudrait couler le principal véhicule de la souveraineté qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »
Où est-il monsieur Gilbert Paquette ?
Y a-t-il quelqu’un qui l’a vu récemment ?

Cinq mois plus tard…

2. Chronique de Raymond Poulin
Un coup de sang ( http://www.vigile.net/Un-coup-de-sang )
Vigile.net 20 octobre 2007 15 messages et c'est pas fini !

« Il ne suffit surtout pas que continuent à se créer des mouvements, des partis ou des particules se prétendant davantage pur jus ou plus pressés les uns que les autres ; si la solution se trouvait là, l’indépendance serait faite depuis longtemps : comptez le nombre de sites, d’organisations et maintenant de partis promouvant la (...) »
  • Lire les commentaires de Bruno Deshaies.

Vous écrivez [M. Raymond Poulin] : « si les intellectuels sont précieux et même essentiels dans ce combat, c’est tout de même la foule anonyme qui fera (ou non) l’indépendance ». Concedo. Toutefois, l’idée de transformer une situation d’annexion pour un peuple qui est soumis à un tel statut depuis près de deux siècles et demi n’est pas une mince tâche. Vigile et les Vigilistes ont du pain sur la planche. Accéder au statut d’indépendance pour les Québécois exige une préparation mentale et certaines connaissances historiques.

Allez demander à monsieur Raymond Poulin de le rencontrer,
il vous répondra que le moment n’est pas venu.


Que sera demain ?

Les débats sur l’indépendance au Québec ressemblent à une pensée cyclique, récurrente et insuffisante. Les Québécois radotent. Les Québécois-Français font du recyclage d’idées périodiquement – ils se répètent sans arrêt. Ils rejettent même la création d’une Chaire de l’indépendance du Québec qui pourrait mettre de l’ordre dans nos idées reçues. Ils condamnent les « purs » sans restriction, comme si l’indépendance était une pureté en soi. L’indépendance est un fait de l’existence, non une pureté. Être indépendant, c’est vivre par soi-même avec les autres, mais libre. Ce qui est vrai pour un individu est aussi vrai pour les nations.

Les indépendantistes doivent apprendre à répondre à la question suivante :

Pouvez-vous nous dire ce que c'est que l'indépendance ?


Bruno Deshaies
Montréal, 22 octobre 2007

mercredi 10 octobre 2007

La nation civique québécoise et le « nous » de Bernard Landry

L’article de monsieur Bernard Landry portant sur « Le véritable « nous » » (cf. RÉF.) ne nous convient ni ne nous convainc guère. Sans s’en rendre compte, il fait de la nation civique une question ethnique ! Cette nation civique étant québécoise fait des exceptions : les Amérindiens et les Inuits. Tandis que « tous les autres citoyens du Québec font partie de notre nation » parce qu’« ils n’ont pas, comme tels, de droits particuliers ». Il y a toutefois une autre exception : les Anglo-Québécois. Or, cette « minorité historique anglophone […], selon les termes de monsieur Landry, jouit d'un « statut linguistique différent ». Il soutient même que « les deux tiers sont bilingues ».

Il est difficile de comprendre comment le « nous » formel de la nation civique québécoise aurait des « contours juridiques faciles à définir », mais ce ne serait « pas suffisant pour désigner le périmètre de quelque nation que ce soit ».

Partant de l’idée qu’ « une nation n’est pas que civique », il est conduit à la définir en termes sociologiques, surtout culturels. De là, il expose sa théorie du non-multiculturel et du multiethnique évidemment. Finalement, ses considérations se perdent dans « le métissage avec des Amérindiens…. La conquête britannique nous amena des Anglais, des Écossais, des Irlandais… L’époque contemporaine nous a donné des gens d’Europe de l’Ouest et de l’Est […] [des] survivants de la Shoah… […] des compatriotes dont les racines sont aux Caraïbes, en Afrique, en Asie et en Amérique latine ». La question n’est finalement que sociale. Il s’agit de savoir comment se passe l’intégration. Puis le « nous » fait partie du tout ! Vu sous cet angle, il nous reste quoi ?

– Le Québec n’est pas bilingue ! Le Québec est francophone ! Cependant « à Montréal, la moitié des immigrants travaillent en anglais » ! Dans le monde scolaire : « Quarante pour cent de ceux qui ont fréquenté les écoles primaires et secondaires francophones vont au collège en anglais. » Pourtant, la langue officielle au Québec est le français.

Ce pénible raisonnement emberlificoté de nombreux concepts imprécis et parfois creux nous conduit laborieusement à « une belle forêt » où il ne faut surtout pas « jeter nos souches dans le feu de la Saint-Jean ».

Si monsieur Landry avait une idée plus complète de la nation au sens intégral, il aurait su que la nation au sens sociologique ne le conduira jamais à la souveraineté politique complète du Québec. Il fait du souverainisme culturel sur la base d’une certaine notion de la nation au sens général qui est un groupe humain – les Québécois-Français – qui est arrivé à se reconnaître distinct. En ce sens, il ne conçoit qu’un aspect de la nation qu’il limite au culturel surtout. Or, l’agir par soi de la nation au sens intégral doit être possible dans les trois grands domaines de la société civile : 1. le politique, 2. l’économique et 3. le culturel, – et tout cela tant à l’interne qu’à l’externe.

La nation au sens intégral vise la maîtrise suffisante dans tous les domaines, sans exception. L’abondance culturelle du Québec-Français ne fera jamais de la nation québécoise une nation indépendante tant et aussi longtemps que l’état et la société québécoise ou la population québécoise-française ne prendront pas complètement en mains la vie politique, la vie économique et la vie culturelle. Seule la maîtrise et la défense de ces trois VIES pourra faire du Québec une nation indépendante. En dehors de ce credo, c’est toujours une forme quelconque d’annexion dans le fédéralisme avec toutes ses conséquences de limitations de VIE collective INDÉPENDANTE. Le seul VRAI combat, il est là.

En complément : Bruno Deshaies, Commentaire. – Nation, nationalisme et indépendance.
– Annexion et science historique. Référence :
http://www.vigile.net/De-l-affirmation-a-l-independance

Opinion

Le véritable «nous»
Bernard Landry, Ancien premier ministre du Québec
Le Devoir, Édition du mercredi 03 octobre 2007


L'usage du mot «nous» pour désigner les membres de la nation civique québécoise est incontournable: il englobe toutes les personnes de citoyenneté canadienne -- et j'espère bientôt québécoise -- qui habitent notre territoire. Seuls, quelque 75 000 citoyens ont une autre appartenance. Ce sont les Amérindiens et les Inuits qui habitent des portions désignées de notre sol que nous gérons de concert avec eux. Ils ont leurs propres nations, plus vieilles que la nôtre et formellement reconnues par notre Assemblée nationale depuis 1985.


Beaucoup plus que civique

Sous peine de dérives inacceptables, tous les autres citoyens du Québec font partie de notre nation, sont régis par les mêmes lois et ont les mêmes droits. La minorité historique anglophone, environ 10 % de la population, dont les deux tiers sont bilingues, jouit d'un statut linguistique différent. Quant aux Québécois issus de l'immigration, ils n'ont pas, comme tels, de droits particuliers puisque, en accédant à notre espace civique, ils acquièrent les mêmes que tout le monde. Beaucoup plus que civique Il est évident que ce «nous» formel aux contours juridiques faciles à définir n'est pas suffisant pour désigner le périmètre de quelque nation que ce soit. Une nation n'est pas que civique. C'est un groupe humain constitué au fil des ans et qui se définit par une foule d'autres facteurs plus complexes, comme la culture, la langue, l'histoire, la solidarité socio-économique, les rêves et les projets communs. Ce sont toutes ces autres dimensions du «nous» que les nouveaux arrivants, avec notre aide fraternelle et vigilante, ont le devoir d'assumer selon des rythmes divers et des degrés variables.

Multiculturel, non

Toutes les mutations qu'on attend d'eux, dont la connaissance de la langue est la plus urgente, ne peuvent pas être réalisées à court terme, mais leur nécessité doit être connue et acceptée des migrants avant même qu'ils n'arrivent ici. Une telle intégration est évidemment incompatible avec le multiculturalisme qui tend à l'entraver. Le Canada est le seul pays au monde à avoir commis l'imprudence d'inclure un tel concept dans sa constitution que le Québec n'a d'ailleurs jamais acceptée. Peu de gens d'ici s'acharnent encore à défendre une thèse aussi «perverse et néfaste», selon l'expression de Jean-Claude Corbeil, et tout autant réprouvée par le juriste Julius Grey que par Neil Bissoondath qui la décrit comme «la plus grande barrière à l'intégration parce qu'elle crée des ghettos et impose des stéréotypes».

Le métissage avec des Amérindiens en fut un des premiers jalons. La conquête britannique nous amena des Anglais, des Écossais, des Irlandais. Puis, surtout après la Seconde Guerre mondiale, des gens d'Europe de l'Ouest et de l'Est ont rejoint notre espace national. Un grand nombre de survivants de la Shoah sont venus s'établir ici malgré le «none is too many» de Mackenzie King.

L'époque contemporaine nous a donné des compatriotes dont les racines sont aux Caraïbes, en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Les cas d'intégration parfaite et exemplaire ne se comptent plus. Mais toutes ces heureuse additions ne doivent en rien atténuer l'importance déterminante des souches initiales et de leur parcours historique. Le contraire, en plus d'être une négation du réel, serait d'une odieuse ingratitude.

Bilingue, non

Pas plus que multiculturel, le Québec n'est bilingue. Il est francophone et, depuis Robert Bourassa le français est formellement sa langue officielle après avoir été, dans les faits et depuis toujours, sa langue nationale commune. Prétendre le contraire ne pourrait que faire du nouvel arrivant une victime, en lui faisant croire qu'il peut, sans conséquence, choisir une autre langue d'usage que celle de son nouveau pays. La réalité, quoique très améliorée par la loi 101, demeure préoccupante: à Montréal, la moitié des immigrants travaillent en anglais, et une majorité d'allophones en font leur langue d'usage. Quarante pour cent de ceux qui ont fréquenté les écoles primaires et secondaires francophones vont au collège en anglais. Ce n'est bon ni pour eux ni pour l'ensemble de la nation. Il faut trouver des moyens de corriger ces inquiétantes anomalies.

Et ailleurs...

Tous les pays d'immigration s'imposent le devoir d'intégrer les nouveaux arrivants et ne cherchent pas à les leurrer, comme le Canada, par un multiculturalisme constitutionnalisé. La France et les États-Unis, entre autres, pratiquent une plus grande vigilance que nous en exigeant des nouveaux arrivants des compétences linguistiques et civiques préalables à l'accès à la citoyenneté. Comment bien exercer, notamment, le droit et le devoir fondamental de voter si on ne sait rien des institutions et qu'on ne peut suivre les débats médiatiques qui jouent un rôle si fondamental dans nos démocraties?

Tout assumer

À terme nos nouveaux compatriotes sont donc conviés à tout assumer. Suivant leur niveau culturel et d'éducation, ils sont invités à connaître aussi bien Champlain et Frontenac que Jeanne-Mance et Marguerite d'Youville. Ils doivent chercher à intégrer peu à peu à leur nouveau bagage historique aussi bien les Patriotes que Jean Lesage et René Lévesque. Ils doivent tenter d'inclure Félix Leclerc, Gaston Miron, Maurice Richard et les autres dans leur québécitude en construction. On sait évidemment qu'ils n'oublieront jamais complètement leur terre d'origine, et c'est tant mieux car ces diverses réminiscences nous enrichissent tous.

Une belle forêt

Les devoirs et les défis de l'intégration sont donc aussi essentiels qu'exaltants, et ils constituent une condition préalable à une vie nationale harmonieuse. Il ne saurait être question de «jeter nos souches dans le feu de la Saint-Jean», comme l'a dit en 1999 Gérard Bouchard, qui devra maintenant proposer quelque chose de plus conforme à notre destin à l'issue de la commission qu'il préside avec Charles Taylor, lui-même descendant de Madeleine de Verchères!

Tous deux devraient plutôt présenter nos souches comme le terreau initial d'une belle forêt laurentienne, majoritairement peuplée de ses espèces vernaculaires, mais toujours désireuse de les enrichir d'essences exotiques à condition qu'elles s'y acclimatent comme le veut la sagesse de la nature elle-même.

Bernard Landry, « Le véritable « nous ». Le Devoir, mercredi 3 octobre 2007 (« Opinion »).
Source :
http://www.ledevoir.com/2007/10/03/159180.html ou http://www.vigile.net/Le-veritable-nous

jeudi 13 septembre 2007

Le Premier Canada (1/5)

Le Premier Canada (1/5)
Un Canada français constitue un « système un ».

Chronique du jeudi 13 septembre 2007 (Cf. Vigile.net : http://www.vigile.net/Le-Premier-Canada-1-5 )

Le Canada en Nouvelle-France
« Un gouvernement colonial, concedo ;
les chefs sont nommés par la métropole, c’est vrai,
mais on recherche les intérêts d’un seul Canada. »

Nous présenterons au cours des cinq prochaines semaines, la vision de l’historien Maurice Séguin portant sur l’histoire des deux Canadas, dont le premier Canada fut cette société coloniale française en Nouvelle-France, comme colonie de la France. La « synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas » est divisée en deux parties : la première, « Avant 1760 : Un Canada » et, la deuxième, « Après 1760 : Deux Canadas ». Cette distinction est fondamentale pour tous ceux et celles qui souhaitent comprendre l’histoire actuelle du Québec.

En une dizaine de pages, Maurice Séguin dresse le bilan de l’histoire du Canada avant 1760 en insistant principalement sur les traits principaux de cette colonisation française plutôt que sur le récit chronologique des événements de la vie quotidienne en Nouvelle-France. Il étudie systématiquement l’affrontement entre deux colonisations qui a conduit à la Conquête de 1760, puis à la naissance du Canada-Anglais, c'est-à-dire du « deuxième Canada ». Ce Fait considérable a marqué définitivement la fin du régime français pour les Canadiens. Comme l’a écrit l’historien Guy Frégault, collègue de monsieur Séguin au Département d’histoire de l’Université de Montréal, dans La société canadienne sous le Régime français : « En 1763, il reste des Canadiens, il ne reste plus de Canada. » (Brochure No 3 de la Société historique du Canada, 1954.)

Mais en 1608, comme l’écrit Maurice Séguin : « La France projette une nouvelle province, une colonie apte à devenir une nation. » Pour ce faire, il observe la nature et la situation de cette colonie et de la colonisation française en Amérique du Nord. Il constate d’abord la naissance d’une colonie « intégrale ». Il indique d’entrée de jeu que « Tout est là. » avant 1760. Il s’agit bien d’UN seul Canada – français – s’il est besoin d’ajouter. Le Fait marquant consiste en cette idée fondamentale qu’il existe « une autorité coloniale qui défend contre l’Angleterre la vie du Canada français ». Autrement dit, une colonie française prend naissance au Canada sous l’égide de la Métropole française. Ainsi est lancée l’aventure de la colonisation française en Amérique du Nord.

Bruno Deshaies


HIST 585 Introduction à l’histoire du Canada

Maurice Séguin

SYNTHÈSE GÉNÉRALE
de l’évolution politique et économique
des deux Canadas


Nos efforts vont porter sur les grandes courbes : c’est une histoire légitime. Les détails sont nécessaires pour satisfaire l’esprit, mais nous manquons trop souvent de l’esprit de synthèse…

SOMMAIRE

AVANT 1760 : UN CANADA

A.- Étude générale de ce seul Canada

I – Colonie de même nature que les autres à la même époque
II – Une colonie de style différent
III – Une colonie de différente intensité

B.- Dans un contexte d’intense conflit international

I – Irréductible conflit d’intérêts
1. En Europe
2. En Amérique

II – Forces supérieures du monde anglais
1. En Europe
2. En Amérique

III – Probabilités – retrait ou abandon total

IV – Premier choc entre les 2 mondes
– Causes
– Résultats
– Abandon total

V – Deuxième choc
– Causes
– Résultats
– Abandon total
C.- 1760 Résultats

I – Résultats mondiaux
1. Triomphe de l’« Anglo-Saxondom »
2. La plus grosse défaite du monde français

II – Résultats européens
1. Hégémonie de l’Angleterre
2. Fin de la courte hégémonie française

III – Résultats américains
1. Pour l’Amérique anglaise
2. Pour l’Amérique française (surtout le Canada)
– Atteint en tant que colonie intégrale organisée
– Inévitable formation d’un Canada-Anglais, accident, séparatisme
– Le schisme anglais fait rebondir mais ne modifie pas essentiellement
– Pièges psychologiques :
- Majeurs : 1) La « simplicité incompréhensible », le changement d’empire.
2) Fédéralisme – épanouissement
- Mineurs :

Synthèse générale

Nos efforts vont porter sur de grandes courbes ; c’est une histoire légitime. Les détails sont nécessaires pour satisfaire l’esprit, mais nous manquons trop souvent de l’esprit de synthèse…

AVANT 1760 : UN CANADA

Tout est là. Donc pas question d’infériorité économique ou culturelle à l’intérieur.
Il pouvait bien y avoir :
- infériorité de voisinage (quelle nation en est exempte) ;
- sentiment de tutelle par la mère-patrie (situation de l’enfant à l’endroit de ses parents).

A.- Étude générale de ce seul Canada

I – Une colonie de même nature que les autres à la même époque

Colonie de même nature que celles qui existaient à la même époque : la colonisation du Canada (la vallée du Saint-Laurent) représente un phénomène de même nature que la colonisation des autres colonies (comme les colonies d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal).

1- similitude :
(en comparaison avec la colonisation anglaise)

a) de cause : deux métropoles de même nature, deux nations d’Europe parvenues à peu près au même degré de civilisation, deux organismes sociaux, deux organismes économiques, deux cultures… semblables.

b) d’intention : les deux métropoles poursuivent le même but, qu’il soit visé spontanément ou lucidement. Ce qu’elles recherchent : établir des populations, des provinces d’outre-mer (pas question de fonder des nations qui seront un jour indépendante).

c) de peuplement :

2- caractères généraux similaires :

La France projette une nouvelle province, une colonie apte à devenir une nation.

Le Canada est devenu :

a) une colonie « organique » :

Il ne s’agit pas ici d’envoi d’individus, de colons français qui vont entrer dans un autre organisme. C’est l’organisation d’une société civile, d’un organisme politique qui doit encadrer une collectivité par l’organisation de cadres politiques, économiques, culturels ; c’est aussi l’organisation d’une société religieuse. Ce ne sont donc pas des immigrants…

b) une colonie « intégrale » : au civil.

Un organisme doué de toutes ses parties, complet.

Secteur économique : un système complexe canadien bâti par la France ; il a ses racines dans la Métropole et est orienté jusqu’à un [certain] point sur les besoins de la Métropole.

Nécessité du rôle de l’agriculture : c’est logique au début (même chose aux États-Unis). Il faut non seulement nourrir les colons, mais c’est la façon la plus économique de faire travailler les gens… c’est partout d’ailleurs l’époque de l’agriculture.
À la conquête 80 % étaient des ruraux,

Rôle du commerce :

Au début la fourrure, puis le blé et la farine. La colonie ne peut produire tout ce dont elle a besoin… il faut acheter de l’extérieur… il faut un surplus de marchandises pour exporter… Il se crée bien vite une bourgeoisie, une classe d’hommes d’affaires. Les grands commerçants sont les premiers à prendre le nom d’habitants ; ils [constituent] le premier corps organisé… les bourgeois de Québec et de Montréal.

L’État métropolitain va favoriser le développement économique de la colonie ; ses représentants ne travaillent pas toujours 100 % à cela – certains sont corrompus, mais c’est l’intérêt même de la métropole que de travailler au développement économique de la colonie : le développement économique du Canada français. Une armée qui garde et protège ce développement ; il s’appuie sur les capitaux français. Nous étions maître de notre vie économique.

L’État métropolitain organise (Talon) : l’intendant est nommé par la France, mais il travaille au développement de la vie canadienne, 100 % de pouvoir ; il n’a pas à composer, à partager. Toute la taxation employée à la vie canadienne… les rivaux sont à la frontière. Nous sommes maîtres alors, parce que seuls.

Industrie : forges et construction de navires (selon les possibilités et l’époque). Talon [écrit] : « c’est le commerce qui fait l’âme de l’établissement » (c'est-à-dire de la colonie).

Secteur politique : système un.

Un gouvernement colonial, concedo ; les chefs sont nommés par la métropole, c’est vrai, mais on recherche les intérêts d’un seul Canada. Une autorité locale qui défend contre l’Angleterre la vie du Canada français. Les subsides métropolitains ont peut-être été insuffisants, mais il ne faut pas voir seulement le côté négatif, il y a eu du positif.

Secteur culturel : (suite à la prochaine chronique)


RÉFÉRENCES :

Maurice SÉGUIN, « Synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas. » Notes de cours établies probablement par les étudiants qui ont suivi le cours HIST 585 intitulé « Introduction à l’histoire du Canada » en 1961-1962. Description : « Sociologie du national. Les principales explications historiques de l’évolution des deux Canadas. » (Université de Montréal, Département d’histoire.)

W. J. ECCLES, « La société en Nouvelle-France. » Document que nous pouvons trouver sur le site du Séminaire de Sherbrooke, s.d. Consulter : http://www.seminaire-sherbrooke.qc.ca/hist/hist4/Enrichi/societe.htm
Nous conseillons la lecture de cet exposé qui illustre la vie de la colonie française du Canada sous le Régime français. De nombreux mythes s’effondreront à la lecture de cette DESCRIPTION DE LA VIE POLITIQUE, ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET CULTURELLE DES CANADIENS AVANT 1760, dans ce PREMIER CANADA. Comme le fait remarquer d’entrée de jeu Maurice Séguin : «TOUT EST LÀ. DONC PAS QUESTION D’INFÉRIORITÉ ÉCONOMIQUE OU CULTURELLE À L’INTÉRIEUR. »

Du même auteur :

Le gouvernement de la Nouvelle-France. Publication de la Société historique du Canada, 1966. Brochure no 18.
Source : http://www.collectioncanada.ca/cha-shc/002013-119.01-f.php?&booklet_id=H-18&page_sequence_nbr=1&browse=yes&&page_id_nbr=4668763&&&PHPSESSID=0lrgceojkt7tqg8mfq7gf3p7j7

XXX. « La société canadienne en Nouvelle-France. » Un tableau des forces et des faiblesses des sociétés coloniales anglaises et françaises en 1745.
Source : http://www.recitus.qc.ca/html/tache_meq/primaire/bloc2_diffusion/Jour%202/4_feuille_cd3_socnf_treize_colonies_1745.pdf